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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400402

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400402

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantDELCHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 janvier 2024, M. B E demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

Il soutient que :

- l'auteur de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour sur le territoire français est incompétent ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant absence de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction en l'absence de menace pour l'ordre public et d'une précédente mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Doumergue, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Doumergue ;

- les observations de Me Delchambre, représentant M. E qui reprend les conclusions et les moyens développés dans la requête et précise que le requérant a sollicité l'asile le 23 janvier 2024, demande qui n'a pas été prise en compte par l'administration ;

- et les observations de M. E, assisté de M. D, interprète, qui dit qu'il veut être libéré.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 19 février 1980, est entré sur le territoire français au mois de mars 2023 selon ses déclarations. Par un arrêté du 20 janvier 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté du 20 janvier 2024.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'arrêté attaqué :

4. Par un arrêté du 18 décembre 2023 publié le lendemain au recueil des actes administratifs, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à Mme A C, sous-préfète de Céret, à l'effet de signer lors de ses permanences ou en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, les arrêtés et décisions pris dans le cadre de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Il ressort des déclarations de M. E dans son procès-verbal d'audition du 19 janvier 2024 qu'il serait entré en France sous couvert de son passeport et d'un visa mais n'a produit ni l'un ni l'autre et qu'il n'a entrepris aucune démarche afin de régulariser sa situation. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales, qui ne s'est pas fondé sur l'existence d'une menace à l'ordre public pour prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français, pouvait sur le fondement des dispositions précitées décider d'éloigner M. E.

6. Si M. E a soutenu à l'audience avoir déposé une demande d'asile le 23 janvier 2024 au centre de rétention, cette circonstance est postérieure à la décision attaquée et a uniquement pour conséquence de faire obstacle à l'exécution de la décision attaquée le temps que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides statue sur sa demande. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Il ressort des pièces du dossier que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. E, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé, d'une part, sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et d'autre part, sur les dispositions précitées du 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. En l'espèce, l'intéressé n'a pas était en mesure de justifier qu'il serait entré régulièrement et ne conteste pas s'y maintenir sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, s'il a produit une attestation d'hébergement, il n'a produit aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. Si M. E conteste représenter une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, tels qu'ils viennent d'être rappelés, que le préfet des Pyrénées-Orientales se serait fondé sur l'existence d'une telle menace pour prendre la décision portant refus de départ volontaire. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstances particulières, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent ni commettre d'erreur d'appréciation, refuser d'accorder à M. E un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. Le préfet des Pyrénées-Orientales ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire, il lui appartenait, en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. E. Pour fixer la durée de cette interdiction, le préfet a mentionné que le requérant n'avait pas d'attache réelle sur le territoire français où il n'était pas socialement inséré et que son comportement était à l'origine d'un trouble pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. E, célibataire et sans enfant, est entré récemment sur le territoire français et où il a été interpellé pour le vol d'un sac à dos aux abords d'une école le 20 janvier 2024. Dans ces conditions, alors même que M. E n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il n'a pas été condamné pour les faits commis le 20 janvier 2024, en fixant à dix-huit mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas commis une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2024 sont rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Delchambre.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 25 janvier 2024.

La magistrate désignée,

C. DoumergueLe greffier,

D. Martinier La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 janvier 2024

Le greffier,

D. Martinier

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