vendredi 15 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2307254 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | CYRIELLE BONOMO FAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, M. A dit M. F E, représenté par Me Bonomo-Fay, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Aude a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de 24 mois.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence faute de délégation de signature ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation alors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente décision d'éloignement le 6 septembre 2021 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit car il aurait du faire l'objet d'une décision de transfert sur le fondement de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait car il n'a pas fait l'objet d'une précédente décision d'éloignement le 6 septembre 2021 ;
Sur l'interdiction de retour :
- elle est entachée d'incompétence faute de délégation de signature ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation car le préfet n'a pas examiné tous les critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il est demandeur d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux réfugiés signés à Genève le 28 juillet 1951 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit C B ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lesimple, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Madame Lesimple, magistrate désignée ;
- les observations de Me Bonomo-Fay, représentant M. E, reprenant les conclusions et moyens ci-dessus visés, à l'exception des moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et du défaut de motivation, abandonnés, et faisant état des attaches privés et familiales du requérant en France ainsi que de son état de santé ;
- et les observations de M. E, assisté de M. G, interprète.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 11 décembre 2023 le préfet de l'Aude a pris à l'encontre de M. A, dit M. F E, ressortissant algérien né le 11 octobre 1998, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être reconduit d'office, et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. M. E demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
5. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen () ".
6. Aux termes de l'article 31-2 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés : " Les Etats contractants n'appliqueront aux déplacements de ces réfugiés d'autres restrictions que celles qui sont nécessaires ; ces restrictions seront appliquées seulement en attendant que le statut de ces réfugiés dans le pays d'accueil ait été régularisé ou qu'ils aient réussi à se faire admettre dans un autre pays. En vue de cette dernière admission, les Etats contractants accorderont à ces réfugiés un délai raisonnable ainsi que toutes facilités nécessaires ".
7. Aux termes de l'article 18 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de: () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre () ".
8. Le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que si l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre.
9. Il en va toutefois différemment du cas d'un étranger demandeur d'asile. Les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent en effet nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Ainsi, lorsqu'en application des dispositions du règlement du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de l'article L. 572-1 et non une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 611-1.
10. Lors de son audition par un officier de police judiciaire le 11 décembre 2023 M. E a déclaré avoir déposé une demande d'asile en Suisse en 2018 ou 2019 qui lui a été refusée. S'il se prévaut désormais de l'existence d'une demande d'asile en cours d'instruction en Allemagne et produit à cet effet la photographie d'un document en langue allemande, vraisemblablement établi en 2021 au bénéfice de " M. D H ", ce seul document ne permet pas de conclure que le requérant aurait effectivement déposé une demande d'asile en Allemagne ni que celle-ci serait effectivement en cours d'instruction. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait irrégulière car sa situation relèverait des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En deuxième lieu, si le préfet a relevé que M. E a fait l'objet, le 6 septembre 2021 d'un arrêté du préfet du Gard portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, il ne l'établit pas par la production d'un arrêté en réalité pris à l'encontre d'un tiers. S'il n'est pas contesté que le requérant a usé de différentes identités, celle mentionnée dans l'arrêté produit par le préfet de l'Aude ne correspond à aucune d'elles et le requérant est fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de fait. Toutefois, M. E ne conteste pas l'irrégularité de son entrée et de son séjour sur le territoire ni avoir fait l'objet d'une décision d'éloignement par le préfet de Vaucluse le 28 mars 2021. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ces seuls faits et l'erreur ainsi commise, sans influence sur le sens de la décision, n'est pas de nature à conduire à son annulation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision en litige doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
14. Contrairement à ce que fait valoir le requérant il ressort de la décision en litige que le préfet a bien pris en compte l'ensemble des critères précités pour fonder l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. S'il fait valoir que cette décision est irrégulière du fait de son statut de demandeur d'asile, ce moyen doit être écarté eu égard aux éléments développés au point 10 du présent jugement. Egalement, le fait que le requérant puisse être amené à recevoir des soins exigés par son état de santé ne s'oppose pas, en l'espèce, au prononcé d'une interdiction de retour. Si le requérant fait valoir l'existence d'une relation avec une ressortissante française, depuis près de six mois, et la circonstance que cette dernière serait actuellement enceinte de leur enfant, aucun élément probant n'est apporté au soutien de ces allégations. Par ailleurs, eu égard à l'entrée relativement récente du requérant sur le territoire, à l'absence d'intégration sociale ou professionnelle établie alors qu'il ne conteste pas être défavorablement connu des services de police pour plusieurs infractions et avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en édictant une interdiction de retour d'une durée de deux ans.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de la décision d'interdiction de retour doivent être rejetées.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aude du 11 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et fixant le pays de destination.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. F E, au préfet de l'Aude et à Me Bonomo-Fay.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.
La magistrate désignée,
A. Lesimple
La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 15 décembre 2023.
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026