jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2400156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MARGALL, D'ALBENAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 janvier 2024, Mme F G, M. C B, M. E D, Mme I A, représentés par la SCP CGCB et Associés, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 122-11 du code de l'environnement, l'exécution de la délibération du 11 janvier 2022 portant approbation du plan local d'urbanisme de Saint-Guiraud ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Guiraud une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- En ne procédant pas à une évaluation environnementale dans le cadre de l'élaboration de son plan local d'urbanisme, la commune de Saint-Guiraud a méconnu les dispositions de l'article R. 104-11 du code de l'urbanisme ;
- En tout état de cause, en différant l'entrée en vigueur de l'article L. 104-1 du code de l'urbanisme issu de la loi du 7 décembre 2020 aux procédures prescrites après sa publication, de sorte que les élaborations prescrites antérieurement n'étaient seulement soumises qu'à un examen au " cas par cas ", les dispositions du IV de l'article 148 de la loi du 7 décembre 2020 ne sont pas compatibles avec les objectifs de l'article 3 paragraphe 3 de la directive 2001/42/CE et doivent donc être écartées ;
- L'élaboration du plan local d'urbanisme de Saint-Guiraud était donc soumise à évaluation environnementale systématique ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, la commune de Saint-Guiraud, représentée par Me D'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge solidaire de Mme F G, M. C B, M. E D, Mme I A une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le juge du fond a entendu lui accorder un délai pour régulariser le vice tiré de l'absence d'évaluation environnementale ;
- la requête est irrecevable du fait de la cristallisation des moyens dans l'instance au fond ;
- les requérants tentent de remettre en cause le juge du fond sur le délai accordé par ce dernier pour régulariser le vice tenant à l'absence d'étude environnemental.
Vu :
- la requête enregistrée le 10 mars 2022 sous le n° 2201208 par laquelle Mme F G, M. C B, M. E D, Mme I A demandent l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
- l'arrêt du Conseil d'Etat n°465248, 465249,465250,465251 du 12 juillet 2023 ;
Vu :
- la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne n° C-444/15 du 21 décembre 2016 ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 2020-1525 du 7 décembre 2020 ;
- le décret n°2021-1345 du 13 octobre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 29 janvier 2024 à 14 heures :
- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;
- les observations de Me Aldigier, représentant Mme G, M. B, M. D, Mme A qui persiste dans ses écritures et reprend les moyens soulevés par la requête. Il ajoute en réplique aux fins de non-recevoir soulevés que la cristallisation des moyens ne s'applique pas pour les documents d'urbanisme et qu'il n'y a pas d'autorité de chose jugée avec le jugement avant dire droit du tribunal ;
- les observations de Me Chartron, représentant la commune de Saint-Guiraud, qui reprend ses écritures par les mêmes moyens. Elle précise que c'est la MRAE qui avait indiqué à la commune que l'étude environnementale n'était pas nécessaire et qu'elle va enclencher la procédure d'autorisation environnementale en délivrant des sursis à statuer si nécessaire dans l'attente de la production de ladite étude.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 12 janvier 2017, le conseil municipal de Saint-Guiraud a prescrit l'élaboration de son plan local d'urbanisme. Le projet de plan local d'urbanisme a été arrêté par délibération du 19 décembre 2019, après que la mission régionale d'autorité environnementale Occitanie ait décidé, après examen au cas par cas, que le projet d'élaboration de ce plan local d'urbanisme n'était pas soumis à l'évaluation environnementale. A l'issue de l'enquête publique qui s'est déroulée du 3 juin au 5 juillet 2021, le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable. Par une délibération du 11 janvier 2022, le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par la présente requête, M. C B et autres demandent la suspension de cette délibération.
Sur les fins de non-recevoir soulevées par la commune de Saint-Guiraud :
2. Contrairement à ce que soutient la commune de Saint-Guiraud, la cristallisation des moyens prévue par l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme n'est pas applicable aux requêtes relatives aux documents d'urbanisme. Par ailleurs, en l'absence d'identité sur l'objet, aucune méconnaissance de la chose jugée du fait du jugement n° 2201208 avant-dire droit du tribunal administratif de céans du 21 décembre 2023 n'est opposable. Par suite, la commune de Saint-Guiraud n'est pas fondée à soutenir que la requête présentée par Mme G, M. B, M. D, Mme A est irrecevable.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 122-11 du code de l'environnement : " Si une requête déposée devant la juridiction administrative contre une décision d'approbation d'un plan ou d'un programme visé à l'article L. 122-4 est fondée sur l'absence d'évaluation environnementale, le juge des référés, saisi d'une demande de suspension de la décision attaquée, y fait droit dès que cette absence est constatée. " Aux termes du I de l'article L. 122-4 du même code : " Pour l'application de la présente section, on entend par : / 1° "Plans et programmes" : les plans, schémas, programmes et autres documents de planification élaborés ou adoptés par l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements et les établissements publics en dépendant, ainsi que leur modification, dès lors qu'ils sont prévus par des dispositions législatives ou réglementaires, y compris ceux cofinancés par l'Union européenne ; / () ".
4. Le juge des référés, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions de l'article L. 122-11 du code de l'environnement, doit en principe faire droit aux demandes de suspension des actes devant faire l'objet d'une évaluation environnementale, dès lors qu'il constate l'absence de l'évaluation environnementale alors que celle-ci était requise. Il appartient au juge des référés, afin de déterminer si la demande qui lui est présentée sur ce fondement entre dans les prévisions de l'article L. 122-11 du code de l'environnement, d'apprécier si, en l'état de l'instruction, une évaluation environnementale était requise.
