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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400827

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400827

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMARGALL, D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 12 février 2024, M. D A et Mme C E, représentés par la SELARL SCHNEIDER ASSOCIES prise en la personne de Me Schneider, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté pris par le maire de la commune de Fabrègues le 7 août 2023 prononçant l'astreinte prévue à l'article L.481-1 du code de l'urbanisme à l'encontre de M. A et Mme E ;

2°) de condamner la commune de Fabrègues au paiement d'une somme de 2 000 euros aux requérants en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- le Conseil d'Etat reconnait que la condition d'urgence est par principe satisfaite eu égard à la gravité des conséquences qu'emporte une mise en demeure, prononcée en application de l'article L.481-1 du code de l'urbanisme ;

- la décision dont la suspension est demandée met à la charge des requérants une somme de 100 euros par jour de retard ; cette somme est susceptible d'entraîner des conséquences financières importantes pour les requérants ;

- l'astreinte n'a pas encore fait l'objet d'une liquidation ; pour autant si elle était liquidée, après 6 mois, son montant équivaudra à un quart du prix d'acquisition de la propriété des requérants ;

- l'exécution de la mesure de démolition affecterait gravement leur situation et aucun intérêt public ne s'attache à l'exécution rapide de cette dernière.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que, en premier lieu, le délai d'un an, prévu à l'article L.481-1 du code de l'urbanisme, entre la mise en demeure et l'astreinte est expiré et qu'en deuxième lieu, l'astreinte étant postérieure à la mise en demeure, la procédure contradictoire aurait dû être respectée ;

- la décision est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle représente une motivation insuffisante ; la nature de l'infraction n'est pas suffisamment définie et a évolué ;

- l'autorité administrative a commis une erreur de droit tirée de la nature illégale de la mesure ordonnée ; la zone A-2 du PLU de Fabrègues n'interdit pas toute construction ; la mesure de démolition est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024, la commune de Fabrègues, représentée par Me d'Albenas de la SELARL Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge solidaire de M. A et de Mme E une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- l'urgence n'est pas constituée ; l'arrêté d'astreinte n'a pas été mis en recouvrement et la situation financière des requérants n'est pas mise en difficulté ; le montant de l'astreinte n'est pas fixé en fonction de la valeur d'achat du bien mais au regard de la nature de l'infraction, de l'importance des travaux de régularisation et de la gravité de l'atteinte ; la commune se doit de faire respecter la réglementation d'urbanisme ;

- aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ;

- le délai d'un an correspond au délai imparti par la mise en demeure pour régulariser la situation illégale ; le délai fixé par la mise en demeure peut seulement être prolongé d'un an ;

- la procédure contradictoire a été respectée ;

- l'arrêté est suffisamment motivé ; les requérants ont été mis à même de comprendre les infractions commises et la nature des régularisations, à savoir la démolition de la partie de la construction établie sans autorisation d'urbanisme ;

- l'infraction n'est pas régularisable.

Vu :

- la requête enregistrée le 5 octobre 2023 sous le n°2305681 par laquelle M. D A et Mme C E demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 27 février 2024 à 15 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- les observations de Me Schneider, représentant M. A et Mme E, qui persiste dans ses écritures par les mêmes moyens. Il précise abandonner son moyen tiré de la méconnaissance du délai d'un an, prévu à l'article L.481-1 du code de l'urbanisme, entre la mise en demeure et l'astreinte. Il ajoute qu'il a tenté de régulariser la construction en litige, régularisation qui fait l'objet d'un autre contentieux et que l'astreinte est disproportionnée par rapport à la taille du projet en litige ;

- les observations de Me Chatron, représentant la commune de Fabrègues, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens. Elle précise que la commune ne mettra en liquidation l'astreinte que lorsque le contentieux sur la mesure de régularisation présentée par les requérants sera jugé ; qu'aucune mesure de régularisation n'est possible, seule la démolition permettant de remédier à l'infraction constatée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 19 mai 2022, le maire de la commune de Fabrègues après avoir constaté la réalisation d'une construction sans autorisation d'urbanisme sur la parcelle cadastrée BI0040 a mis en demeure M. A et Mme E de procéder à la remise en état initial du terrain, notamment à la démolition de la construction, dans un délai de quinze jours et a indiqué que passé ce délai, une astreinte de quinze jours sera appliquée. Par un arrêté en date du 7 août 2023, le maire de la commune de Fabrègues a prononcé à l'encontre de M. A et Mme E une astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent arrêté jusqu'à ce qu'ils justifient des opérations nécessaires à la remise en état de la parcelle cadastrée BI n°0040. Par la présente requête, M. A et Mme E demandent au juge des référés la suspension de l'exécution de cet arrêté du 7 août 2023.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens de la requête, tels que visés et analysés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, que M. A et Mme E ne sont pas fondés à solliciter la suspension de l'exécution de l'arrêté pris par le maire de la commune de Fabrègues le 7 août 2023 prononçant l'astreinte prévue à l'article L.481-1 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

5. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Fabrègues au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, Mme E et la commune de Fabrègues.

Fait à Montpellier, le 29 février 2024.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 29 février 2024.

La greffière,

M. B

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