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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2307382

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2307382

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2307382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantVICTOR TELES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2023 M. D B, représenté par Me Teles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées Orientales l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnait l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'insuffisance d'examen de sa situation personnelle.

S'agissant de l'interdiction de retour du territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté attaqué ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pastor, première conseillère, pour statuer en tant que magistrate désignée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Madame Pastor, magistrat désigné,

- les observations de Me Teles représentant M. B ainsi que les observations de celui-ci, assisté d'un interprète.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1981, a fait l'objet d'un arrêté, le 16 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Il est placé au centre de rétention administrative de Perpignan. Par la présente requête, il sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

4. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par

M. A C, sous-préfet de Prades. Par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. A C, sous-préfet de Prades, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour prononcer la mesure d'éloignement litigieuse, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé, d'une part, sur les différents textes applicables à la situation de l'intéressé, en particulier l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part sur l'ensemble des considérations tenant à la situation personnelle et administrative du requérant, en particulier l'absence de tout justificatif quant à la régularité de son séjour au sein de l'espace Schengen. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, notamment des éléments que M. B a fait valoir aux services de police lors de son audition, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de l'intéressé.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

7. Si M. B conteste le motif tiré de ce que son comportement représenterait une menace à l'ordre public, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet s'est également fondé sur le motif, constant, de l'irrégularité de son séjour en France, en application du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel justifie légalement, et à lui seul, la mesure d'éloignement litigieuse. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe, la durée de sa décision eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. A supposer même que le fait de présenter une fausse carte d'identité nationale italienne ne soit pas suffisant pour caractériser une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que tant la durée de présence de l'intéressé en situation irrégulière sur le territoire français que l'absence de liens stables sont de nature à justifier la mesure édictée à son égard pendant deux ans, qui n'est pas la durée maximale. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale aurait porté une appréciation erronée sur sa situation.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 16 décembre 2023. Il s'ensuit que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Teles.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La magistrate désignée,

I. Pastor Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 21 décembre 2023.

La greffière,

C. Touzet

2

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