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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306905

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306905

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 29 novembre 2023 et le 4 janvier 2024, Mme B A épouse C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 23 août 2023 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux du 25 octobre 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Ruffel au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie d'une renonciation à la perception de la contribution de l'Etat.

Elle soutient que :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et méconnait l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires, enregistrés le 5 janvier 2024 et le 9 janvier 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Par une décision du 31 octobre 2023, le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme A épouse C l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand ;

- les observations de Me Ruffel, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A épouse C, ressortissante marocaine née en 1984, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, en janvier 2017. Le 21 mars 2023, Mme A a présenté une demande afin d'obtenir un titre de séjour à raison de son état de santé. Par l'arrêté du 23 août 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ensemble le rejet implicite opposé à son recours gracieux du 25 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault en vertu d'une délégation qui lui a été consentie par arrêté du préfet de l'Hérault du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Cet arrêté lui donne délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, à l'exception des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation pour temps de guerre et de la réquisition des comptables publics. Le second alinéa de l'article 1er de cet arrêté précise en outre que cette délégation comprend les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision et des exceptions qu'elle prévoit, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Mme A se prévaut de ses liens avec M. C, ressortissant marocain titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 1er mars 2028, avec lequel elle s'est mariée réccxwemment le 27 décembre 2021. Il résulte des pièces produites au dossier que, contrairement à ce que lui oppose le préfet de l'Hérault, elle justifie bien, depuis leur mariage, d'une communauté de vie réelle avec son époux. Toutefois, Mme A, qui a vécu la majeure partie de sa vie au Maroc, jusqu'à l'âge de 33 ans et ne démontre pas être isolée dans son pays d'origine, n'établit pas une intégration réelle en France, notamment par un projet professionnel précis, nonobstant le contrat d'engagements réciproques conclu avec le département de l'Hérault en octobre 2022. Si Mme A se prévaut de ce que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe au France notamment, à raison de sa grossesse portée à la connaissance du préfet de l'Hérault par le biais de son recours gracieux en date du 25 octobre 2023, rien ne fait obstacle, alors qu'au surplus il n'est pas allégué que M. C exerce un emploi en France, à la reconstitution de la cellule familiale au Maroc dont la famille est ressortissante. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par son arrêté et n'a donc méconnu, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé (). ". Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport médical établi par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que Mme A a présenté un cancer thyroïdien pT1m N1a opéré en février et mars 2021. Dans son avis du 17 juillet 2023, le collège des médecins de l'office a estimé que l'état de santé de l'intéressée ne nécessitait pas son maintien sur le territoire dès lors qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'il n'y a aucune contre-indication au voyage. Si la requérante verse au dossier une attestation d'un médecin marocain spécialisé en cardiologie attestant de l'indisponibilité du médicament Levothyrox au Maroc, cette unique attestation n'est pas de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins quant à la possibilité pour Mme A de bénéficier d'une prise en charge médicale et d'un suivi dans son pays d'origine au regard de son état de santé actuel ; et, il en va de même de la circonstance qu'elle serait originaire d'une zone du Maroc (Tiflet) où aucun hôpital n'offre de traitement pour les cancers, faute de démontrer qu'elle est dans l'impossibilité de se faire suivre dans un autre hôpital en capacité d'en proposer. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 23 août 2023 du préfet de l'Hérault, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A épouse C est rejetée.

Articles 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A, à Me Ruffel et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseure la plus ancienne,

Mme Bayada La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 1er février 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

4

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