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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400336

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400336

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantJACQUINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2024, M. E C D demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour est incompétent ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant absence de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction en l'absence de menace pour l'ordre public et d'une précédente mesure d'éloignement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Doumergue, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Doumergue ;

- les observations de Me Jacquinet, représentant M. C D, qui reprend les conclusions et les moyens développés dans la requête et soutient, en outre, que la procédure contradictoire n'a pas été respectée et qu'il n'est pas possible de savoir quelles questions lui ont été posées et qu'elles ont été ses observations ;

- et les observations de M. C D qui dit avoir été entendu par les services de police après un contrôle d'identité et a été informé qu'il allait faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant cap-verdien né le 17 novembre 2001, est entré irrégulièrement sur le territoire français. Par un arrêté du 17 janvier 2024, le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. C D demande l'annulation de cet arrêté du 17 janvier 2024.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :

4. Par un arrêté du 11 janvier 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet des Alpes-Maritimes a donné délégation, dans son article 6, à Mme A B, cheffe du pôle éloignement, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. M. C D a soutenu à la barre que rien n'établissait qu'une procédure contradictoire avait eu lieu avant que la décision attaquée ne soit prise. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle se fonde " sur les déclarations " de l'intéressé qui a reconnu avoir fait l'objet d'une audition par les services de police, portant notamment sur la possibilité de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire manque en fait et doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". M. C D ne conteste pas s'être maintenu en situation irrégulière sur le territoire français sans avoir entrepris de démarche en vue de régulariser sa situation. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, qui ne s'est pas fondé sur l'existence d'une menace à l'ordre public pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français, pouvait sur le fondement des dispositions précitées décider d'éloigner M. C D.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C D, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, d'une part, sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et d'autre part, sur les dispositions précitées du 1°, 3° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. En l'espèce, l'intéressé ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français, s'y maintenir sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, ne pas avoir présenté de document d'identité ou de voyage en cours de validité et ne pas avoir justifié d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Si M. C D conteste représenter une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, tels qu'ils viennent d'être rappelés, que le préfet des Alpes-Maritimes se serait fondé sur l'existence d'une telle menace pour prendre la décision portant refus de départ volontaire. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstances particulières, le préfet des Alpes-Maritimes a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent ni commettre d'erreur d'appréciation, refuser d'accorder à M. C D un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

11. Le préfet des Alpes-Maritimes ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire, il lui appartenait, en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. C D. Pour fixer la durée de cette interdiction, le préfet a estimé que le requérant ne démontrait pas résider habituellement en France depuis sa date d'entrée déclarée en 2016, qu'il ne justifiait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et que sa présence constituait une menace pour l'ordre public en raison d'un certain nombre de faits, dont des vols et des violences, ressortant du fichier de traitement des antécédents judiciaires. M. C D se borne à soutenir qu'il n'existe pas de précédente mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas de menace pour l'ordre public dès lors qu'il n'a pas été pénalement condamné sans pour autant remettre en cause la réalité des faits qui lui sont reprochés, qui sont nombreux et dont certains sont particulièrement graves. M. C D n'apporte aucun élément relatif à la durée de sa présence en France, ni à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec le territoire français. Dans ces conditions, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas commis une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C D tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2024 sont rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C D la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. C D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C D, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Jacquinet.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 23 janvier 2024.

La magistrate désignée,

C. DoumergueLa greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 janvier 2024

La greffière,

C. Touzet

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