vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306993 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BARNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 21 décembre 2023, la Sarl " J'Adore n°2 ", représentée par Me Barnier, demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 octobre 2023 par laquelle le président de la Communauté de Communes du Grand Pic-Saint-Loup a résilié la convention d'occupation domaniale d'une durée de six ans, signée le 15 janvier 2020, permettant l'exploitation d'un restaurant ;
2°) d'ordonner la reprise des relations contractuelles ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Grand Pic-Saint-Loup la somme de 3 000 euros au titre des frais de procès.
Elle soutient que :
- l'urgence à suspendre l'exécution de la décision de résiliation du marché est établie dès lors que l'exploitation du restaurant demeure sa seule activité, sa fermeture entraînera, de facto, un dépôt de bilan et une situation dramatique pour sa gérante, dont l'exploitation du restaurant est la seule source de revenus ;
- le doute sérieux quant à la légalité de la décision ressort :
. de l'incompétence du président de la Communauté de Communes du Grand Pic Saint-Loup pour prononcer la résiliation du contrat eu égard à l'absence d'une délégation de compétence consentie à cet effet par l'assemblée délibérante ;
. du défaut de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalablement au prononcé de la mesure de résiliation pour faute alléguée, alors qu'aucun motif d'intérêt général ne le justifiait, la mise en demeure du 24 août 2023 ne comportant aucune mention relative à la possibilité de présenter des observations ;
. du caractère infondé du motif de résiliation invoqué, à titre principal, à raison du refus de la communauté de communes de procéder à une compensation, permise par l'article 1289 du code civil, entre le montant cumulé des redevances d'environ 24 000 euros TTC et la somme de 42 000 euros HT due à la société pour l'aménagement de la cuisine qui ne relevait de ses obligations contractuelles, alors qu'au surplus elle n'a, en l'état, pas perçu la subvention d'un montant de 40 000 euros sur le fonds Leader, conditionnée à son maintien dans les lieux durant trois ans, sollicité en son nom par la collectivité publique le 21 janvier 2021 et dont elle serait devenue attributaire le 19 avril 2021, à titre subsidiaire, du fait de l'absence de faute de nature à justifier la résolution du contrat, laquelle est une sanction disproportionnée, eu égard au principe de loyauté des relations contractuelles, notamment compte-tenu des derniers engagements pris à son égard le 24 mai 2023 par la communauté de communes, en réponse à sa demande du 26 avril précédant l'informant du litige pendant sur la somme de 44 000 euros HT exposée à tort au titre de travaux d'aménagement de la cuisine, engagements qui étaient dépourvus de terme pour la mise en œuvre des préconisations qu'ils induisaient, notamment en ce qui concerne la demande de rééchelonnement du paiement du solde des redevances ; enfin la résiliation est particulièrement disproportionnée dès lors que le montant total de redevances réclamé est disponible sur un compte Carpa depuis la convention d'apport en compte-courant résultant de l'entrée dans la SARL J'Adore n°2 de M. A.
Par un mémoire enregistré le 20 décembre 2023, la communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup, représentée par Hortus Avocats, conclut au rejet de la requête, à ce que soit mise à la charge de la société J'Adore n°2 la somme de 3 000 euros au titre des frais de procès.
