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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401282

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401282

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantGHIAMAMA MOUELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 17 mars 2024, M. C A, représenté par Me Ghiamama Mouelet, demande au tribunal :

1°) d'admettre M. A à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2023-240-431 du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté a été signé par une personne dont il n'est pas justifié d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

* la décision de refus de titre de séjour :

- méconnait les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration pour être insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreurs de fait ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de motifs par l'utilisation des articles L. 412-1, L. 611-3,

L. 411-2 du code qui ne s'appliquent pas à sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* l'obligation de quitter le territoire :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision précédente ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

* la décision fixant le pays de renvoi :

- méconnait les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration pour être insuffisamment motivée ;

* la décision faisant interdiction de retour sur le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait le droit d'être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 7 janvier 2000, entré sur le territoire national en 2015, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. A sa majorité, il a sollicité un titre de séjour qui lui a été refusé par un arrêté du 14 mai 2019, assorti de l'obligation de quitter le territoire, confirmé par jugement du tribunal administratif de Montpellier du 21 novembre 2019. La mesure d'éloignement a été exécutée le 18 février 2020 après placement en rétention administrative. M. A est revenu, selon ses déclarations, sur le territoire national en mars suivant. Le

12 septembre 2023, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et une interdiction de retour sur le territoire d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :

4. L'arrêté contesté a été signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2023 10-D-DCRL-477 du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 163 du jour même, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision de refus de titre de séjour mentionne les conventions internationales applicables au litige et les articles utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail. Elle indique les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. A, tenant à l'arrêté préfectoral précédent le concernant, son retour sur le territoire national après la mesure d'éloignement, son contrat de travail au sein de la société " Carrosserie BKL ", soit des éléments circonstanciés exposés de façon non stéréotypée. Dès lors, la décision attaquée énonce les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Si M. A rappelle qu'il est arrivé en France alors qu'il était mineur et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, ces éléments pris en compte dans le cadre de sa première demande de titre de séjour faite à sa majorité, ne lui ont pas permis d'obtenir un titre de séjour. S'il fait valoir qu'il est revenu en France en mars 2020 après son éloignement, il n'en justifie pas par les pièces produites, dont il ressort qu'il a été embauché en mai 2022 dans la société " Carrosserie BKL ", et n'a formulé sa nouvelle demande de titre qu'en septembre 2023. Il ne démontre pas avoir de la famille en France alors que sa mère réside en Albanie et qu'il évoque juste une " petite amie ".

9. Si M. A justifie être titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'ouvrier dans une société qui l'a embauché en mai 2022, soit, un an et cinq mois avant la date de la décision attaquée, il ne se prévaut d'aucune qualification professionnelle particulière. Dans ces conditions, ce seul contrat de travail ne saurait suffire à caractériser un motif exceptionnel justifiant la délivrance à l'intéressé d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

10. Il résulte des deux points qui précèdent que le préfet, en refusant à M. A son admission au séjour, n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, si le préfet soutient à tort que le requérant aurait présenté une demande d'autorisation de travail, ce motif de refus est surabondant. Il en est de même en ce qui concerne le visa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lequel n'est pas appliqué. Enfin, c'est à bon droit que le préfet a mentionné l'article L. 411-2 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que l'étranger est tenu de quitter le territoire en cas de refus de délivrance d'un titre de séjour. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que l'arrêté repose sur des motifs erronés doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. Pour les motifs exposés au point 8, en rejetant la demande de titre de séjour formulée par M. A, qui est célibataire sans charge de famille et ne justifie d'aucun lien personnel, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision contestée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En cinquième lieu, si le préfet de l'Hérault cite à tort l'article L. 412-1 relatif à l'exigence de présentation d'un visa dans certaines hypothèses inapplicables à M. A qui n'a sollicité une carte travail que sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision il s'était fondé uniquement sur le motif tiré de ce que la " présentation d'un contrat de travail à un poste de carrossier ne peut être considéré comme un motif exceptionnel d'admission au séjour ". De même, compte tenu des pièces produites, le préfet n'a pas écarté à tort les allégations de M. A selon lesquelles il serait revenu en 2000 sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire :

16. L'obligation de quitter le territoire litigieuse a été prise sur le fondement de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents. ".

17. La décision portant refus de séjour n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité soulevée par M. A sera écartée.

18. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 13, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

19. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

20. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, () ; /2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; /3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

21. L'arrêté contesté vise ces dispositions dont il a été fait application ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. A reproche à la décision fixant le pays de renvoi de ne pas avoir pris en compte son passé de mineur pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, ces éléments sont sans incidence dans le cadre d'une telle décision. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

22. En premier lieu, la décision de faire interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an à M. A a été prise sur le fondement de l'article L.612-8 du code aux termes duquel : " lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

23. Aux termes l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

24. Il ressort des termes de l'arrêté que, pour fixer la durée d'interdiction de retour à un an, le préfet a pris en compte la durée de la présence de M. A sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement ainsi que l'absence de menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

25. En second lieu, le droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

26. En l'espèce, M. A soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire porte atteinte à son droit d'être entendu dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire et n'a jamais présenté de manière utile et effective ses observations sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il n'est pas établi ni même allégué que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. Par ailleurs, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance du préfet avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'était pas tenu de l'inviter à formuler des observations avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire prise concomitamment au refus de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

27. En troisième lieu, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire fixée à un an, alors que le requérant ne démontre ni avoir l'ancienneté sur le territoire national qu'il prétend avoir, ni le centre de ses intérêts en France, ni y avoir un travail ou une " petite amie " n'est pas disproportionnée ou entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.

28. Pour les mêmes motifs qu'énoncés aux points 13 et 18, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

29. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du recours à fin d'annulation, et en conséquence celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Ghiamama Mouelet, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Rabaté, vice-président,

Mme Viallet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

Le rapporteur,

V. Rabaté Le président,

D. BesleLe greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 juin 2024.

Le greffier,

F. Balicki

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