mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2307334 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | NDOYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023 M. D A, représenté par Me Ndoye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " et ce dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation individuelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les dispositions de la directive 2008/115/CE dès lors que la mesure n'est ni motivée en fait ni en droit.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour du territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La requête a été transmise au préfet de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la directive 2013/32/UE du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pastor, première conseillère, pour statuer en tant que magistrate désignée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Madame Pastor, magistrate désignée,
- les observations de Me Ndoye représentant M. A ainsi que les observations de celui-ci.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant burkinabé né en 1996, a été auditionné par les services de police judiciaire le 13 septembre 2023 puis par arrêté du 13 décembre 2023 le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire français d'un an. Par la présente requête, il sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme C B, cheffe de la section éloignement. Or, par un arrêté du 28 février 2023, publié le même jour au recueil administratif spécial n°25 de la préfecture de l'Hérault, délégation a été donnée à Mme C B, à l'effet de signer tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
5. D'autre part, l'obligation de quitter le territoire français et la mesure d'interdiction de retour comportent l'ensemble des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, s'il est vrai que le préfet précise, à tort, que M. A a été admis à séjourner en France du 23 juillet 2014 au 23 juillet 2016 alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a été admis à y séjourner jusqu'en juillet 2017, cette erreur ne peut être regardée, compte tenu du peu d'incidence sur la situation personnelle globale de M. A, lequel s'est maintenu irrégulièrement en France pendant plus de six ans, de nature à révéler une erreur dans l'appréciation de sa situation par le préfet. Dans ces conditions, l'arrêté suffisamment motivé en fait et en droit, ne révèle pas davantage un défaut d'examen de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire national.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est être entré en France en novembre 2014 pour y poursuivre ses études et se maintient depuis l'expiration de son dernier titre, en juillet 2017, irrégulièrement sur le territoire national. S'il se prévaut d'une insertion professionnelle depuis cette date par la production d'un courrier de création d'activité professionnelle daté de février 2017 et la signature d'un contrat à durée indéterminée en octobre 2020 en qualité de préparateur de commande, ces seuls éléments ne permettent d'établir ni une intégration professionnelle particulièrement réussie ni qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français alors qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il a vécu la majeure partie de sa vie au Burkina Faso où réside l'ensemble de sa famille. Par ailleurs, s'il se prévaut désormais de sa volonté d'obtenir la régularisation de son séjour, il est constant qu'il n'a entrepris aucune démarche administrative depuis plus de six ans. Dans ces conditions, bien que la présente décision puisse faire obstacle à la régularisation de son séjour, cette circonstance n'est pas de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, l'arrêté du préfet ne révèle aucun erreur manifeste d'appréciation Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
10. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
11. Si l'autorité préfectorale doit tenir compte, pour décider de prononcer une interdiction de retour à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.
12. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Hérault a bien examiné les différents critères de l'article L. 612-10 et mentionne notamment l'absence d'intensité de ses liens avec la France sur laquelle il se fonde. Par suite, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et a, par suite, respecté les exigences des textes précités. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
13. Le préfet de l'Hérault ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire, il lui appartenait, en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. A. Ce dernier ne justifie pas, dans ses écritures, de circonstances humanitaires qui n'auraient pas été prises en compte dans l'arrêté en litige. En outre, alors qu'il n'établit pas la réalité des liens qu'il aurait tissés en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour, aurait commis une erreur d'appréciation ou pris une mesure disproportionnée.
14. Enfin, en l'absence d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour du territoire français serait dépourvue de base légale.
15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de l'Hérault et à Me Ndoye.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
La magistrate désignée,
I. Pastor
La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 21 décembre 2023.
La greffière,
C. Touzet
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026