mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2400945 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | MENET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2024 à 10h52, M. C A, représenté par Me Menet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté en date du 14 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, somme qui sera versée à son conseil à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;
- cette décision porte atteinte à son droit d'être entendu au regard de l'article 41 de la Charte de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 19 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lorriaux, première conseillère, pour statuer sur les procédures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lorriaux, première-conseillère ;
- les observations de Me Menet, représentant M. A, présent à l'audience, assisté de M. B, interprète en langue arabe ; elle conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens à l'exception de celui tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte auquel elle renonce ;
- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant marocain né le 11 novembre 1988, qui déclare être entré en France en août 2023 sans pouvoir l'établir, a été interpellé sur le territoire français par les services de police le 12 février 2024 pour des faits de violences avec armes en état d'ébriété et placé en garde à vue. Par un arrêté n° 24130461M du 14 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, une décision fixant le pays de destination et une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par une ordonnance du 16 février 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Montpellier a prolongé le placement en rétention de l'intéressé. M. A, actuellement retenu au CRA de Sète, demande l'annulation de l'arrêté du 14 février 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. L'étranger peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition signé par M. A, que ce dernier a été entendu par les services de police de Marseille Sud le 13 février 2024. A cette occasion, M. A, assisté d'un interprète en langue arabe qu'il a déclaré lire et comprendre, a été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement éventuellement assortie d'une assignation à résidence ou d'un placement en centre de rétention administratif. Il a pu faire valoir toutes observations pertinentes relatives à sa situation. Dès lors, l'arrêté en cause n'a pas été pris en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu issu du droit de l'Union européenne. Le moyen doit être écarté.
5. M. A, âgé de 37 ans, mentionne qu'il est présent depuis août 2023 sur le territoire français où il dit, dans ses premières écritures, avoir rejoint sa " copine ", de nationalité française, sans apporter aucun élément sérieux relatif à cette relation sentimentale au demeurant très récente. Il prétend également vivre depuis ses 20 ans en Espagne mais ne peut attester de la régularité de sa situation administrative en Espagne ni même avoir entrepris des démarches pour ce faire ainsi qu'il le prétend dans ses écritures, alors qu'il reconnaît par ailleurs que son droit au séjour lui a été refusé. A l'audience, le requérant fait valoir avoir deux enfants mineurs en Espagne nés d'une première union sur lesquels il aurait fut-ce partiellement l'autorité parentale, ainsi qu'une compagne avec laquelle il serait marié civilement mais ne produit aucune pièce attestant de ces éléments et demeure confus dans ses déclarations. S'il fait valoir avoir des membres de sa famille présents en Espagne, il ne conteste pas avoir encore des attaches familiales dans son pays d'origine où, à en croire ses déclarations, il a au minimum vécu 20 ans soit plus de la moitié de son existence. Interpellé le 12 février 2024 pour des faits de violences avec armes commis en état d'ébriété, M. A n'invoque ni n'établit aucun élément reflétant une insertion particulière en France. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant absence de délai de départ volontaire:
6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
7. Le préfet a refusé d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire en se fondant sur les dispositions précitées et le requérant ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et ne pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Si ce dernier présente bien un passeport valide, il ne peut néanmoins justifier d'une résidence effective et permanente et a manifesté son refus de retour dans son pays d'origine n'acceptant qu'un maintien en France ou en Espagne ainsi qu'il ressort de son audition par les services de police. Dès lors le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écartée.
En ce qui concerne l'interdiction de retour en France :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
9. La décision attaquée vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne, en outre, l'absence de circonstances humanitaires, les conditions d'entrée et de présence du requérant en France, son absence de justification de liens anciens en France, sa situation familiale et l'existence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, l'interdiction de retour sur le territoire français, qui mentionne les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
10. M. A ne présente aucune garantie de représentation et il est constant qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé pour quitter le territoire français. Ce dernier, en se bornant à avoir indiqué être venu en France en août 2023 pour rejoindre sa copine n'expose ni n'établit aucune circonstance humanitaire pouvant justifier que l'autorité n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, ainsi qu'il l'a été dit, M. A ne justifie d'aucun élément au soutien de l'existence d'une vie privée et familiale en France, au regard des éléments développés au point n°5. Certes, en application de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction en litige emporte signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et compromet ainsi également, dans ce délai, son éventuel retour en Espagne. Toutefois, M. A ne conteste pas sérieusement qu'il y est en situation irrégulière ; il n'y a donc aucun droit au séjour. De surcroît, en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction de retour peut faire l'objet d'une abrogation à tout moment dès lors que l'obligation de quitter le territoire français a été exécutée. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans prise à son encontre, le quantum maximal étant de trois ans, serait disproportionnée dans son principe et sa durée, notamment au regard des conséquences qu'elle engendrerait sur sa situation personnelle et familiale.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, doivent être rejetées. Ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa situation doivent être rejetées et celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C A, à Me Menet et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
La magistrate désignée,
D. Lorriaux
La greffière,
C. Touzet La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 20 février 2024
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026