5. Aux termes de l'article 3 de la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 relative à l'évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l'environnement : " 1. Une évaluation environnementale est effectuée, conformément aux articles 4 à 9, pour les plans et programmes visés aux paragraphes 2, 3 et 4 susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement. () / 3. Les plans et programmes visés au paragraphe 2 qui déterminent l'utilisation de petites zones au niveau local et des modifications mineures des plans et programmes visés au paragraphe 2 ne sont obligatoirement soumis à une évaluation environnementale que lorsque les États membres établissent qu'ils sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement. () " Dans son arrêt du 21 décembre 2016 rendu dans l'affaire n° C-444/15 " Associazione Italia Nostra Onlus c/ Comune di Venezia et a ", la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit qu'" il y a lieu de constater que, par l'emploi de l'expression "petites zones au niveau local", d'une part, le législateur de l'Union a entendu prendre comme référence le cadre du ressort territorial de l'autorité locale qui a élaboré et/ou adopté le plan ou le programme concerné. D'autre part, dans la mesure où le critère de l'utilisation de "petites zones" doit être rempli en sus de celui de la détermination au niveau local, la zone concernée doit représenter, proportionnellement à ce ressort territorial, une faible taille ".
3. Aux termes de l'article 26 du décret du 13 octobre 2021 portant modification des dispositions relatives à l'évaluation environnementale des documents d'urbanisme et des unités touristiques nouvelles : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux procédures d'élaboration et de révision des plans locaux d'urbanisme pour lesquelles une décision de dispense d'évaluation environnementale, prise par l'autorité environnementale en application de l'article R. 104-28 du code de l'urbanisme, est intervenue avant son entrée en vigueur. Les autres procédures pour lesquelles une décision de l'autorité environnementale est intervenue en application de l'article R. 104-28 du code de l'urbanisme avant la date d'entrée en vigueur du présent décret restent régies par les dispositions antérieurement applicables ". Il ressort des pièces du dossier que la mission régionale d'autorité environnementale d'Occitanie a dispensé d'évaluation environnementale l'élaboration du plan local d'urbanisme de Saint-Guiraud par une décision du 7 janvier 2019, antérieure à l'entrée en vigueur du décret du 13 octobre 2021. Les dispositions de l'article R. 104-11 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue de ce décret étaient donc applicables en l'espèce. Aux termes de ces dispositions : " I. - Les plans locaux d'urbanisme font l'objet d'une évaluation environnementale à l'occasion : / 1° De leur élaboration (). ". Il en résulte qu'en ne procédant pas à une évaluation environnementale dans le cadre de l'élaboration de son plan local d'urbanisme la commune de Saint-Guiraud a méconnu les dispositions précitées.
4. En tout état de cause, si le point IV de l'article 148 de la loi du 7 décembre 2020 prévoit que son article 40, qui a modifié l'article L. 104-1 du code de l'urbanisme pour inclure les plans locaux d'urbanisme dans la liste des documents faisant l'objet d'une évaluation environnementale, a prévu qu'il ne serait applicable qu'aux procédures engagées après la publication de la loi, et qu'antérieurement, en application de l'article L. 104-2 alors en vigueur, seuls les plans locaux d'urbanisme qui étaient susceptibles d'avoir des effets notables sur l'environnement, au sens de l'annexe II à la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001 relative à l'évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l'environnement, compte tenu notamment de la superficie du territoire auquel ils s'appliquent, de la nature et de l'importance des travaux et aménagements qu'ils autorisent et de la sensibilité du milieu dans lequel ceux-ci doivent être réalisés, devaient faire l'objet d'une évaluation environnementale, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, précisée par son arrêt C-444/15 du 21 décembre 2016 cité au point 2, que la notion de " petites zones au niveau local " figurant au paragraphe 3 de l'article 3 de la directive 2001/42/CE précité, lu en combinaison avec le considérant 10 de cette directive, doit être définie en référence à un plan ou programme élaboré par une autorité locale, par opposition à une autorité régionale ou nationale, et s'appliquant à une zone représentant, à l'intérieur du ressort territorial de l'autorité locale en question, une faible taille, proportionnellement à ce ressort territorial.
5. En l'état de l'instruction, les requérants sont fondés à soutenir que l'élaboration du plan local d'urbanisme de Saint-Guiraud en litige était soumise à évaluation environnementale en application de l'article 26 du décret du 13 octobre 2021 portant modification des dispositions relatives à l'évaluation environnementale des documents d'urbanisme et des unités touristiques nouvelles et de la non compatibilité des dispositions du IV de l'article 148 de la loi du 7 décembre 2020 avec les objectifs de l'article 3 paragraphe 3 de la directive 2001/42/CE. Il est constant que cette évaluation n'a pas été menée. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 122-11 du code de l'environnement, il incombe au juge des référés de suspendre l'exécution de la délibération du 11 janvier 2022 par laquelle le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge solidaire de Mme G, M. B, M. D, Mme A qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la commune de Saint-Guiraud demande au titre des frais exposés par elle. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Guiraud une somme à verser à Mme G, M. B, M. D, Mme A au titre de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la délibération du 11 janvier 2022 par laquelle le conseil municipal de Saint-Guiraud a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune est suspendue.
Article 2: Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Saint-Guiraud sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F G, M. C B, M. E D, Mme I A et à la commune de Saint-Guiraud.
Fait à Montpellier, le 1er février 2024.
La juge des référés,
F. Corneloup
La greffière,
M. H
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er février 2024.
La greffière,
M. H
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026