mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2401079 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février et 22 mars 2024, M. C D, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°)d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 22 janvier 2024 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°)d'ordonner la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) subsidiairement d'ordonner le réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'illégalité des décisions de refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de destination :
- elles sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- le préfet, qui mentionne à tort qu'il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de française, a entaché sa décision d'un défaut d'examen ;
- le préfet a entaché la décision de refus de séjour d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour, en violation des articles L. 432-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie d'une durée de séjour de dix ans ;
- le refus est entaché d'une erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;
- le préfet a commis un vice de procédure en évoquant des mises en cause pénales sans procéder aux vérifications requises par la jurisprudence (23BX00139) ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et a été pris en violation des articles 6-5 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ;
Sur l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, sa situation ne justifiant pas qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit édictée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,
- et les observations de Me Brûlé représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant algérien né le 28 décembre 1984, déclare être entré en France en avril 2012 et n'être retourné dans son pays d'origine que quelques semaines en 2016, à la suite de son mariage avec une ressortissante française le 4 juin 2016. Le 8 août 2023, M. D a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et de la durée de son séjour. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois à destination de son pays d'origine et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et fixant le pays de destination :
2. Par un arrêté n° 2023.10.DRCL.0477 du 9 octobre 2023, le préfet de l'Hérault a accordé à M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique. A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature, accessible sur le site internet de la préfecture, qui n'est pas trop générale, habilitait ainsi M. A à signer l'arrêté portant refus de séjour, avec obligation de quitter le territoire français, pris à l'encontre de M. D. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D a indiqué dans sa demande solliciter la délivrance d'un certificat de résidence mention vie privée et familiale au regard de sa résidence habituelle depuis plus de dix ans et au titre de sa vie privée et familiale. Il a également indiqué être toujours marié. Il n'est pas contesté que l'arrêté litigieux répond à ces demandes. Dans ces conditions, et en tout état de cause, la seule circonstance que le préfet aurait mentionné à tort qu'il sollicitait également un titre en qualité de conjoint de française ne saurait révéler un défaut d'examen réel de sa situation. Le moyen tiré de l'erreur de droit qui aurait ainsi été commise doit donc être écarté.
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
5. M. D soutient être entré en France en 2012 et y résider habituellement depuis. Toutefois, et alors que M. D n'a bénéficié d'un certificat de résidence qu'entre novembre 2016 et 2017, les pièces qu'il produit, insuffisantes en nombre et en valeur probante, ne permettent pas d'établir le caractère habituel du séjour de l'intéressé sur toute la période alléguée, notamment a minima s'agissant des années 2015, 2020, 2021 et 2022. En outre, s'agissant de la période postérieure au refus de renouvellement de son certificat de résidence en qualité de conjoint de française du 15 mars 2018 pour absence de communauté de vie, dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans, les pièces produites, relatives au domicile du couple et aux prestations de la caisse d'allocations familiales perçues par sa conjointe, sont, dans ce contexte, insuffisantes pour établir la réalité d'une présence continue du demandeur. Dans ces conditions, et même en ne tenant pas compte du retour connu de M. D dans son pays d'origine entre les 1er août et 27 septembre 2016, les éléments produits ne sont pas de nature à établir que M. D résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date d'édiction de l'arrêté préfectoral contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du point 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :/ 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1 () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Selon l'article L. 435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
7. Il résulte des dispositions des articles L. 432-14 et L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les dispositions visées par ces textes ou les stipulations de l'accord franco-algérien ayant le même objet. M. D n'étant pas, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.
8. Si le préfet mentionne dans l'arrêté attaqué que M. D est défavorablement connu des services de police pour plusieurs faits, les décisions précitées ne sont pas fondées sur la menace à l'ordre public que représenterait M. D du fait de ses agissements. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que ces informations auraient été utilisées en méconnaissance de l'article R. 40.29 du code de procédure pénale. Le moyen tiré du vice de procédure invoqué doit dès lors être écarté.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ().. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Ainsi qu'il l'a été dit au point 5, M. D n'établit pas la réalité du séjour allégué. Il a en outre fait l'objet de plusieurs refus de titre de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutés. S'il justifie avoir travaillé plusieurs mois en 2014, il ne justifie par ailleurs d'aucune ressource autre que les prestations versées au titre de sa vie commune avec son épouse, dont il ressort de l'attestation de la caisse d'allocations familiales qu'elles ont cessé en mars 2020. Les quelques attestations produites, établies pour l'essentiel en 2018, ainsi que les autres pièces du dossier ne permettent pas d'établir la réalité de l'intégration dont il se prévaut. Dans ces conditions, et alors que M. D, sans charge de famille, a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant les décisions contestées le préfet aurait porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de renouvellement de son titre de séjour et aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, qui n'est opérant qu'à l'encontre du refus de séjour, et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le préfet doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()".
13. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français mentionne les considérations de droit et de faits qui la fondent, et notamment la circonstance que M. D a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement. Par ailleurs, cette dernière décision renvoie à l'ensemble des éléments de fait concernant la situation de l'intéressé sur le territoire français, en ce qui concerne la durée de son séjour et sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.
14. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment les nombreuses mesures d'éloignement dont l'intéressé a déjà fait l'objet, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en édictant une interdiction de retour d'une durée limitée à un an. Le moyen invoqué doit donc être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 22 janvier 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation présentées par M. D, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction au besoin sous astreinte qu'il a présentées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
La rapporteure
M. Couégnat La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 17 avril 2024
La greffière,
M. B.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026