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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400157

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400157

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RETENTION ADMINISTRATIVE DE SETE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2024, M. E D, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Sète, représenté par Me Jacquinet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 6 janvier 2024 décidant son maintien en rétention administrative ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son avocat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en l'absence de délégation de signature régulière, l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- en estimant que sa demande était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement et en prononçant son maintien en rétention administrative, la préfète a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision le prive du droit à un recours suspensif devant la Cour nationale du droit d'asile, en violation des articles 13 et 3 combinés de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 20224, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Couégnat, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat,

- les observations de Me Jacquinet, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, et soutient notamment que compte tenu de la précédente demande d'asile et de l'ensemble des déclarations du requérant lors de son audition, la préfète ne pouvait raisonnablement penser que sa demande d'asile était dilatoire ;

- et les observations de M. D, assisté de Mme B, interprète, qui confirme qu'il a quitté son pays dans les années 80 et fait valoir qu'il est toujours menacé.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, de nationalité bosnienne né le 5 février 1975, déclare être entré en France en 2020. Il a été interpellé le 3 janvier 2024 et placé en garde-à-vue pour des faits de vol en réunion. Par un arrêté du 3 janvier 2024, la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète a décidé son placement en rétention administrative. M. D a exprimé la volonté de demander l'asile le 5 janvier 2024. Par un arrêté du 6 janvier 2024 notifié le 8 janvier, la préfète de Vaucluse a décidé son maintien en rétention pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. D demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de cette décision. Par une décision du 15 janvier 2024, notifiée le 17 janvier 2024 à M. D, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté comme irrecevable sa demande de réexamen.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par un arrêté du 17 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de Vaucluse a accordé à Mme C A, sous-préfète d'Apt, une délégation à l'effet de signer pendant les tours de permanence, notamment " les arrêtés décidant le maintien en rétention administrative d'un étranger en situation irrégulière suite à une demande d'asile () ". Par suite, Mme A, qui assurait la permanence du vendredi 5 janvier au lundi 8 janvier, était régulièrement habilitée à signer l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et est ainsi suffisamment motivé. Il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté, qui relatent les déclarations de M. D lors de son audition, le 3 janvier 2024, ni des autres pièces du dossier, que la préfète de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de décider son maintien en rétention administrative.

5. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 () ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ". L'article L. 754-4 de ce code dispose : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement./ Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13./ Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision./ En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui déclare avoir quitté son pays d'origine dans les années 80, avoir vécu en Italie, en Allemagne et en Espagne jusqu'en 2020, a présenté une demande d'asile en France en mai 2020, qui a fait l'objet d'un rejet par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 20 octobre 2020 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 février 2021. Il a fait l'objet par arrêté du 21 décembre 2020, d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Toulon le 19 février 2021 et par arrêt de la Cour administrative d'appel de Marseille le 2 juillet 2021. Le 24 mars 2021 il a fait l'objet d'un arrêté portant assignation à résidence prononcé par le préfet du Var, confirmé par le tribunal administratif de Toulon le 30 mars 2021. Il a également indiqué être reparti vivre avec sa famille en Espagne " il y a environ un an ". Le 3 janvier 2024, alors qu'il venait d'être interpellé et placé en garde à vue pour des faits de vol en réunion, M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, avec fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et a été placé en rétention administrative le même jour. Le 5 janvier 2024 le greffe du centre de rétention administrative a enregistré sa déclaration de volonté de déposer une demande d'asile. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et de leur chronologie, et en l'absence de toute justification quant aux craintes évoquées relatives à son retour en Bosnie et quant à l'affirmation selon laquelle il pensait devoir attendre un an avant de déposer une demande de réexamen de sa demande d'asile, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la demande de réexamen de sa demande d'asile, présentée en rétention, a été formée dans le seul but de faire échec à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre et en décidant le maintien en rétention de M. D pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le moyen invoqué tiré de l'erreur de droit et d'appréciation au regard de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

7. L'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile, juridiction devant laquelle, au demeurant, il peut faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne. Dans ces conditions, le droit à un recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, et en tout état de cause, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, en le privant d'un recours suspensif auprès de la Cour nationale du droit d'asile, serait contraire aux stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 6 janvier 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. D à fin de réexamen de sa situation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à la préfète de Vaucluse et à Me Jacquinet.

Lu en audience publique le 23 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

M. CouégnatLa greffière,

Signé :

C. Touzet

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 janvier 2024

La greffière,

C. Touzet

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