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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400532

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400532

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024, M. D A, représenté par Me Blazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi/création d'entreprise " ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté contesté ;

- la décision révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande, en particulier au regard de son état civil erroné et de sa vie privée et familiale dont sa situation de concubinage n'a pas été prise en compte ;

- il a été confronté à la passivité des services de la préfecture faisant obstacle au dépôt de sa demande de titre de séjour " recherche d'emploi/création d'entreprise " et l'obligeant à déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour " étudiant " ;

- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en le privant d'exercer une activité professionnelle en France, la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est marié depuis le 12 janvier 2024 avec une ressortissante française ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Besle, rapporteur ;

- et les observations de Me Blazy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né en 1988, est entré en France le 6 octobre 2021 sous couvert d'un visa " étudiant " et a obtenu la délivrance d'une carte de séjour en cette qualité, régulièrement renouvelée jusqu'au 21 septembre 2023. Préalablement à l'expiration de son titre de séjour, M. A a sollicité un rendez-vous, le 11 juillet 2023, auprès de la préfecture de l'Hérault, pour présenter une demande de changement de statut pour bénéficier d'une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi / création d'entreprise ". Cependant, en l'absence d'obtention de ce rendez-vous, et alors que son titre de séjour " étudiant " expirait le 21 septembre 2023, M. A a finalement enregistré en ligne, le 1er septembre 2023, une demande de renouvellement de son titre étudiant en justifiant d'une inscription au CNED et d'un travail de vingt heures par semaine afin de subvenir à ses besoins. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français.

2. En premier lieu, la décision contestée est signée, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2023-10-DRCL-4777 du 9 octobre 2023, régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de faits qui constituent le fondement des décisions prononcées, et précise la situation administrative et personnelle ainsi que le parcours universitaire du requérant, tels que connus par l'administration, à la date de son édiction. Ces indications, qui ont permis au requérant de comprendre et de contester les mesures prises à son encontre, étaient suffisantes malgré l'erreur de plume concernant son état civil, qui est sans incidence sur la légalité de la décision en litige et alors que M. A ne démontre pas avoir informé le préfet, avant l'édiction de l'arrêté contesté, de la situation de concubinage avec une ressortissante française dont il se prévaut dans le cadre de la présente instance. Par suite, la motivation de l'arrêté attaqué ne révèle pas, ainsi que le soutient le requérant, un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation. L'erreur de droit allégué n'est dès lors pas fondée.

4. En troisième lieu, si M. A fait valoir qu'il a été confronté à la passivité des services de la préfecture faisant obstacle au dépôt de sa demande de titre de séjour " recherche d'emploi/création d'entreprise " et l'obligeant à déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", cette circonstance, à la supposer établie est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

5. En quatrième lieu, dès lors que le préfet était uniquement saisi, le 1er septembre 2023, d'une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", il n'était pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé pouvait prétendre à un titre de séjour sur un autre fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet la délivrance de la carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi / création d'entreprise " à l'étranger qui justifie avoir été titulaire d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " et qui entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'un refus opposé à une demande de renouvellement de titre de séjour " étudiant " qui n'a pas été présentée sur le fondement de ce texte.

6. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement faire valoir que le préfet a méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en le privant de la possibilité de fixer en France son projet d'activité professionnelle. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, inopérant, doit, dès lors, être écarté.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

8. M. A fait valoir qu'il est marié depuis le 12 janvier 2024 à une ressortissante française avec qui il vit depuis juillet 2023. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visés ci-dessus en qualité d'étranger marié à une ressortissante française. Par suite, le préfet de l'Hérault n'était pas tenu d'examiner sa demande sur ces fondements et le requérant ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'il remplirait les conditions prévues par ces articles. Par ailleurs, et en tout état de cause, s'il ressort des pièces du dossier que M. A s'est marié très récemment, le 12 janvier 2024, avec une ressortissante française, soit postérieurement à la décision litigieuse, il ne justifie ni de l'ancienneté ni de la réalité d'une vie commune avant son mariage. Dans ces conditions, et alors que le requérant a déclaré, dans sa demande de titre de séjour, être célibataire et sans enfant à charge, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Enfin, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision litigieuse sur sa situation au motif que ses projets professionnels et familiaux seraient à l'avenir fixés en France. Le moyen ne pourra qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré à l'issue de l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le président-rapporteur,

D. Besle

L'assesseure la plus ancienne,

M. C

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 mars 2024.

La greffière,

A. Junon

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