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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400846

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400846

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 13 février 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pointoise a transmis, en application de l'article. 351-3 du code de justice administrative, au tribunal, la requête de Mme A.

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " qu'elle détenait et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation selon le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve de la renonciation de ce dernier à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté :

- il est insuffisamment motivé.

Sur le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que le préfet de l'Hérault ne pouvant examiner le droit au séjour de la requérante en qualité d'étudiante sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non susceptible de s'appliquer à une ressortissante sénégalaise, il y aurait lieu d'y substituer l'article 9 de la convention franco-sénégalaise, comme base légale de la décision de refus de séjour.

En réponse à cette lettre d'information, le préfet de l'Hérault a présenté, le 1er mars 2023, des observations.

Il soutient qu'il convient de procéder à la substitution de base légale envisagée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% par une décision du 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- et les observations de Me Moulin représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise, née en 1998, entrée en France, le 18 juillet 2018, munie d'un passeport revêtu d'un visa D " étudiant ", a obtenu un titre de séjour en qualité d'étudiante et a validé sa première année de brevet de technicien supérieur (BTS) " analyses de biologie médicale, au titre de l'année scolaire 2019-2020 puis a été ajournée l'année suivante. Elle s'est alors inscrite et a obtenu le diplôme d'université (DU) " personnes en situation de handicap. Approche éthique " au titre de la session 2021-2022. Le 18 novembre 2022, elle a adressé, dans le cadre du renouvellement de son titre de séjour, une inscription à une formation à distance de technicien en diagnostic immobilier. Par un arrêté du 9 février 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui accorder le renouvellement du titre de séjour sollicité et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de l'Hérault s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve des conventions internationales ".

4. Aux termes de l'article 9 de la convention conclue entre la France et le Sénégal le 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ".

5. Il résulte des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants sénégalais désireux de poursuivre leurs études supérieures en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cet accord. Par suite, l'arrêté contesté, qui s'est borné à viser la convention bilatérale sans l'appliquer, ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Ainsi, il y a lieu de substituer les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise, comme fondement légal du refus de titre de séjour portant la mention " étudiant " à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver le requérant d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes.

7. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme A, le préfet de l'Hérault s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que la formation à distance de technicien en diagnostic immobilier, à laquelle est inscrite la requérante, ne crée pas une obligation de résider en France et n'est par suite pas de nature à ouvrir droit à un titre de séjour en qualité d'étudiant et, d'autre part, sur la circonstance qu'elle a cumulé 1 197,91 heures de travail, soit un nombre dépassant la limite autorisée de 964 heures en méconnaissance de l'article R. 5221-26 du code du travail.

8. L'article 13 de la même convention franco-sénégalaise stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord (). " Aux termes de l'article R. 5221-26 du code du travail : " L'étranger titulaire du titre de séjour ou du visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois mentionné au 11° de l'article R. 5221-2 portant la mention étudiant est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures ".

9. Il résulte des dispositions précitées du code du travail, applicables aux ressortissants sénégalais, au regard des stipulations de l'article 13 de la convention franco-sénégalaise et de la circonstance que l'activité professionnelle accessoire exercée par l'étudiant constitue un point non traité par la convention bilatérale, que l'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " doit justifier qu'il continue à satisfaire aux conditions requises pour la délivrance de cette carte au titre desquelles figure l'exercice d'une activité salariée, à titre accessoire, d'une durée annuelle n'excédant pas 964 heures.

10. Il est constant que, pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2022, le nombre d'heures de travail effectuées par Mme A, dans le cadre de l'exercice d'une activité professionnelle salariée en qualité d'aide technique au sein de l'entreprise Médipath, s'élevait à 1 249,40 heures. Ainsi, Mme A n'a pas respecté la limite de la durée annuelle de travail rappelée à l'article R. 5221-26 du code du travail. Par suite, le préfet de l'Hérault pouvait légalement lui refuser, pour ce motif, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", alors même qu'elle poursuivait sérieusement ses études ou qu'elle bénéficiait, à la date de ce refus, d'une inscription à une formation en présentiel et non d'une formation à distance. Dans ces conditions, en admettant même que la formation d'assistante dentaire dispensée, dans le cadre de l'apprentissage, par l'association de formation et de perfectionnement du personnel des cabinets dentaires pour laquelle elle verse au dossier une attestation d'inscription administrative, du 2 février 2023 au 31 juillet 2024, lui confère la qualité d'étudiante, sans, au demeurant, l'avoir soumise à l'administration, lors de l'instruction de sa demande de titre de séjour, la requérante n'est pas fondée à s'en prévaloir compte tenu de la légalité du motif, non contesté, tiré de la méconnaissance de l'article R. 5221-26 du code du travail qui suffisait, à lui seul, à fonder le refus de titre de séjour contesté. Dans ces conditions, en refusant d'accorder un tel renouvellement, le préfet de l'Hérault n'a commis aucune erreur dans l'application des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalienne susvisée, ni entaché sa décision d'une erreur de fait. Enfin, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché le refus de renouvellement au regard des conséquences sur la situation personnelle de Mme A doit être écarté pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

11. D'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement au regard des conséquences sur la situation personnelle de Mme A doit être écarté.

14. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, n'a pas obtenu le BTS " analyses de biologie médicale, dans la mesure où elle a échoué aux examens de seconde année au titre de la session 2020/2021 et ne s'y est pas présentée à nouveau. Elle a ensuite successivement présenté des demandes d'inscription pour un diplôme d'université (DU), qui n'est pas un diplôme d'Etat, ou pour une formation dispensée en ligne. Dans ces conditions, en l'obligeant à interrompre la formation d'assistante dentaire, qu'elle venait de commencer depuis une semaine, le préfet de l'Hérault n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui accorder le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont elle a la nationalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal et subsidiaire, doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.

Délibéré à l'issue de l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C. Arce

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 4 avril 2024

La greffière

C. Arce

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