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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306902

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306902

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSERGENT CHLOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 29 novembre 2023, le 22 décembre 2023 et le 6 janvier 2024, M. C D, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 14 novembre 2023 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " et de transmettre ce titre aux autorités consulaires compétentes pour délivrance du visa idoine ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et, sous astreinte de 100 euros par jour passé la notification du jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, de lui délivrer un nouveau dossier de demande de titre, de saisir le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration et de lui notifier une nouvelle décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente faute de délégation de signature ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure faute d'établir la régularité de l'avis du collège de médecins ;

- le préfet s'est irrégulièrement cru en situation de compétence liée ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation car les soins que requiert son état de santé n'ont pas évolué et il avait pu, antérieurement, bénéficier d'un droit au séjour ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation et méconnait les articles L. 425-9 et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien car son traitement n'est pas disponible en Algérie ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de sa résidence habituelle sur le territoire ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses attaches en France et en Europe et des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il ne pourra pas se faire soigner en Algérie ;

- en édictant une interdiction de retour le préfet a méconnu l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il fait valoir des considérations humanitaires et commis une erreur d'appréciation puisqu'il vient régulièrement en France depuis plusieurs années, légalement, et reçoit en France des soins qu'il acquitte ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né en 1964, a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour, valables du 3 octobre 2022 au 29 septembre 2023, en raison de son état de santé. Par arrêté du 14 novembre 2023 le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé le renouvellement du séjour de M. D et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire à destination de son pays d'origine assortie d'une interdiction de retour d'une durée de six mois. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2023254-0001 du 11 septembre 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. B A, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales, à l'exception : - des réquisitions de la force armée ; - des arrêtés portant élévation de conflit ". M. A était donc habilité à signer les décisions contestées, prises à l'encontre du requérant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions manque en fait et doit être écarté.

Sur les décisions de refus de séjour et d'éloignement :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable pour la mise en œuvre des stipulations de l'article 6 § 7 de l'accord franco-algérien pour l'octroi d'un certificat de résidence : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-13 du même code précise que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. M. D, qui a levé le secret médical, fait état de la polyarthrite rhumatoïde sévère qui l'affecte ainsi que d'un état diabétique qui justifient sa demande de titre de séjour. Le collège de médecins de l'OFII a en l'espèce estimé, dans son avis du 23 octobre 2023, que l'état de santé de M. D pouvait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé algérien il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est prononcé sur la demande des requérants après avoir saisi le collège de médecins de l'OFII. Il est par ailleurs établi que cet avis a été rendu par un collège de trois médecins, sur le fondement d'un rapport médical relatif à la situation du requérant établi par un quatrième médecin qui n'a pas participé à l'avis rendu. Dès lors, le vice de procédure allégué par le requérant doit être écarté.

8. D'autre part, si le préfet se réfère à l'avis ainsi rendu il ne ressort pas des termes de la décision en litige qu'il se serait irrégulièrement cru en situation de compétence liée alors, au demeurant, qu'il a également étudié la condition de résidence habituelle en France de M. D et que ce dernier ne fait pas état d'éléments relatifs à son état de santé qu'il aurait présentés et qui auraient été irrégulièrement écartés.

