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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2307158

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2307158

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2307158
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBOURRET MENDEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 11 décembre 2023, M. C A, représenté par Me Bourret-Mendel, demande au tribunal :

1°) avant dire-droit d'ordonner au préfet de l'Hérault de mettre à sa disposition son entier dossier ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et l'a assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté :

- l'auteur de l'arrêté contesté n'est pas compétent faute de délégation régulièrement publiée ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa présence sur le territoire français ne menace pas l'ordre public.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée.

La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Teuly-Desportes, première conseillère, pour statuer notamment sur les recours relevant de la procédure aux articles L. 614-4 à L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- et les observations de Me Bourret-Mendel, représentant M. A .

- et les observations de M. A, assisté de M. E, interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né en 1978, est entré en France le 25 mai 2010 et a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier jusqu'au 24 mai 2013. Il a ensuite sollicité son admission au séjour comme salarié, mais le préfet de la Haute-Garonne, a par un arrêté du 16 avril 2013, rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. A a également fait l'objet, en 2017 et 2018, de deux mesures d'éloignement, qu'il n'a pas exécutées. Le 3 juin 2021, il a demandé son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 18 novembre 2021, dont la légalité a été confirmée, le 24 mars 2023, par le tribunal administratif de Toulouse, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, prononcé une nouvelle mesure d'éloignement avec un délai de départ volontaire et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A a été interpellé à Béziers (Hérault), le 5 décembre 2023, et placé en garde à vue pour des faits de violence et soustraction à une obligation de quitter le territoire français. Le préfet de l'Hérault a, par un arrêté du 8 décembre 2023, dont M. A demande l'annulation, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire à destination de son pays d'origine assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, de l'entier dossier du requérant :

3. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault a communiqué au tribunal l'ensemble des pièces sur la base desquelles a été pris l'arrêté contesté et que ces productions ont été communiquées au conseil de M. A. Dans ces conditions, les conclusions de M. A tendant à obtenir son dossier ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

5. D'une part, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme D B, cheffe de la section éloignement. Or, par un arrêté du 28 février 2023, publié le même jour au recueil administratif spécial n°25 de la préfecture de l'Hérault, délégation a été donnée à Mme D B, à l'effet de signer tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

6. D'autre part, l'obligation de quitter le territoire français, la décision refusant un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de renvoi et la mesure d'interdiction de retour comportent l'ensemble des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait. Il en va de même du moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;".

8. M. A, qui s'est vu refuser un titre de séjour, le 18 novembre 2021, se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis cette date et entrait dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 citées au point précédent. Dans ces conditions, et dès lors que le 5° de l'article L. 611-1 n'était nullement visé, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant" ; (). "

10. Il ressort des pièces du dossier que si M. A peut se prévaloir d'un séjour régulier du 24 mai 2011 au 24 mai 2013, c'est au titre d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier qui ne l'autorisait à résider sur le territoire que pour une durée annuelle maximale de 6 mois. En outre, il a fait l'objet depuis cette date de trois mesures d'éloignement et n'établit nullement une résidence habituelle sur le territoire depuis 2013. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

12. Le séjour régulier du requérant, du 24 mai 2011 au 24 mai 2013, est ancien et procède et, ainsi qu'il a été dit au point 10, d'un titre de séjour saisonnier pour lequel M. A ne pouvait rester qu'une partie de l'année. En outre, depuis cette date, M. A a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement. Enfin, il est célibataire, sans enfant et n'est pas isolé au Maroc où réside sa famille. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées ni aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (); 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8°) L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

14. Il résulte des pièces du dossier que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur les dispositions précitées du 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que, contrairement à ce que soutient M. A, la mesure contestée n'est pas fondée sur le motif tiré de ce que son comportement représenterait une menace à l'ordre public. En outre, en l'espèce, l'intéressé s'est soustrait à trois reprises à une mesure d'éloignement. En outre, s'il dispose d'un document d'identité valide, il s'est borné, lors de son audition, à indiquer une adresse à Béziers, sans établir la stabilité de cette résidence ni en justifier. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

15. En admettant que le requérant puisse utilement invoquer les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

16. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

17. Si l'autorité préfectorale doit tenir compte, pour décider de prononcer une interdiction de retour à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

18. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Hérault a bien examiné les différents critères de l'article L. 612-10 et mentionne notamment l'absence d'intensité de ses liens avec la France sur laquelle il se fonde. Par suite, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et a, par suite, respecté les exigences des textes précités. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

19. Le préfet de l'Hérault ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire, il lui appartenait, en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. A. Ce dernier ne justifie pas, dans ses écritures, de circonstances humanitaires qui n'auraient pas été prises en compte dans l'arrêté en litige. En outre, compte tenu de la circonstance qu'il a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement, dont l'une comportait déjà une interdiction de retour, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour, aurait commis une erreur d'appréciation ou pris une mesure disproportionnée.

20. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Bourret-Mendel.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La magistrate désignée,

D. Teuly-DesportesLe greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 décembre 2023.

Le greffier,

D. Martinier

N°2307158

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