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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2307118

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2307118

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2307118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBOURRET MENDEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. C A, représenté par Me Bourret Mendel, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet du Var a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée s'agissant notamment de sa vie privée et familiale ;

- son droit de présenter des observations préalables n'a pas été respecté ;

- la décision en litige méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lesimple, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Madame Lesimple, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bourret Mendel, représentant M. A ;

- et les observations de M. A, assisté de M. B, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1991 déclare, sans l'établir, être entré en France à la fin de l'année 2022. Le 19 octobre 2022 le tribunal judiciaire de Montpellier l'a condamné à une peine d'emprisonnement délictuel de six mois avec sursis assortie d'une interdiction du territoire français de cinq ans. Le 12 avril 2023, une nouvelle peine d'emprisonnement délictuel a été prononcée à l'encontre de l'intéressé et son sursis a été révoqué. Par arrêté du 4 décembre 2023, faisant suite à la levée d'écrou de l'intéressé, le préfet du Var a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel M. A peut être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, le préfet a développé les considérations de droit et de faits qui fondent sa décision, permettant au requérant d'utilement la contester. Il a ainsi relevé que l'intéressé était de nationalité algérienne, pays où réside sa famille. Si le requérant fait valoir que la présence de sa fille en Espagne n'aurait pas été prise en considération, il n'établit pas l'existence d'une paternité ni participer à l'entretien ou l'éducation de son enfant. En tout état de cause, si les faits retenus par le préfet sont contestés par le requérant, en relevant que M. A avait déclaré être célibataire et sans charge de famille, le préfet a suffisamment motivé sa décision. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 122-1 du même code précise que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné le 22 novembre 2023 sur son état civil, son pays d'origine et sa situation administrative. A cette occasion il a été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'un arrêté de maintien en rétention. Surtout, l'intéressé s'est vu notifier le 29 novembre 2023 un courrier mentionnant qu'il va faire l'objet d'un arrêté de destination et l'invitant, s'il le souhaite, à présenter des observations sur cette mesure et à se faire assister par un conseil ou mandataire de son choix. L'intéressé a alors déclaré vouloir rejoindre l'Allemagne et cette observation est d'ailleurs reprise dans l'arrêté en litige. Alors qu'il n'est ni établi ni même allégué que M. A aurait été privé de la possibilité d'apporter des observations complémentaires, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait intervenue en méconnaissance des dispositions précitées ou du principe communautaire relatif au droit d'être entendu doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il résulte des éléments déclarés par M. A lors de son audition le 22 novembre 2023 qu'il est entré récemment en France et qu'il est actuellement célibataire, sans charge de famille alors que ses parents résident en Algérie. S'il fait désormais valoir être père d'un enfant résidant en Espagne et avoir une compagne en Allemagne, il ne l'établit pas. En tout état de cause, ces attaches dont l'intensité n'est pas établie ne sont pas de nature à démontrer qu'un éloignement à destination de l'Algérie porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de ses intérêts privés et familiaux et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Var du 4 décembre 2023 fixant le pays à destination duquel il peut être reconduit d'office. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C A, au préfet du Var et à Me Bourret Mendel.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La magistrate désignée,

A. Lesimple

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 12 décembre 2023.

La greffière,

C. Touzet

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