Elle fait valoir que :
- l'urgence à prononcer une suspension de la décision n'est pas avérée :
. aucune pièce comptable de nature à étayer l'urgence de sa situation financière n'est produite par la société requérante ;
. le maintien de la société J'Adore n°2 sur le domaine public est de nature à préjudicier les intérêts financiers et touristiques de la Communauté de Communes qui ne peut procéder à l'installation d'un nouvel occupant tant que la société " J'ADORE N°2 " n'aura pas quitté le domaine public ;
. la Communauté de Communes a investi 794 617,42 euros HT pour réhabiliter le restaurant, son manque à gagner n'est pas seulement constitué par l'absence de valorisation économique du domaine mais également par l'absence d'amortissement des investissements consentis ; de surcroît, ces travaux de réhabilitation s'inscrivaient dans une démarche stratégique en matière d'attractivité touristique du territoire ;
- par exception, le juge des référés peut ordonner, à titre provisoire, la reprise des relations contractuelles lorsque les conditions cumulatives suivantes sont réunies : la décision de résiliation est entachée de vices d'une particulière gravité, les motifs de la résiliation ne sont pas fondés ou, a minima, ne sont pas de nature à justifier de la cessation immédiate des relations contractuelles et aucune considération d'intérêt général ne s'oppose à la reprise des relations contractuelles ;
. et, en l'espèce, il n'est pas sérieusement contesté ni contestable que la société J'Adore n°2 a manqué, dès 2022 et durant toute l'année 2023, à ses obligations contractuelles, faute de s'être acquittée de la redevance mensuelle de 1 500 euros HT, conformément à l'article 9 de la convention, somme actualisée à 1 545 euros HT en janvier 2023 ; de sorte que la matérialité des faits justifiant la décision de résiliation étant établie, les manquements de la société J'Adore n°2 à ses obligations contractuelles sont d'une gravité suffisante pour justifier de la résiliation du contrat, nonobstant les éventuels vices, au demeurant non fondés, affectant la décision de résiliation ;
- la requérante n'établit pas, par les moyens allégués, le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
. dès lors qu'il résulte d'une jurisprudence constante que la délégation consentie en matière de conclusions de contrat de louage de choses emporte compétence pour mettre fin à ces contrats ;
. l'article 12.1 de la convention prévoit que : " La résiliation pour faute est précédée d'une mise en demeure, dûment motivée et notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception à l'occupant et restée sans effet à l'expiration d'un délai d'un mois " et il ne ressort d'aucun texte ou de la jurisprudence que la mise en demeure d'exécuter ses obligations devrait indiquer expressément que l'administré peut présenter ses observations ; en outre, par lettre du 24 août 2023, la communauté de communes a mis en demeure la société J'Adore n°2 de régler la somme de 24 451,66 euros TTC correspondant aux redevances impayées et celle-ci comporte l'ensemble des mentions obligatoires évoquées ci-dessus ; enfin, en tout état de cause, le vice ainsi invoqué ne paraît pas, eu égard à sa nature même, d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles ;
. les conditions d'une compensation des créances soi-disant respectives ne sont pas réunies ;
. la communauté de communes a rappelé à la société J'Adore n°2 à plusieurs reprises, et notamment dans son courrier du 24 mai 2023, que le service Leader était en attente de pièces complémentaires pour procéder à la pré-instruction des factures produites ;
. l'invitation à se rapprocher de la Trésorerie qui lui a été transmise en mai 2023 ne vaut pas renoncement au règlement de la redevance, la communauté de communes ayant alors indiqué expressément que c'est cette dernière et non elle-même qui " pourra vous proposer des échelonnements de paiement ", en outre, la société J'Adore a nécessairement été rendue destinataire par la Trésorerie des titres exécutoires relatifs aux loyers des mois de mai, juin, juillet et août 2024, et pourtant la société J'Adore n°2 ne démontre pas s'être rapprochée des services de la communauté de communes ou de la Trésorerie dans ce délai de 5 mois ; il est donc difficile de parler d'un " revirement de situation " lors de l'envoi de la mise en demeure du 24 août 2023 ;
. l'obligation de règlement du loyer constitue l'obligation principale et essentielle de tout contrat de location et il est constamment admis en jurisprudence qu'il s'agit d'une faute d'une gravité suffisante pour justifier d'une résiliation et alors que la société requérante, qui n'a répondu à aucune sollicitation des services de la communautés de communes depuis le 24 mai dernier, a préféré ignorer les relances, mises en demeure, et propositions de ces services.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision du président du tribunal désignant Monsieur Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 décembre 2023 :
- le rapport de M. Souteyrand, juge des référés ;
- et les observations de Me Mathieu pour la requérante et de Me Mer pour la Communauté de Communes du Grand Pic Saint-Loup.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience dans l'attente de la position, sous 48 heures, de la communauté sur la proposition de médiation proposée à l'audience.
Trois notes en délibéré ont été enregistrées le 22 décembre 2023, deux pour la communauté de communes du Grand Pic-Saint-Loup et une pour la Sarl J'Adore n°2.
Considérant ce qui suit :
1. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. De telles conclusions peuvent être assorties d'une demande tendant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de la résiliation, afin que les relations contractuelles soient provisoirement reprises.
2. En l'espèce, la Sarl J'adore n°2 demande la suspension de l'exécution de la décision du 11 octobre 2023 par laquelle le président de la communauté de communes du Grand Pic-Saint-Loup a résilié de la convention d'occupation domaniale, signée le 15 janvier 2020, dont elle est titulaire, pour le restaurant situé sis 310, avenue Saint-Sauveur du Pin dans la commune de Saint-Clément-de-Rivière qu'elle exploite. Cette convention est assortie de clauses exorbitantes du droit commun, de sorte que le juge administratif est compétent pour apprécier les litiges concernant son exécution.
