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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2307566

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2307566

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2307566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 novembre 2023 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine ;

2°)d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ; à défaut d'enjoindre au réexamen de sa situation dans un délai de trente jours et dans l'attente d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;

3°)de condamner le préfet de l'Hérault à lui payer la somme de 1 440 euros au titre des frais du litige.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en fait ;

- le préfet a commis une erreur de fait en se fondant sur la présence des parents de son épouse en Ukraine alors qu'il avait déjà délivré une première autorisation provisoire de séjour à la mère de celle-ci ;

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation alors même qu'il avait porté à la connaissance du préfet l'ensemble des éléments de sa situation personnelle et familiale ;

- en prenant les décisions contestées, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle et méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 26 février 2024 après la clôture automatique de l'instruction trois jours francs avant l'audience, ont été présentées pour M. B.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- et les observations de Me Moulin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant macédonien né le 2 avril 1995, est entré régulièrement en France le 16 septembre 2018 muni d'un passeport revêtu d'un visa long séjour, valant titre de séjour mention " étudiant ", valable du 16 septembre 2018 au 16 septembre 2019. Il a ensuite obtenu des titres de séjour successifs portant la mention " étudiant ", l'autorisant à travailler à titre accessoire, le dernier expirant le 16 novembre 2022. Le 24 janvier 2023, M. B a sollicité le " renouvellement " de son titre de séjour en produisant un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi de serveur barman à temps plein signé le 1er mai 2018, puis, en réponse à la préfecture, il a demandé que son changement de statut soit étudié au titre de sa vie privée et familiale. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". M. B fait valoir notamment la durée de son séjour, l'établissement de sa vie privée et familiale en France ainsi que son intégration professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que M. B est marié depuis novembre 2022 avec Mme A, de nationalité ukrainienne, avec laquelle il justifie d'une communauté de vie de plusieurs années, non contestée par le préfet. Il est constant que l'épouse du requérant bénéficie à la date de la décision contestée, après avoir séjourné régulièrement en qualité d'étudiante de 2014 à 2021 puis sous couvert d'un titre de séjour recherche d'emploi de septembre 2021 à septembre 2022, d'une carte de séjour temporaire " travailleur temporaire " valable jusqu'au 28 mars 2024, dont elle a sollicité le renouvellement, et qu'elle a obtenu le 25 octobre 2023 une autorisation de travail de trois ans dans le cadre d'un contrat de travail d'une durée de 36 mois conclu avec l'université de Montpellier. Il ressort également des pièces du dossier que la mère et la sœur de son épouse, de nationalité ukrainienne, résident à Montpellier sous couvert d'autorisations provisoires de séjour en qualité de bénéficiaires de la protection temporaire. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de la durée de son séjour et de la réalité de l'établissement de sa vie privée et familiale en France, et même si M. B y a séjourné en qualité d'étudiant sans respecter la quotité de travail que lui permettaient ses titres de séjour, le préfet a, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

3. Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet de l'Hérault du 29 novembre 2023 refusant d'accorder à M. B une carte de séjour au titre de sa vie privée et familiale doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, eu égard à son motif, que le préfet délivre à M. B le titre de séjour sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente, de lui remettre dans un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 novembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à M. B un titre de séjour mention vie privée et familiale, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente, de lui remettre dans un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 mars 2024.

La greffière,

A. Junon

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