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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401214

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401214

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantROSELLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2024, Mme D A, représentée par Me Rosello, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler le titre de séjour " étudiant " dont elle bénéficie et l'a en outre obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation par ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

- il a été signé par une autorité ne disposant pas d'une compétence régulière pour ce faire ;

- il est insuffisamment motivé en fait ;

Sur le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier faute pour le préfet d'avoir pris en compte son état de santé ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle est atteinte d'une grave maladie nécessitant des soins prodigués en France et indisponible au Togo ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante togolaise née le 15 avril 1995, est entrée en France le 14 septembre 2019 pour y poursuivre des études de droit. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, dont elle a sollicité le renouvellement le 20 septembre 2023. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 31 janvier 2024 refusant le renouvellement de ce titre et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, par arrêté du 30 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, produit aux débats, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault sous réserve d'exceptions n'incluant pas les décisions en litige. Alors que l'arrêté prévoit expressément que sont notamment concernés tous les actes relatifs au séjour et à la police des étrangers, cette délégation, qui n'est pas trop générale, habilitait M. C à signer l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit donc être écarté.

3. En second lieu, le préfet a exposé les circonstances de droit et de fait qui fondent sa décision permettant à la requérante d'utilement la contester. D'une part, il a visé l'ensemble des dispositions dont il a fait usage. D'autre part, alors que Mme A sollicite le renouvellement de son titre " étudiant " le préfet a rappelé son parcours universitaire sur le territoire pour conclure à une absence de progression dans ses études. Il a ensuite précisé que celle-ci n'était pas justifiée par des éléments probants et pertinents. Enfin, après avoir examiné la situation personnelle de l'intéressée et ses attaches sur le territoire, il a conclu au refus de délivrance d'un titre de séjour et prononcé une obligation de quitter le territoire français, la requérante ne pouvant bénéficier de protection contre l'éloignement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.

Sur la légalité du refus de renouvellement du titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A. Si la requérante se prévaut de difficultés de santé qu'elle aurait rencontrées au cours de son parcours universitaire, elle ne produit toutefois aucun élément de nature à établir qu'elle aurait communiqué ces éléments à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu et à supposer que la requérante ait entendu soutenir à l'appui de sa contestation dirigée contre la décision refusant le renouvellement du titre de séjour " étudiant ", que cette dernière serait entachée d'erreur de fait, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

7. S'il est constant que Mme A est présente en France depuis l'année 2019, elle est entrée sur le territoire français pour y poursuivre des études et elle est célibataire, sans enfants, et dépourvue de toute attaches personnelles et familiales en France. Si elle expose également être atteinte d'une maladie nécessitant des soins qu'elle ne pourrait recevoir en cas de retour dans son pays d'origine, cette circonstance ne suffit pas à établir qu'elle aurait fixé en France le centre de ses intérêts matériels et moraux, alors, au demeurant, qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé, mais uniquement pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issue de la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 et applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

9. Il résulte de ces dispositions que la motivation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 précité se confond avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 7 de la présente décision, les moyens tirés de ce que le préfet de l'Hérault aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses des conséquences sur sa vie personnelle doivent être écartés.

11. Enfin, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour comporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité au regard du risque de traitements inhumains et dégradants qu'il encourt en cas de retour dans le pays dont elle a la nationalité est inopérant à l'encontre d'une décision qui, par elle-même, n'implique pas le retour de l'intéressée dans son pays d'origine.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Rosello et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle , président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024 .

La rapporteure,

A. B

Le président,

D. Besle

La greffière,

M.-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le25 avril 2024,

La greffière,

M.-A. Barthélémy

N°2401214

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