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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400389

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400389

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMAVOUNGOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier 2024 et le 13 février 2024, Mme E, représentée par Me Mavoungou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 20 décembre 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de 30 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de procédure.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente faute de délégation de signature régulière ;

- elle est insuffisamment motivée s'agissant notamment de sa situation familiale ;

- le refus de délivrance d'un titre de séjour viole les articles 9 et 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 ;

- le refus de délivrance d'un titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au vu de ses attaches et de son intégration sur le territoire français ;

- la décision d'éloignement est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité de la décision de refus de séjour.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 2 et le 21 février 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D A ne sont pas fondés.

Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante congolaise née en 2002, est entrée régulièrement en France le 30 septembre 2020 sous couvert d'un visa étudiant. Elle a ensuite bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 1er décembre 2021 au 30 novembre 2023. Par arrêté du 20 décembre 2023 le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé le renouvellement de ce titre de séjour et prononcé à l'encontre de l'intéressée une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Mme D A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à Monsieur C B, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales à l'exception des réquisitions de la force armée et des arrêtés portant élévation de conflit. Par suite M. B était compétent pour signer l'arrêté en litige et le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet a exposé les circonstances de droit et de fait qui fondent sa décision permettant à la requérante d'utilement la contester. D'une part, il a visé l'ensemble des dispositions dont il a fait usage. D'autre part, alors que Mme D A sollicite le renouvellement de son titre " étudiant " le préfet a rappelé son parcours universitaire sur le territoire pour conclure à une absence de progression dans ses études. Il a ensuite précisé que celle-ci n'était pas justifiée par des éléments probants et pertinents. Enfin, après avoir examiné la situation personnelle de l'intéressée et ses attaches sur le territoire, il a conclu au refus de délivrance d'un titre de séjour et prononcé une obligation de quitter le territoire français, la requérante ne pouvant bénéficier de protection contre l'éloignement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 susvisée : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ".

5. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour l'année 2020/2021, Mme D A s'est inscrite en première année de section de technicien supérieur. Ayant échoué à valider cette année, elle s'est réorientée vers une licence administration économique et sociale. Après deux ajournements en 2021/2022 et 2022/2023 elle justifie, au titre de l'année 2023/2024, d'une nouvelle inscription en première et deuxième année de licence.

7. La seule circonstance que Mme D A soit effectivement inscrite pour l'année universitaire 2023/2024 ne suffit pas à justifier de la réalité ou du sérieux des études poursuivies. Si cette dernière fait valoir qu'elle a souffert des conditions de vie durant la pandémie de Covid-19, elle n'apporte aucun élément qui permettrait d'apprécier l'impact de cette situation particulière sur le suivi de ses études. Par ailleurs, à supposer que le certificat de décès, daté du 26 novembre 2021, soit effectivement celui de son père, cette seule circonstance, pour regrettable qu'elle soit, ne permet pas de justifier les échecs successifs de la requérante qui n'a validé aucune année depuis son entrée sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant de renouveler le titre de séjour étudiant de l'intéressée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention franco-congolaise : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie peuvent obtenir un titre de séjour de longue durée, dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil. () ".

9. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France () se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident () "résident de longue durée-UE" () ". Aux termes de l'article L. 426-18 de ce code : " L'article L. 426-17 ne s'applique pas lorsque l'étranger réside en France au titre : / () / 5° De la carte () " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 () ".

10. Il résulte de la combinaison des stipulations et dispositions précitées que le séjour de la requérante en France sous couvert d'un titre de séjour " étudiant " ou d'un récépissé de demande de titre de séjour " étudiant " ne lui permet pas de bénéficier de plein droit d'une carte de résident de longue durée-UE. Le préfet n'a donc pas méconnu les stipulations citées au point 8 du présent jugement en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

12. D'une part, les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-congolaise, qui exigent la production d'un visa long séjour sans prévoir d'exemption de cette condition, régissent de manière complète le séjour en France des étudiants congolais inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur. Mme D A ne peut donc utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 422-1, alors, en tout état de cause, que le préfet ne lui a pas opposé le défaut de visa long séjour. D'autre part, à supposer que la requérante ait entendu se prévaloir de la possibilité de bénéficier du pouvoir de régularisation dont bénéficie le préfet, les explications données par la requérante pour justifier de ses échecs universitaires, développées au point 7 de la présente décision, ne permettent pas de conclure que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de renouveler son titre de séjour.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de cette même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Mme D A, célibataire et sans enfant à charge, présente sur le territoire français qu'en vertu des titres de séjour étudiant accordés, n'avait pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Si elle souligne, néanmoins, l'ancienneté de son séjour sur le territoire, celle-ci demeure relative et elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles elle aurait tissé des liens amicaux d'une particulière intensité. Par ailleurs, le décès de son père au Congo ne permet pas de conclure qu'elle y serait isolée alors qu'elle y a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, si elle fait valoir la présence en France de sa mère, elle n'établit pas le lien de parenté qu'elle allègue avec la personne dont elle produit le passeport et, en tout état de cause, le séjour régulier de cette personne n'est ni établi ni même allégué. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que la décision en litige méconnaitrait les stipulations précitées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens de Mme D A dirigés contre la décision de refus de séjour doivent être écartés. Dès lors que l'irrégularité de cette décision n'est pas établie, le moyen, tiré de l'irrégularité de la décision d'éloignement par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision de refus de séjour, doit être écarté.

16. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 20 décembre 2023. Par voie de conséquence, les conclusions de la requérante à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme D A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme F A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Mavoungou.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 mars 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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