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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400800

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400800

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantSMITH REBECCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 février et 12 mars 2024, M. B A, représenté par Me Smith, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale" et subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

Sur la recevabilité de la requête :

- les délais de recours ne lui sont pas opposables : il a été privé des garanties destinées à assurer l'effectivité du droit au recours au sens des stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la possibilité de faire un recours auprès du chef d'établissement ne lui a pas été notifiée ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire :

- méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour être insuffisamment motivée ;

- a été notifiée en français alors qu'il ne comprend pas suffisamment la langue ;

- résulte d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi :

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation familiale ;

- la décision faisant interdiction de retour sur le territoire :

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation familiale et de la menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- à titre principal que la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;

- et les observations de Me Smith, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 4 avril 1980, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2000. Il a fait l'objet d'une mesure d'expulsion en 2007 et est revenu en France en 2018. Sa demande de titre de séjour a été rejetée par un arrêté préfectoral de 2018. Une nouvelle obligation de quitter le territoire a été prise à son encontre par un arrêté du 12 février 2022. Il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Montpellier du 14 février 2022 confirmé par un arrêt du 2 juin suivant de la cour d'appel de Montpellier pour des faits commis le 10 février 2022 de violences sur son fils et la mère de ses deux enfants, à une peine de 24 mois, la révocation d'un sursis prononcé en janvier 2020 et le retrait de l'autorité parentale sur l'enfant victime. Par un arrêté en date du 2 août 2023, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire de trois ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ledit arrêté et formule des conclusions injonctives.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. La décision " complétive d'aide juridictionnelle " du 25 août 2023 rendue par le tribunal judiciaire de Béziers sur une demande présentée le 22 août 2023 pour " toutes procédures administratives ", produite par le requérant dans le cadre de la présente instance, ne saurait, compte tenu du manque de précision et du bureau d'aide juridictionnelle qui en est à l'origine, être retenu. Dans ces circonstances, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". Il ressort des termes de la décision attaquée que la décision d'obligation de quitter le territoire a été prise notamment sur le fondement des dispositions précitées. Le préfet précise que M. A ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire national en 2000 et 2018. Dans ces conditions, la décision comporte les considérations de droit et de fait utiles au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être rejeté.

5. En second lieu, M. A soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public compte tenu de ce que les infractions reprises par le préfet correspondent à des faits datant de plus de 20 ans et que les faits récents résultent de litiges intra familiaux l'ayant conduit à avoir un comportement infractionnel. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré sur le territoire national en 2000, a déjà fait l'objet d'une mesure d'expulsion en 2007 à raison de la menace qu'il représentait alors pour l'ordre public. L'intéressé ne conteste pas le détail des huit condamnations reprises par la décision attaquée dont deux sont postérieures à son retour sur le territoire national en 2018, soit celle prononcée le 22 septembre 2021 de six mois d'emprisonnement ferme pour port d'arme et vol et celle de deux mois d'emprisonnement ferme prononcée le 8 janvier 2020 pour recel de vol. La circonstance que les derniers faits pour lesquels il a été condamné en 2022 sont d'origine intrafamiliale est, contrairement à ce qu'il estime, de nature à aggraver leur nature, d'autant qu'ils ont eu pour victime sa compagne, mère de ses deux enfants ainsi qu'un de ses enfants. Dans ces conditions, en considérant que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, M. A était incarcéré pour purger une peine de 24 mois pour des faits de violence commis le 12 février 2022 sur sa compagne mère de ses deux enfants et sur son enfant le plus âgé. L'autorité parentale sur cet enfant lui a été retiré par les juridictions pénales. Le requérant ne travaille pas, ne fait état d'aucune autre attache en France, et ne justifie pas être isolé en Algérie. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels l'arrêté a été pris. La décision attaquée ne méconnaît dès lors, pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième et dernier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité.

9. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. La décision fixant le pays de renvoi constitue une décision distincte de l'obligation de quitter le territoire français, qui fait l'objet d'une motivation spécifique. La décision litigieuse vise les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel " la décision portant obligation de quitter le territoire mentionne le pays fixé en application de l'article L. 7213 à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Elle vise également les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet relève que l'intéressé est un ressortissant de nationalité algérienne en situation irrégulière faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements personnels réels et actuels contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8, en fixant l'Algérie pour pays de destination, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation de sa situation familiale.

12. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. Après avoir visé l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée mentionne la date d'arrivée de M. A sur le territoire national en 2000 et sa date de retour en 2018, sa situation familiale, la précédente mesure d'éloignent, et la menace pour l'ordre public qu'il représente. La décision du préfet, qui a apprécié la situation de M. A au regard des quatre critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte ainsi un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

15. La menace à l'ordre public représentée par M. A pour la multiplicité de condamnations pénales même récentes, la diversité des faits sanctionnés et leur gravité tant pour les atteintes aux biens qu'aux personnes, la famille dont il se prévaut étant victime de ces derniers faits, suffisent à caractériser le caractère proportionné de la durée de trois ans infligée au requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de sa situation familiale et de la menace pour l'ordre public doit être écarté.

16. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire doivent être rejetées.

17. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A doit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 mars 2024.

Le greffier,

F. Balicki

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