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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401417

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401417

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401417
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantCAYLUS ANAÏS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 9 mars 2024, M. A C, représenté par Me Caylus demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 8 mars 2024 par lequel l'autorité préfectorale l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux années ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bayada, première conseillère, pour statuer en tant que magistrate désignée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada,

- les observations de Me Caylus, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

- les observations de M. C assisté par M. E, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 5 janvier 2006 demande l'annulation de l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux années.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

4. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme D B, cheffe de la section éloignement. Or, par un arrêté du 5 décembre 2023, publié le lendemain au recueil administratif spécial n°210 de la préfecture de l'Hérault, délégation a été donnée à Mme B, à l'effet de signer tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C serait entré régulièrement sur le territoire français, ni qu'il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant se prévaut de la présence en France de ses oncles et cousins et soutient être en couple sur le territoire français, sans établir ses allégations. Par ailleurs, M. C ne conteste pas la menace à l'ordre public que son comportement constituerait et ne réfute pas être défavorablement connu des services de police pour sept infractions au cours de l'année 2022, à savoir la détention, cession ou offre de stupéfiants, des faits de conduite sans permis, refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, refus de se soumettre à des vérifications tendant à établir l'état alcoolique, port d'arme blanche de catégorie D. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, c'est sans méconnaître les stipulations visées au point 5 du présent jugement que le préfet a pu décider de l'éloignement de M. C. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Si l'autorité préfectorale doit tenir compte, pour décider de prononcer une interdiction de retour à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

11. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Hérault a bien examiné les différents critères de l'article L. 612-10 et mentionne notamment l'absence d'intensité de ses liens avec la France sur laquelle il se fonde. Par suite, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et a, par suite, respecté les exigences des textes précités. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

12. Le préfet de l'Hérault ayant refusé d'accorder un délai de départ volontaire, il lui appartenait, en l'absence de circonstances humanitaires particulières, de prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. C. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas d'une présence ancienne sur le territoire où il ne justifie d'aucune cellule familiale ni d'attaches durables. Du reste, M. C ne conteste pas être défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans permis, refus d'obtempérer et de se soumettre à des vérifications tendant à établir l'état alcoolique, port d'arme blanche de catégorie D, et détention cession et offres de stupéfiants et que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, même en l'absence de mesure d'éloignement antérieure, eu égard à l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle le préfet pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, retenir que sa présence sur le territoire constituait une menace pour l'ordre public et fixer la durée d'interdiction de retour sur le territoire français à trois ans. Il suit de là que les moyens tirés de la disproportion de la mesure et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Hérault et à Me Caylus.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La magistrate désignée,

A. Bayada

Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier le 18 mars 2024

Le greffier,

D. Martinier

N°2401417

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