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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401244

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401244

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAVOUNGOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 février 2024, Mme B A, représentée par Me Mavoungou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa demande et de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai de trente jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- le signataire de l'acte n'est pas compétent à défaut de justifier d'une délégation publiée et de la réunion des conditions lui permettant d'exercer sa délégation ;

- la décision est insuffisamment motivée ; le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé ;

- elle remplit les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-béninoise ;

- elle remplit la condition de trois années de séjour ininterrompu justifiant la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article 11 de cette convention ;

- la décision méconnaît les article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la circulaire dite " Valls " du 28 novembre 2021 ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; l'ancienneté de son séjour justifie l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a commis un détournement de pouvoir.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention signée le 21 décembre 1992 entre le gouvernement de la République Française et le gouvernement de la République du Bénin relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Crampe, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante béninoise née le 21 décembre 1997, a séjourné régulièrement sur le territoire français entre le 19 septembre 2020 et le 23 septembre 2023 en qualité d'étudiante. Ayant sollicité le renouvellement de son titre de séjour, elle s'est vu opposer par le préfet des Pyrénées-Orientales, par arrêté du 17 janvier 2024, une décision de refus de séjour assortie d'une décision obligation de quitter le territoire français. Elle demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. Yohann Marcon. Par un arrêté du 18 décembre 2023, régulièrement publié le 19 décembre 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation permanente à cet effet à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, lequel est ainsi habilité à signer alors même que le préfet ne serait pas absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant assignation à résidence manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chaque décision prononcée, en précisant notamment les raisons pour lesquelles le préfet considère le parcours universitaire, qu'il détaille, comme ne justifiant pas le renouvellement du titre de séjour que la requérante détenait en qualité d'étudiante. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier un défaut d'examen par le préfet des Pyrénées-Orientales de la situation de Mme A.

5. En quatrième lieu, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. Le préfet des Pyrénées-Orientales, qui a statué à tort sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme A, invoque comme fondement légal de l'arrêté attaqué l'article 9 de la convention franco-béninoise, dont la portée est équivalente aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de substituer l'article 9 de l'accord franco-béninois à cette base légale erronée, dès lors que le pouvoir d'appréciation du préfet est le même que celui dont il dispose au titre de l'article L. 422-1 et que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. () ". Le renouvellement du titre de séjour " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, inscrite en licence de droit à l'Université de Perpignan, a échoué durant trois années consécutives à valider son année de L2. Elle a ensuite déposé un dossier de candidature en BTS " GPME " sans toutefois signer de contrat d'alternance avec une entreprise, qui conditionne l'entrée dans cette formation, au demeurant sans cohérence avec le cursus précédent. Elle ne bénéficiait ainsi pas d'une inscription ni même d'une pré-inscription dans un établissement d'enseignement supérieur au sens des dispositions précitées. Dès lors, alors même qu'elle dispose de moyens d'existence suffisants, le préfet a pu sans méconnaître l'article 9 de la convention franco-béninoise considérer que Mme A n'avait pas justifié de la réalité et du sérieux des études entreprises.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention franco-béninoise susvisée : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des parties contractantes établis sur le territoire de l'autre partie, peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans renouvelable de plein droit dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil ".

10. Si Mme A soulève la méconnaissance de ces stipulations de l'accord franco-béninois de 1992, il est constant que les décisions préfectorales contestées ont été prises en réponse à sa demande de renouvellement d'un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", formulée sur la base des dispositions de l'article 9 de cette convention. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations est inopérant à l'encontre de ce refus et de la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable , qui se substitue à l'article L. 313-14 soulevé par la requérante : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

12. Alors que le préfet des Pyrénées-Orientales dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour admettre exceptionnellement un étranger au séjour, les circonstances que Mme A réside en France pour y poursuivre des études depuis 4 ans et y ait noué des amitiés et n'aurait pas entretenu les liens dont elle dispose au Bénin ne caractérisent pas ces circonstances exceptionnelles. La décision contestée ne méconnaît ainsi pas les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En huitième lieu, Mme A ne peut utilement invoquer l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes duquel " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", à l'encontre du refus opposé à sa demande de renouvellement de titre de séjour " étudiant ".

14. En neuvième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

15. D'une part, Mme A ne saurait utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire dite " Valls " du 28 novembre 2021.

16. D'autre part, Mme A soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale dès lors qu'elle est intégrée en France, y a poursuivi des études et noué des liens, qu'elle aurait coupé avec son pays d'origine et que la décision la prive du droit d'étudier et d'obtenir des diplômes. Toutefois, outre que la décision attaquée ne la prive aucunement de la possibilité de poursuivre des études, notamment dans son pays d'origine, il résulte de ce qui précède que le caractère sérieux de ses études n'est pas démontré. En outre, elle n'est entrée en France qu'en septembre 2020, et, célibataire et sans charge de famille, elle ne justifie pas qu'elle ne disposerait d'aucune attache dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Par suite, alors même qu'elle maîtriserait la langue française, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et du détournement de pouvoir doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

17. En l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour, ainsi qu'il résulte des points qui précèdent, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente,

Mme Couegnat, première conseillère,

Mme Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

S. Crampe

La présidente,

F. CorneloupLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 mai 2024.

La greffière,

M. C

N°2401244

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