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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306947

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306947

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant la Géorgie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, et, en tout état de cause, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Rosé en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision de refus de séjour.

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant la Géorgie comme pays de destination :

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision de refus de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 9 janvier 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Par une décision du 31 octobre 2023, Mme B A a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand ;

- les observations de Me Rosé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante géorgienne née le 13 novembre 1984, est entrée, selon ses déclarations, le 27 février 2018 en France, et a déposé le 16 mars 2023 une demande en vue d'obtenir un titre de séjour à raison de son état de santé et de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 23 août 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision de refus de titre de séjour mentionne les éléments de fait propres tenant à sa situation personnelle de Mme A quant à son entrée irrégulière sur le territoire national, sa situation médicale ainsi que familiale. Dans ses conditions, la décision est dépourvue de caractère stéréotypé et la circonstance que le préfet n'ait pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à son engagement associatif et à la scolarisation de son fils, C A, ne sont pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante. Dès lors, la décision attaquée énonce les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire national afin d'y déposer une demande d'asile, définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile. L'intéressée ne fait valoir aucune attache familiale en France. Nonobstant la démonstration par les nombreuses attestations versées au dossier de sa volonté d'intégration ainsi que celle de son fils, C A, régulièrement scolarisé, le moyen invoqué par

Mme A tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa vie privée et familiale, au regard des dispositions de l'article L. 423-23 précité, doit être écarté en tant qu'il n'est pas fondé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

7. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". A ce titre, l'administration n'est pas tenue par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est dépourvue de valeur réglementaire ni ne fixe de lignes directrices qui lui sont opposables.

8. Il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, que l'autorité administrative a examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme A. Si l'intéressée se prévaut de son engagement associatif en France et de la nécessité pour elle d'y poursuivre son suivi médical, il résulte de ce qui précède que ces circonstances ne constituent pas une considération humanitaire de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. Le moyen invoqué par Mme A, tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précité, doit être écarté pour n'être pas fondé.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur à l'enfant C né en 2011 qui, en l'absence de circonstances particulières en l'espèce, est dans la capacité de suivre sa mère dans son pays d'origine, où il pourra être scolarisé. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, dès lors, être écarté.

Sur les conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, lorsqu'un refus de séjour est assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la motivation de cette dernière se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique. Eu égard à ce qui a été dit au point 3, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, le moyen tiré des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur les conclusions en annulation de la décision fixant la Géorgie comme pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Rosé et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseure la plus ancienne,

A.Bayada La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 1er février 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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