mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2400796 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | RAHAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, M. G E, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Sète, représenté par Me Rahal, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Gard du 8 février 2024 décidant son maintien en rétention administrative ;
3°) d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son avocat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en l'absence de délégation de signature régulière, l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- en estimant que sa demande était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement et en prononçant son maintien en rétention administrative, la préfète a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision le prive du droit à un recours suspensif devant la Cour nationale du droit d'asile, en violation des articles 13 et 3 combinés de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 20224, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lorriaux, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lorriaux,
- les observations de Me Rahal , représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. E, assisté de Mme D, interprète en langue russe, qui confirme.
Considérant ce qui suit :
1. M. G E, de nationalité moldave né le 14 mars 1975, a été interpellé le 26 janvier 2024, à l'occasion d'un contrôle routier, et placé en retenue à des fins de vérification de circulation ou de séjour. L'intéressé ne pouvait justifier de la régularité de sa situation administrative. Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet a décidé son placement en rétention administrative. M. E, qui avait été débouté de sa demande d'asile en 2022, a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 7 février 2024. Par un arrêté du 8 février 2024 notifié le même jour, le préfet du Gard a décidé son maintien en rétention sur le fondement de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. E demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de cette décision. Par une décision du 15 février 2024, notifiée le même jour à M. E, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté comme irrecevable sa demande de réexamen.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Gard a accordé à Mme B F, attachée et adjointe au chef de bureau du séjour des étrangers , en l'absence de Mme C, directrice du service des migrations et de l'intégration de la préfecture une délégation, et de Mme A, chef du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer, notamment " les arrêtés décidant le maintien en rétention administrative d'un étranger en situation irrégulière () ". Par suite, et alors que le requérant n'établit ni n'allègue que Mmes C et A n'étaient ni absentes ni empêchées, Mme F, était régulièrement habilitée à signer l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
4. L'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et est ainsi suffisamment motivé. Il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté, qui relatent les déclarations de M. E lors de son audition dans le cadre de sa retenue, ni des autres pièces du dossier, que le préfet du Gard n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de décider son maintien en rétention administrative.
5. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 () ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ". L'article L. 754-4 de ce code dispose : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement./ Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13./ Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision./ En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. E, qui déclare être arrivé en France au début du mois d'avril 2022, a présenté une demande d'asile en France le 5 mai 2022, qui a fait l'objet d'un rejet par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 29 juillet 2022 et notifiée le 3 novembre suivant à M. E qui n'a pas fait appel. Il a fait l'objet par arrêté du 13 décembre 2022, d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours qui n'a pas été exécutée, ce point étant constant. Le 26 janvier 2024, alors qu'il venait d'être appréhendé à l'issue d'un contrôle routier et d'une retenue permettant de conclure à l'irrégularité de son séjour en France, M. E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, avec fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et a été placé en rétention administrative le même jour. Le 7 février 2024 le greffe du centre de rétention administrative a enregistré sa déclaration de volonté de déposer une demande de réexamen de sa demande asile. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et de leur chronologie, et en l'absence de toute justification quant aux craintes évoquées relatives à son retour en Moldavie, ni auprès du CRA, ni dans le procès-verbal de son audition de police du 26 janvier 2024, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la demande de réexamen de sa demande d'asile, présentée en rétention, a été formée dans le seul but de faire échec à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre et en décidant le maintien en rétention de M. E pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le moyen invoqué tiré de l'erreur de droit et d'appréciation au regard de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
7. L'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile, juridiction devant laquelle, au demeurant, il peut faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne. Dans ces conditions, le droit à un recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, et en tout état de cause, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, en le privant d'un recours suspensif auprès de la Cour nationale du droit d'asile, serait contraire aux stipulations combinées des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Gard du 8 février 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. E à fin de réexamen de sa situation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, au préfet du Gard et à Me Rahal.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
D. LorriauxLa greffière,
Signé :
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 20 février 2024
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026