Sur l'urgence :
3. La Sarl J'adore n°2, dont Mme A est la gérante, bénéficie, moyennant le paiement d'une redevance mensuelle, d'une convention d'occupation domaniale d'une durée de six ans, signée le 15 janvier 2020, avec la communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup pour l'exploitation d'un restaurant gastronomique dans un bâtiment réhabilité par la collectivité publique, cette dernière prenait en charge les travaux concernant le bâti et l'aménagement d'une cuisine, l'aménagement intérieur en lien avec l'activité de l'occupant
(tables , chaises, bar) ayant été mis à la charge de la société J'Adore n°2.
4. Il résulte de l'instruction que le seul objet de la Sarl J'Adore n°2 est l'exploitation du restaurant qu'autorise la convention d'occupation domaniale en cause et dont Mme A, sa gérante, est également la chef de cuisine du restaurant que la société exploite. Par suite, la résiliation de cette convention va nécessairement entraîner la cessation de l'activité de la société requérante et la perte des revenus qu'en tire sa gérante. En conséquence, l'urgence à prononcer la suspension de l'exécution de cette décision est établie
Sur le doute sérieux concernant la légalité de l'acte :
5. En l'état de l'instruction, si la communauté de communes a, le 24 août 2023, adressé à la société J'Adore n°2 une mise en demeure de s'acquitter, dans un délai d'un mois, de la somme de 24 451,66 euros correspondant aux redevances d'occupation domaniales impayées
( 9 617,82 euros au titre de 2022 et 14 833,84 au titre de 2023) et l'a informée qu'en l'absence de paiement, le bail serait résilié pour faute, puis a, en parallèle, cherché, à prendre l'attache de sa gérante afin de régler amiablement cette situation, il demeure qu'elle n'a ni alors, ni dans le courrier du 11 octobre 2023 l'informant de sa décision en litige de résilier la convention, permis à l'intéressée de, préalablement, faire valoir ses observations, alors qu'aucun motif d'intérêt général ne le justifiait. Ce moyen est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
6. Lors de l'audience du 21 décembre 2023, compte-tenu de ce contexte juridique, et eu égard à l'enjeu, compte tenu de l'investissement financier et en industrie respectif de chacune des deux parties, et notamment eu égard à la qualité des prestations proposées par la société J'Adore n°2 qui sont conformes au cahier des charges qui lui a été imposé, une proposition de médiation a été avancée par le Tribunal, laquelle a recueillie, le 22 décembre suivant, l'assentiment des deux parties, la société requérante s'étant alors, par la voix de sa gérante, engagée à régler, avant le 7 janvier 2024, l'intégralité des redevances dues au 31 décembre 2023, pour le paiement desquelles elle avait procédé à la consignation dans un compte Carpa.
7. Par suite, il y a lieu, d'une part, de suspendre l'exécution de la décision du 11 octobre 2023 par laquelle le président de la Communauté de Communes du Grand Pic-Saint-Loup a résilié de la convention d'occupation domaniale signée le 15 janvier 2020, jusqu'à ce que le Tribunal se prononce sur la requête n° 2306992 sur le fond et pour une période n'excédant pas six mois à compter de la notification de la présente décision, ce qui implique la reprise des relations contractuelles durant cette période. D'autre part, après avoir pris acte de l'engagement de la société J'Adore n°2 d'apurer, avant le 7 janvier 2024 auprès du Trésor public, le passif de ses redevances domaniales, il y a lieu pour le tribunal de désigner un médiateur pour permettre aux deux parties de régler de façon amiable le surplus du contentieux qui les oppose, en tout état de cause.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties au titre de des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 11 octobre 2023, par laquelle le président de la Communauté de Communes du Grand Pic-Saint-Loup a résilié de la convention d'occupation domaniale signée le 15 janvier 2020, est suspendue et la reprise des relations contractuelles est ordonnée jusqu'à ce que le Tribunal se prononce sur la requête n°2306992 sur le fond.
Article 2 : Le Tribunal désignera un médiateur aux fins de permettre aux parties de régler, à l'amiable, le contentieux qui les oppose, avant le 22 juin 2024.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Articler 4 : La présente décision sera notifiée à la société J'adore n°2 et à la Communauté de Communes du grand Pic Saint-Loup.
Fait à Montpellier, le 22 décembre 2023.
Le juge des référés,
E. Souteyrand
La greffière,
A. Farell
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 22 décembre 2023.
La greffière,
A Farell
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01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026