vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2307614 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | RENVERSEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 29 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Renversez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a fixé le Maroc comme pays de destination ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocate, au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision n'a pas été signée par l'interprète ;
- son signataire est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfet n'a pas procédé à un examen sérieux ;
- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;
- les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 alinéa 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont méconnus car il encourt des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Maroc et il réside régulièrement sur le sol espagnol où se trouve toute sa famille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Madame Crampe dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 décembre 2023 :
- le rapport de Madame Crampe, magistrate désignée ;
- les observations de Me Renversez, représentant M. C, assisté de M. D, interprète, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et soutient en outre qu'il est entré en Espagne depuis ses 18 ans et qu'il souhaite y retrouver sa mère, qui est âgée et malade, et y travailler pour rembourser sa dette auprès de ses fournisseurs marocains.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain, né le 13 mai 1987, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a fixé le Maroc comme pays de destination au titre des dispositions de l'article L.721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, suite au prononcé par le tribunal correctionnel d'une interdiction du territoire français d'une durée de dix ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la circonstance que la décision en litige n'ait pas été signée par l'interprète est sans incidence sur sa légalité.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. E A, directeur de la citoyenneté et de la migration de la préfecture des Pyrénées-Orientales dont il ressort des éléments produits en défense qu'il avait reçu délégation à cet effet, celle-ci incluant les mesures d'éloignement. Si le requérant fait valoir que cet arrêté vise seulement le cas des étrangers en situation irrégulière, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il dispose d'un titre l'autorisant à séjourner régulièrement en France, et la décision en litige entre donc dans le champ de cette délégation.
5. En troisième lieu, la décision comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent et notamment la mention du jugement du 24 février 2023 par lequel le tribunal correctionnel a interdit M. C le territoire français pour dix ans, l'indication de la nationalité marocaine du requérant, et l'absence de justification par ce dernier de risques encourus en cas d'éloignement vers son pays d'origine.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait négligé d'examiner avec sérieux la situation du requérant avant de désigner le pays de son renvoi.
7. En cinquième lieu et d'une part, aux termes de l'article L.721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Les décisions fixant le pays de destination, qui sont des mesures individuelles défavorables de police, doivent être motivées en application des dispositions du 1° de l'article L. 211-2 du même code.
9. Par ailleurs, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.
10. Il ressort des pièces du dossier que si M. C a pu présenter des observations sur le pays de renvoi, ainsi qu'il ressort du procès-verbal de notification daté du 8 décembre 2023, ces observations ont été recueillies postérieurement à l'édiction de la décision en litige le 7 décembre 2023, et ne sauraient valoir procédure contradictoire au sens des dispositions qui précèdent.
11. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à cette occasion, M. C a exposé qu'il souhaitait " rentrer en Espagne où se trouve toute (sa) famille " et que la revendication par M. C d'un droit de séjourner dans ce pays a été immédiatement prise en compte par le préfet des Pyrénées-Orientales. En effet, ce dernier a recherché le jour même la possibilité de faire réadmettre l'intéressé en Espagne, en saisissant les autorités espagnoles d'une demande de réadmission qui, contrairement à ce que soutient l'intéressé, portait bien mention de son identité. En outre, le préfet des Pyrénées-Orientales avait examiné la situation de l'intéressé à l'une de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales préalablement à l'édiction de sa décision. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que M. C disposait d'élément susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision fixant le Maroc comme pays de renvoi, ni qu'il ait été privé d'une garantie. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales "Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants" et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose qu'un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.
13. Si M. C invoque le risque de représailles auquel il serait exposé du fait d'avoir une dette liée au trafic de cannabis qu'il entretenait avec des compatriotes marocains, c'est sans établir la réalité ni le caractère personnel de cette menace, laquelle ne saurait ressortir de trois faits divers ayant impliqué des barons de la drogue ou des repentis, nonobstant la nationalité marocaine ou franco-marocaine des intéressés. C'est ainsi sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a fixé le Maroc comme pays de renvoi.
14. En septième lieu, l'article 8 de cette convention stipule que : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
15. Si le requérant fait valoir qu'il dispose d'un titre lui permettant de séjourner en Espagne, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la procédure pénale établie le 22 décembre 2023, que ce titre de séjour est caduc depuis le 5 mai 2022. La circonstance qu'il a intenté un recours contentieux contre la décision des autorités espagnoles du 6 mai 2023 procédant au retrait de son titre de séjour ne permet pas de le regarder comme étant titulaire d'un droit au séjour en Espagne ni comme étant éligible à une nouvelle demande de réadmission dans ce pays. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il entretenait toujours des relations au Maroc, pays dont il a la nationalité et où il indique avoir vécu jusqu'à ses 18 ans, en particulier à travers l'importation de cannabis en France. Il est, par ailleurs, célibataire et sans charge de famille. Ainsi, alors même que sa mère ou des membres de sa famille se trouveraient en Espagne, c'est ainsi sans porter atteinte à sa vie privée et familiale que le préfet des Pyrénées-Orientales a décidé de fixer le Maroc comme pays de son renvoi.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2023.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée sur le fondement.
D E C I D E :
Article 1 : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Renversez.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 29 décembre 2023.
La magistrate désignée,
S. CrampeLa greffière,
C. TouzetLe greffier,
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 29 décembre 2023
La greffière,
C. Touzet
N°2307614
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026