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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2307444

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2307444

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2307444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 décembre 2023 et 10 janvier 2024, la société Cellnex France, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le maire de Montpellier s'est opposé à la déclaration préalable enregistrée sous le n° DP 34 172 23 M1462 pour l'installation d'une station de radiotéléphonie sur le toit d'un immeuble situé 11-15 rue Auguste Comte ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Montpellier de prendre un arrêté provisoire de non opposition à déclaration préalable dans un délai de quinze jours courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée porte atteinte à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile des sociétés Cellnex France et Orange qui sont toutes deux soumises à des engagements ;

- le site projeté aura pour effet de concourir notamment au déploiement de la 5G dans la bande de 3,5 GHz et doit lui permettre de remplir ses obligations à l'échelle nationale ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- la décision a été prise par une autorité incompétente faute pour la commune d'apporter la preuve de l'existence d'une délégation de signature à Mme B A et de sa publication ;

- l'arrêté ne comporte aucune motivation factuelle ; l'avis de l'architecte des bâtiments de France n'était pas joint à l'arrêté en litige ;

- le maire s'est cru à tort lié par l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France ;

- le projet ne porte pas atteinte aux objectifs du site patrimonial remarquable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, la commune de Montpellier, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Cellnex France une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande sera rejetée du fait de l'irrecevabilité de la requête au fond tirée du défaut d'exercice du recours administratif préalable obligatoire par la société pétitionnaire au préfet de région en méconnaissance de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme ;

- l'urgence n'est pas constituée ; la société requérante n'apporte pas la preuve que la décision en cause l'empêcherait de remplir les obligations de service public mises à sa charge ; les données produites par la société requérante sont démenties par les cartes publiées par l'opérateur Orange et par les cartes de couverture fournies par l'Arcep ;

- aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ;

- Mme A dispose d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- l'arrêté ainsi que l'avis de l'ABF sont suffisamment motivés en droit et en fait ;

- la commune de Montpellier s'est appropriée les conclusions de l'ABF ;

- le terrain d'assiette du projet se situe au sein de Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) de la commune de Montpellier ; les antennes projetées seront visibles compte tenu de leur implantation trop proche du nu de la façade donnant sur la rue Auguste Comte.

Vu :

- la requête enregistrée le 20 décembre 2023 sous le n° 2307445 par laquelle la société Cellnex France demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 10 janvier 2024 à 10 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- les observations de Me Le Rouge de Guerdavid, représentant Cellnex France, qui persiste dans ses écritures et reprend les moyens soulevés par la requête. Elle ajoute que la requête est recevable dès lors que l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France étant un avis simple, la requête au fond n'était pas soumise à recours administratif préalable obligatoire, précise que la commune de Montpellier s'est sentie liée par l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France, que l'antenne relais ne constitue pas un équipement technique au sens de l'article USS 4-0 du PSMV ; que la perspective citée en défense n'est protégée par aucun document ; que les antennes sont pourvues d'un filtre 3 M qui réfléchit la couleur ; que le fil 3 M est une forme d'intégration du projet ; que le projet respecte le PVSM ;

- les observations de Me Geoffret, représentant la commune de Montpellier, qui reprend ses écritures par les mêmes moyens. Il précise que le recours administratif préalable obligatoire est obligatoire même pour un avis simple de l'Architecte des Bâtiments de France et que la requête est dès lors irrecevable ; que l'urgence n'est pas démontrée par les cartes produites ; que la commune de Montpellier s'est appropriée l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France ; que l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France était bien joint à l'arrêté ; que les dispositions du PSMV s'appliquent bien aux antennes relais ; que l'antenne relais sera visible des Jardins du Peyrou qui sont protégés.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'audience au 10 janvier 2024 à 16 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 septembre 2023, la société Cellnex France a déposé une déclaration préalable auprès de la Commune de Montpellier, afin d'y installer trois antennes de radio télécommunication sur un terrain sis 11 /13/15 rue Auguste Comte à Montpellier. Le 20 octobre 2023, la commune de Montpellier a pris une décision d'opposition à la déclaration préalable. Par la présente requête, la société Cellnex France sollicite du juge des référés la suspension de l'exécution de cette dernière décision.

Sur la recevabilité de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. ". Aux termes de l'article L. 632-2 du code du patrimoine : " I. - Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager, l'absence d'opposition à déclaration préalable, l'autorisation environnementale prévue par l'article L. 181-1 du code de l'environnement ou l'autorisation prévue au titre des sites classés en application de l'article L. 341-10 du même code tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, il s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine ". Toutefois, aux termes de l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine : " Par exception au I de l'article L. 632-2, l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est soumise à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France lorsqu'elle porte sur : 1° Des antennes relais de radiotéléphonie mobile ou de diffusion du très haut débit par voie hertzienne et leurs systèmes d'accroche ainsi que leurs locaux et installations techniques ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. () Le préfet de région adresse notification de la demande dont il est saisi au maire s'il n'est pas l'autorité compétente, et à l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme. Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours. Si le préfet de région infirme le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme statue à nouveau dans le délai d'un mois suivant la réception de la décision du préfet de région ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'avis de l'architecte des bâtiments de France portant sur un projet d'antenne relais de téléphonie mobile implanté dans le périmètre d'un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV), comme c'est le cas en l'espèce, est un avis simple et non conforme. Par suite, l'accord de l'architecte des Bâtiments de France n'étant, en l'espèce, pas obligatoire, la société Cellnex France n'avait pas à faire précéder sa requête d'un recours administratif préalable sur le fondement de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Montpellier doit être écartée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

7. Il apparaît au vu des pièces produites par la société requérante, et notamment de cartes couverture réseau, dont les mentions ne sont pas remises en cause par les cartes mises en ligne sur le site de l'ARCEP, établies à partir de mesures théoriques et non de constatations effectives, que le projet permet d'augmenter la couverture de la zone rouge " très bonne couverture " et de la zone orange " bonne couverture " et permet également de déployer la technologie 5G dans la bande de 3,5 GHz. Compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, des intérêts propres de la société Cellnex France, qui s'est engagée, par contrat, à réaliser les travaux nécessaires au déploiement du réseau de la société Orange, et des intérêts de cette dernière société qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire national par son réseau, la société Cellnex France doit être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

8. Le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivé en fait en l'absence de production, avec l'arrêté d'opposition à déclaration préalable du 20 octobre 2023, de l'avis du 5 octobre 2023 de l'Architecte des Bâtiments de France auquel il est fait référence dans ledit arrêté sans en reprendre les termes est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun autre moyen ne parait susceptible d'entraîner la suspension de la décision attaquée.

10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le maire de Montpellier s'est opposé à la déclaration préalable de la société Cellnex France tendant à l'installation mobile d'une station de radiotéléphonie sur le toit d'un immeuble situé 11-15 rue Auguste Comte, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. La suspension de la décision en litige implique seulement que le maire

de Montpellier procède au réexamen de la déclaration préalable déposée le 4 septembre 2023 par la société Cellnex France, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Cellnex France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la commune de Montpellier demande au titre des frais exposés par elle. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Montpellier une somme à verser à la société Cellnex France au titre de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le maire de Montpellier s'est opposé à la déclaration préalable de la société Cellnex France tendant à l'installation d'une station de téléphonie mobile sur le toit d'un immeuble situé 11-15 rue Auguste Comte, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Montpellier de statuer à nouveau sur la déclaration préalable de la société Cellnex France dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Montpellier présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Cellnex France et à la commune de Montpellier.

Fait à Montpellier, le 17 janvier 2024.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 janvier 2024.

La greffière,

M. C

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