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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400049

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400049

lundi 15 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantDELCHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 et 15 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Delchambre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023, notifié le 3 janvier 2024, par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et l'a assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Teuly-Desportes, première conseillère, pour statuer notamment sur les recours relevant de la procédure aux articles L. 614-4 à L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- et les observations de Me Delchambre, représentant M. B, qui maintient, pour le requérant, ses précédentes écritures.

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né en 1987, entré pour la première fois en France irrégulièrement en 2011, a épousé une ressortissante française en 2012. Eloigné en 2013 vers son pays d'origine, il est, selon ses déclarations, à nouveau entré en France, le 12 décembre 2015, muni d'un passeport revêtu d'un visa et s'est vu délivrer en 2016 un certificat de résidence en tant que conjoint de français. Par un arrêté du 18 avril 2018, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de ce titre de séjour au motif d'une absence de communauté de vie avec son épouse, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Emprisonné pour des faits de violence pour la période du 26 décembre 2017 au 4 décembre 2018, il a ensuite été interpellé, le 2 mai 2019, à Montpellier, dans le cadre d'une réquisition aux fins de comparution forcée et placé en garde à vue pour des faits de " soustraction à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français ". Par un arrêté du 3 mai 2019, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Par jugement rendu le 10 novembre 2022, le tribunal correctionnel de Montpellier l'a condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de " maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention d'un ressortissant étranger faisant l'objet d'une interdiction de territoire. M. B conteste l'arrêté du 27 décembre 2023, notifié le 3 janvier 2024, par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre, avant sa levée d'écrou le 3 février 2024, une obligation de quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et l'a assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français vise les dispositions des 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de fait sur lesquels elle est fondée et notamment la situation conjugale de l'intéressé et les condamnations dont il a fait l'objet. Elle est, en conséquence, suffisamment motivée de sorte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union.() ".

5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition, le 22 décembre 2023, au centre pénitentiaire de Villeneuve-les-Maguelone, le requérant a été invité à présenter ses observations sur la perspective de son éloignement du territoire français et a indiqué ne pas vouloir s'y conformer. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit de M. B d'être entendu doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; /() 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

8. En admettant même M. B que ait justifié d'une entrée régulière sur le territoire français en 2015, lors de sa dernière entrée sur le territoire, il entrait dans l'hypothèse prévue au 5° du même article. En effet, il séjourne irrégulièrement sur le territoire depuis le 20 mai 2018, et a été condamné à deux reprises en juillet et novembre 2019 respectivement pour des faits liés à un trafic de stupéfiants et des faits de violence à l'encontre d'un conjoint de sorte que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, M. B, qui est ressortissant algérien, ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, qui plus est, à l'appui d'une mesure d'éloignement.

10. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Le séjour régulier du requérant, qui avait un certificat de résidence " vie privée et familiale ", en sa qualité de conjoint de Français, entre 2016 et 2018, est ancien et n'a eu qu'une durée relativement brève. A la date de l'arrêté contesté, il n'y a plus de communauté de vie avec son épouse, ressortissante française, laquelle se borne à attester, le 13 janvier 2024, qu'ils sont tous deux mariés, étant précisé que le requérant ne produit aucun document qui justifierait d'une communauté de vie à la date de l'arrêté en litige, l'avis d'imposition pour l'année 2019 étant insuffisamment probant sur ce point. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à deux reprises en juillet et novembre 2019 respectivement pour des faits liés à un trafic de stupéfiants et des faits de violence conjugale. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions de son séjour, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; ()4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 8°) L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. Il résulte des pièces du dossier que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de l'Hérault s'est fondé, d'une part, sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et d'autre part, sur les dispositions précitées des 1°, 4°, 5°et 8° de l'article L. 612-3 du même code. En l'espèce, l'intéressé s'est notamment soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 3 mai 2019. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui s'est vu depuis le 18 avril 2018, refuser un certificat de résidence " conjoint de Français " pour absence de communauté de vie, ne justifie pas d'une communauté de vie avec son épouse par les pièces versées au dossier et a déclaré ne pas vouloir se conformer à la présente procédure d'éloignement. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière, le préfet de l'Hérault a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent ni commettre d'erreur d'appréciation, refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

14. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Si l'autorité préfectorale doit tenir compte, pour décider de prononcer une interdiction de retour à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

16. Le préfet de l'Hérault ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire, il lui appartenait, en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. B, qui a refusé de déférer à une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour et n'établit pas que la communauté de vie avec son épouse, laquelle a été victime de violences conjugales, aurait repris. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, ainsi qu'il a été rappelé précédemment, que la menace à l'ordre public peut être retenue. Dans ces conditions, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Il suit de là que le moyen tiré de la disproportion de la mesure doit être écarté.

17. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2023, notifié le 3 janvier 2024, par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et l'a assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

DÉCIDE :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Delchambre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2024.

La magistrate désignée,

D. Teuly-DesportesLa greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 15 janvier 2024.

La greffière,

C. Touzet

N°2400049

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