vendredi 15 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2307231 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | CYRIELLE BONOMO FAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 décembre 2023, M. A dit M. B C, représenté par Me Bonomo-Fay, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet du Tarn a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et prononcé une interdiction de retour pour une durée de 24 mois.
3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familial " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, le cas écheant à verser à son conseil, au titre des frais du litige.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence faute de délégation de signature ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de droit car sa situation au Portugal n'a nullement été étudiée ;
Sur l'interdiction de retour :
- elle est entachée d'incompétence faute de délégation de signature ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il a sa vie privée et familiale au Portugal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lesimple, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Madame Lesimple, magistrate désignée ;
- les observations de Me Bonomo-Fay, représentant M. C, reprenant ses conclusions et moyens à l'exception de celui tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, abandonné, et soutient par ailleurs le caractère disproportionné de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
- et les observations de M. C, assisté de M. D, interprète.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 11 décembre 2023 le préfet du Tarn a pris à l'encontre de M. A, dit M. B C ou M. E, ressortissant algérien né en 1987 ou 1985 selon l'identité alléguée, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être reconduit d'office, et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. M. C demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
4. Au titre de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
5. Le préfet, qui a fondé sa décision sur les dispositions précitées expressément visées, a par ailleurs développé les considérations de faits qui justifient le sens de sa décision. Il a notamment relevé que l'intéressé qui déclare être entré en France en 2018, est dépourvu de titre de séjour alors qu'il fait l'objet d'un mandat d'arrêt émis par le tribunal judiciaire de Lyon et d'une fiche de recherche émise par les autorités belges lui interdisant l'entrée et le séjour sur le territoire de l'espace Schengen et prescrivant par ailleurs son éloignement systématique. Le préfet a en outre relevé qu'il est célibataire, sans charge de famille et n'établit pas avoir transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux.
6. Si le requérant fait valoir que le préfet n'aurait pas tenu compte des intérêts privés et familiaux qui sont les siens au Portugal, les documents produits, datés de septembre 2023 se bornent à mentionner une identification fiscale et sociale et il ressort des éléments qui y sont mentionnés que le requérant a déclaré être entré au Portugal le 15 septembre 2023. Par ailleurs, si lors de son audition par un officier de police judiciaire, le 11 décembre 2023, M. C a déclaré avoir fait des démarches au Portugal en vue de se voir délivrer un titre de séjour, il a néanmoins fait état d'une résidence habituelle en France depuis 2018. Dans ces conditions, et alors qu'il ne conteste pas les motifs de droit précités sur lesquels le préfet a fondé sa décision, il n'établit nullement qu'il aurait une quelconque intégration au Portugal, ni a fortiori qu'il serait susceptible d'y bénéficier d'un droit au séjour.
7. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit et après un examen réel et sérieux de la situation de M. C que le préfet a pu prendre la décision en litige. En conséquence, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision d'éloignement doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Eu égard aux éléments développés au point 6 du présent jugement le requérant n'établit pas, en tout état de cause, qu'il résiderait de façon habituelle au Portugal ni qu'il serait susceptible d'y bénéficier d'un droit au séjour. Par ailleurs, la seule circonstance qu'il fasse l'objet d'une convocation devant le juge judiciaire, où il n'allègue pas l'impossibilité de se faire représenter, ne permet pas de conclure au caractère disproportionné de l'interdiction de retour prononcée à son encontre. Alors que le requérant est célibataire, sans charge de famille, qu'il n'établit aucune intégration sur le territoire et ne conteste pas la menace à l'ordre public que son comportement constitue, c'est sans méconnaître les dispositions précitées ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet a pu prendre la décision en litige.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision d'interdiction de retour doivent être rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Tarn du 11 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et fixant le pays de destination. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de M. C implique le rejet, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B C, au préfet du Tarn et à Me Bonomo-Fay.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.
La magistrate désignée,
A. Lesimple
La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 15 décembre 2023.
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026