9. Ensuite, il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux élaborés par le médecin français qui suit la pathologie de M. D, que ce dernier suit un traitement de fond conventionnel auquel a été adjoint, depuis le 1er semestre 2022, un traitement par biothérapie réalisé sous la forme de perfusions réalisées en hospitalisation tous les six mois. Si le requérant produit des articles de presse, publiés entre novembre 2019 et avril 2022 et mentionnant une pénurie de médicaments ou des difficultés auxquels sont confrontés les services d'urgence hospitaliers, ces derniers ne permettent pas de conclure à un problème structurel ou définitif et sont insuffisants à établir l'indisponibilité du traitement spécifique prescrit à M. D. Par ailleurs, si un courriel d'un laboratoire pharmaceutique mentionne qu'une spécialité comportant la molécule inoculée au requérant dans le cadre de sa biothérapie n'est pas commercialisée en Algérie, il n'est ni allégué ni établi que cette spécialité pharmaceutique serait exclusive et que ne pourrait pas lui être substituée une autre spécialité comportant la même substance active. Egalement, la seule mention selon laquelle " actuellement la biothérapie n'étant pas disponible " dans une attestation établie le 20 novembre 2023 par un médecin interniste ne permet pas de conclure que le traitement prescrit au requérant ne serait pas disponible en Algérie ni, en tout état de cause, qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement alternatif, adapté à son état de santé. D'ailleurs, un second certificat, daté du 6 décembre 2023 mentionnant une " pénurie " de la biothérapie laisse penser que le médicament prescrit au requérant pourrait être prochainement disponible alors que son traitement actuel ne requiert qu'une administration tous les six mois. Par ailleurs, le préfet établit, par la production de la liste des médicaments disponibles en office, émanant du ministère de l'industrie pharmaceutique, que la molécule utilisée dans le traitement de fond de la pathologie de M. D est effectivement disponible et la seule circonstance qu'elle soit commercialisée sous une autre forme, posologie ou appellation que celle qui lui a été prescrite en France ne permet pas de conclure à l'absence de traitement adapté en Algérie. Dès lors, le requérant n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. A supposer même que le préfet ait à tort estimé que la résidence habituelle en France de l'intéressé n'était pas établie, le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 auraient été méconnues doit être écarté dès lors que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif.

10. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

11. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

12. L'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9 du présent jugement le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté et c'est à bon droit que le préfet a pu obliger M. D à quitter le territoire français.

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Bien que M. D affirme être médicalement suivi, de façon annuelle ou bi-annuelle par un médecin français depuis une dizaine d'années, à l'occasion des voyages qu'il effectue en France pour des raisons professionnelles, sa présence en France n'a été que ponctuelle et ce n'est que depuis le mois de juin 2022 qu'il affirme être hébergé en France avec son épouse. Par ailleurs, cette dernière ne justifie pas d'une autorisation lui permettant de prolonger son séjour sur le territoire français et M. D, dont les enfants sont majeurs et résident hors de France, ne justifie pas d'attaches familiales, sociales ou professionnelles particulières sur le territoire. Enfin, la seule circonstance qu'un de ses fils réside en Allemagne et que son frère réside en Suisse ne permet pas de conclure à l'existence d'une vie privée et familiale en France. Dans ces conditions, c'est sans méconnaitre les stipulations précitées que le préfet a pu édicter à son encontre un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français.

16. Eu égard aux éléments développés aux points 9 et 15 du présent jugement, les moyens tirés de ce que les décisions en litige seraient entachées d'un défaut d'examen de la situation de M. D ou d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

17. Il résulte des éléments précités que les conclusions de M. D tendant à l'annulation des décisions de refus de séjour et d'éloignement doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

18. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

19. Il résulte des éléments développés au point 9 du présent jugement que M. D n'établit pas qu'un traitement approprié à son état de santé, le cas échéant différent de celui qu'il a pu être amené à suivre en France, serait disponible en Algérie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précités doit être écarté et les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur l'interdiction de retour :

20. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

21. Eu égard aux éléments développés au point 9 du présent jugement, M. D n'établit pas que des circonstances humanitaires s'opposaient au prononcé d'une interdiction de retour à son encontre. Par ailleurs, si l'intéressé a été amené à voyager en France pour des motifs commerciaux, il n'établit ni même allègue la poursuite de cette activité. Bien que le requérant n'ait jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente nullement une menace à l'ordre public, il ne fait pas état d'attaches sociales ou familiales sur le territoire. Dès lors, la seule circonstance qu'il ait consulté, à plusieurs occasions lors de ses déplacements, un médecin français, ne permet pas de conclure que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois serait manifestement disproportionnée au regard du but poursuivi par une telle mesure.

22. Les conclusions de M. D dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français doivent donc être rejetées.

23. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. D dirigées contre l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 14 novembre 2023. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C D, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er février 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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