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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400366

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400366

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantSCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, Mme G B épouse A, représentée par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) de lui donner acte de ce qu'elle demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler dans toutes ses dispositions l'arrêté du 17 janvier 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales portant renouvellement d'une mesure d'assignation à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours avec interdiction de sortir du département et obligation de présentation aux services de la police aux frontières de Perpignan tous les mercredis à 14 h 00 ;

3°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1 500 euros au titre des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision porte une atteinte manifestement excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au vu de ses conséquences excessives sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par Me Joubès, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros au titre des frais du litige.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Couégnat, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Madame Couégnat, magistrate désignée qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale en substituant aux dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions du 2° du même article ;

- et les observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 5 octobre 1974, est entrée en France le 17 juin 2016 sous couvert d'un visa de court séjour en étant accompagnée de ses deux filles. Elle a fait l'objet le 19 mars 2018 d'une première décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile. A la suite du rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 juin 2022 des demandes d'asile formées pour ses deux filles, le préfet des Pyrénées-Orientales a pris le 16 décembre 2022 un arrêté portant à nouveau refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le Tribunal a rejeté le recours de Mme A dirigé contre cet arrêté par un jugement du 30 mai 2023. Par un nouvel arrêté du 6 décembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé, à l'encontre de Mme A, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ainsi qu'une assignation à résidence. Par un jugement du 12 décembre 2023, le tribunal a rejeté la requête formée par Mme A contre ces deux décisions. Par un arrêté du 17 janvier 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales a renouvelé l'assignation à résidence de Mme A pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par un arrêté du 6 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 9 novembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. F D, directeur de la citoyenneté et de la migration, une délégation à l'effet de signer les décisions relatives à " la mise en œuvre des mesures concernant les étrangers en situation irrégulière ". L'article 3 de cet arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de l'intéressé, cette délégation peut être exercée notamment par Mme E C, adjointe au chef du bureau de la migration et de l'intégration, chef de la section asile-éloignement-contentieux. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, Mme C était habilitée à signer l'arrêté en litige et le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".

5. Il résulte des motifs de l'arrêté contesté que la décision d'assignation à résidence a été prise sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 précité. Toutefois, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français dont Mme A a fait l'objet, le 16 décembre 2022, a été prise depuis plus d'un an, le préfet ne pouvait se fonder sur le 1° de cet article.

6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

7. En l'espèce, et ainsi que le précise l'arrêté, Mme A ayant fait l'objet par arrêté du 6 décembre 2023 d'une interdiction de retour d'un an, la décision d'assignation à résidence trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celles du 1°. Il y a lieu de procéder à cette substitution de base légale, qui n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie, dès lors que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme A fait valoir qu'elle est isolée avec ses trois enfants, dont sa fille aînée handicapée, et que les pointages hebdomadaires sont sources de stress et font obstacle à l'inscription de ses enfants à de activités extra-scolaires. Toutefois si l'arrêté en litige impose à Mme A de se présenter avec ses trois enfants mineurs, de façon hebdomadaire le mercredi à 14 h 00, aux services de la police aux frontières situés à Perpignan, où elle est domiciliée, les seules circonstances évoquées ne suffisent pas à établir que cette mesure, justifiée par l'absence d'exécution de plusieurs obligations de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français prises à son encontre, porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, compte tenu du but poursuivi par la mesure. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 17 janvier 2024.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a en revanche pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'Etat sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme G B épouse A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024

La magistrate désignée,

M. Couégnat

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 25 janvier 2024

La greffière,

C. Touzet

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