vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2401231 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2024, et un mémoire enregistré le 3 avril 2024, M. A B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elles visent l'accord franco-marocain alors que le requérant est de nationalité algérienne ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa demande de titre de séjour en qualité de salarié ;
- elles ont été prises en violation des stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit pour méconnaissance de l'article L. 612-10 du code précité ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 5 avril 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant sont infondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gayrard, président-rapporteur,
- et les observations de Me Brulé, représentant de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né le 2 janvier 1993, est entré en France le 21 janvier 2017, selon ses déclarations. Le 1er octobre 2020, il a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français ou en tant que salarié. Par un arrêté du 20 novembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.
Sur les décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, par arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, produit aux débats, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. P., secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault sous réserve d'exceptions n'incluant pas les décisions en litige. Alors que l'arrêté prévoit expressément que sont notamment concernés tous les actes relatifs au séjour et à la police des étrangers, cette délégation, qui n'est pas trop générale, habilitait M. P. à signer l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, si le préfet de l'Hérault vise à tort l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, il ne s'agit que d'une erreur purement matérielle sans incidence sur la légalité des décisions attaquées alors que le préfet fait seulement application de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, notamment les dispositions du 4° de l'article 6 relatif aux parents d'enfants français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté, sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de base légale demandée en défense.
4. En troisième lieu, il ne ressort, ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B, au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte pour édicter sa décision, s'est fondé, d'une part, sur les stipulations du b de l'article 6 de l'accord franco-algérien et, d'autre part sur celles de l'article 9 de ce même accord pour rejeter la demande de titre de séjour en tant que salarié. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salariée : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. " et aux termes de l'article 9 de ce même accord " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4(lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises (). ". Il résulte des stipulations précitées que la délivrance à un ressortissant algérien du certificat de résidence " salarié " est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes et d'un visa de long séjour.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne dispose pas d'un visa de long séjour, ni même d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, ces documents étant nécessaires pour obtenir un certificat de résidence " salarié " de plein droit. Le motif tiré du défaut de présentation d'un visa de longue durée opposé par le préfet de l'Hérault pouvait, à lui seul, légalement fonder une décision de refus opposée à une demande de délivrance de certificat de résidence " salarié " algérien alors que la seule circonstance que l'intéressé exerce le métier de charpentier et de couvreur ne peut être regardé comme relevant d'un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions au demeurant non applicables aux ressortissants algériens. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
7. En cinquième lieu, l'article 6 de l'accord franco-algérien stipule que " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ".
8. M. B déclare être entré en France le 21 janvier 2017 et n'a reconnu sa fille, née le 26 septembre 2018, que le 17 février 2020, soit plus d'un an après sa naissance. En produisant seulement quelques factures de décembre 2020 à juin 2022, des récépissés d'émission de mandats versés à la mère de sa fille à compter du mois d'octobre 2022 au mois de novembre 2023, sans qu'aucune justification ne soit avancée sur leur objet et pour des sommes relativement faibles comprises entre 50 euros et 70 euros, une attestation de la mère de sa fille, qui n'est nullement circonstanciée ainsi que quelques photographies non datées en compagnie de sa fille, il ne justifie pas subvenir effectivement aux besoins de l'enfant, comme l'a également retenu la commission du titre de séjour le 4 octobre 2023. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire, a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Il a donc passé l'essentiel de son existence dans son pays d'origine où vivent ses parents et un frère. En outre, il ne justifie pas résider en France de manière habituelle depuis 2017. Par ailleurs, si son enfant vit en France et a la nationalité française, eu égard aux motifs exposés au point 8, il ne justifie pas subvenir aux besoins de son enfant. L'exercice d'un métier de charpenteur-couvreur, établi pour la période de mars à octobre 2023, ne caractérise pas d'une intégration particulière à la société française alors qu'il s'est maintenu en situation irrégulière depuis 2017. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision et ne méconnaît ainsi pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les moyens invoqués doivent ainsi être écartés.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois :
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour () La durée de l'interdiction de retour()ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour ()sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
13. Eu égard à la situation de l'intéressé décrite aux points 8 et 10, notamment quant à a sa faible durée de présence en France et à l'absence d'intégration particulière, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois doit être écarté. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, l'interdiction ainsi prononcée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pastor, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le président-rapporteur,
J-P. Gayrard
L'assesseure la plus ancienne,
I. PastorLa greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 avril 2024.
La greffière,
I. Laffargue
il
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026