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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400376

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400376

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantJACQUINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier 2024 et le 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Jacquinet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet du Tarn lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale dès lors qu'il ne représente pas un risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et quant à la durée de cette interdiction dès lors qu'il va être privé de voir son enfant pendant deux ans ;

- la décision refusant d'accorder le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a déclaré dans son procès-verbal vouloir partir en Espagne puis dans son pays d'origine ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux dès lors que le préfet n'a pas tenu compte des éléments exposés lors de la procédure contradictoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Doumergue, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Doumergue ;

- les observations de Me Jacquinet, représentant M. A qui reprend les conclusions et les moyens développés dans la requête ;

- et les observations de M. A, assisté de M. C, interprète, qui dit qu'il souhaite rester avec sa fille en France qui n'a pas de famille et vivre avec une compatriote depuis deux ans et en France depuis trois ans.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 20 septembre 1989, est entré irrégulièrement sur le territoire français en octobre 2021 selon ses déclarations. Par un arrêté du 19 janvier 2024, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté du 19 janvier 2024.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :

4. Par un arrêté du 10 octobre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs, le préfet du Tarn a donné délégation à M. Sébastien Simoes, secrétaire général de la préfecture du Tarn, à l'effet de signer tous les arrêtés et tous les documents administratifs ainsi que toutes les décisions, mesures et correspondances courantes établies en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. L'arrêté en litige comporte l'énoncé de l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, il est suffisamment motivé.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Il ressort des déclarations de M. A dans son procès-verbal d'audition du 19 janvier 2024 qu'il est entré en France uniquement sous couvert de son passeport sans être titulaire d'un visa et qu'il n'a entrepris aucune démarche afin de régulariser sa situation. Dans ces conditions, il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. A soutient être en France depuis trois ans, avoir vécu en concubinage pendant deux ans et avoir sa fille qui réside sur le territoire français. Toutefois, il ressort des déclarations de M. A dans son procès-verbal d'audition du 19 janvier 2024 qu'il séjourne en France depuis le mois d'octobre 2021, soit récemment à la date de la décision attaquée. S'il a eu un enfant né en France avec une compatriote algérienne titulaire d'une carte de résident en France, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de ses déclarations dans son procès-verbal qu'il contribuerait à l'entretien ou à l'éducation de son enfant âgé d'environ un an. Si M. A a déclaré qu'il vivait en concubinage avec cette compatriote, celle -ci a déclaré qu'il s'agissait de son ancien compagnon, a porté plainte contre lui pour violences et a déclaré qu'il allait quitter le domicile. Dans ces conditions, et alors que M. A a déclaré que les membres de sa famille vivaient en Algérie où il ne serait ainsi pas isolé en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet du Tarn n'a pas porté au droit à la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

9. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet du Tarn s'est fondé, d'une part, sur les dispositions précitées du 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et d'autre part, sur les dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-3 du même code. En l'espèce, l'intéressé n'a produit aucun élément démontrant qu'il aurait tenté de régulariser sa situation et a, au contraire, déclaré qu'il envisageait de demander sa régularisation passé un délai de trois ans sur le territoire français. Par ailleurs, M. A ne conteste pas que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Si dans sa décision le préfet a mentionné, à tort, que le requérant avait manifesté sa volonté de rester en France malgré une mesure d'éloignement, il résulte de ce qui vient d'être dit que le préfet ne s'est pas fondé sur cet élément pour décider de refuser un délai de départ volontaire à M. A. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstances particulières, le préfet du Tarn a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent ni commettre d'erreur d'appréciation, refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire.

10. Au vu des termes de la décision attaquée, la seule erreur de fait commise par le préfet quant à la volonté du requérant de rester en France malgré une mesure d'éloignement ne révèle pas, à elle seule, un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. Le préfet du Tarn ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire, il lui appartenait, en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. A. Pour fixer la durée de cette interdiction, le préfet a mentionné que le requérant était entré sur le territoire français en octobre 2021, qu'il était célibataire, père d'un enfant, sans emploi et sans ressource et que son comportement représentait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, alors même que M. A est père d'un très jeune enfant vivant actuellement sur le territoire français mais qui est également de nationalité algérienne comme la mère, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas commis une erreur d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2024 sont rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Tarn et à Me Jacquinet.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 23 janvier 2024.

La magistrate désignée,

C. DoumergueLa greffière,

C. Touzet La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 janvier 2024

La greffière,

C. Touzet

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