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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401232

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401232

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGUIRASSY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2024 Mme B C, représentée par Me Guirassy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire français d'une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte également de 50 jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'Accord modifié du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Royaume du Maroc portant sur le séjour et l'emploi des ressortissants ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Guirassy, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 14 octobre 1991, a sollicité le 21 novembre 2023 son admission au séjour au regard de sa vie privée et familiale ou en qualité de salarié. Par arrêté du 1er décembre 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire français de trois mois. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. P., secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. P. à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté vise l'accord franco-marocain et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme C est entrée en France pour y suivre ses études et se maintient illégalement depuis le 21 décembre 2018. Le préfet précise qu'elle ne fait état d'aucun motif exceptionnel d'admission au séjour qui permettrait de déroger à l'absence de visa long séjour. Par ailleurs le préfet précise que, célibataire sans charge de famille, elle ne démontre pas être isolée au Maroc où résident ses deux frères. Par suite, l'arrêté qui comporte les motifs de droit et de fait qui le fondent, est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Il résulte de la combinaison des textes précités que si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié reste subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la condition prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de la production par ces ressortissants d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois.

5. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de l'Hérault a bien examiné, au titre de son pouvoir général de régularisation, sa demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a rejetée aux motifs d'une part, que la présentation d'une promesse d'embauche à un poste d'assistante administrative et sociale ne pouvait être regardée comme un motif exceptionnel d'admission au séjour qui permettrait de déroger à l'exigence de présentation d'un visa long séjour et d'autre part, que sa situation privée et familiale ne relevait pas davantage de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels. Par suite, alors que le préfet de l'Hérault a rappelé la situation administrative, personnelle et professionnelle de l'intéressée, le moyen tiré de l'erreur de droit à n'avoir pas procédé à un examen réel et complet de sa demande ne peut donc qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Mme C fait valoir qu'elle réside sur le territoire français depuis 2015, qu'elle y a effectué ses études supérieures, réside chez ses parents, titulaires de carte de résident, et qu'elle entretient des relations étroites avec son frère, ressortissant français. D'une part, à supposer même qu'elle résiderait de manière continue en France depuis 2015, ce qu'elle n'établit pas par les pièces éparses qu'elle produit, elle n'a été autorisée à y séjourner régulièrement que jusqu'en décembre 2018 et, venue en France pour y poursuivre des études supérieures, n'avait pas vocation à rester sur le territoire. En outre, si ses parents témoignent de l'aide qu'elle leur apporte, il n'est pas établi, ni même allégué, que cette aide soit induite par un état de santé particulier de ses derniers qui ne pourrait pas être assurée par une tierce personne. Si elle a poursuivi ses études, sans y être autorisée, cette circonstance, et celle qu'elle a créé des liens sur le territoire, ne sont pas, alors qu'elle est célibataire et sans charge de famille en France et qu'elle n'est pas isolée au Maroc pays dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident deux de ses frères, de nature à établir un déplacement de ses intérêts privés et familiaux en France et ce d'autant que sa présence continue depuis plus de huit ans n'est pas démontrée. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de Mme C et n'a ainsi méconnu, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Par ailleurs, eu égard aux éléments développés au point précédent du présent jugement, et après avoir souligné que l'intéressée ne faisait pas valoir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour " vie privée et familiale " au titre d'une admission exceptionnelle au séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 1er décembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans ses dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de l'Hérault et à Me Guirassy.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Gayrard, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Marion Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteure,

I. A

Le président,

JP. GayrardLa greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 avril 2024.

La greffière,

I. Laffargue

il

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