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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401450

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401450

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKOULLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, M. A D, représenté par Me Koulli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et l'a assigné à résidence et prononçant une interdiction de retour de deux ans ;

2°) de mettre à la charge du préfet des Pyrénées-Orientales la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- l'auteur de l'acte est incompétent faute d'avoir justifié d'une délégation de signature ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a considéré à tort qu'il ménageait sa clandestinité en France depuis plusieurs mois, la mesure de réadmission Schengen ainsi que l'obligation de quitter le territoire français ne reposent sur aucun fondement légal, puisqu'il justifie résider en Espagne ; notifiée sur la base d'une réadmission Schengen, la décision est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation puisque rien ne démontre qu'il quittait le territoire français à destination de l'Espagne.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation car, forcé à délivrer des informations erronées sur sa domiciliation chez sa sœur afin de permettre son assignation à résidence par manque de place au centre de rétention administrative, il a justifié de sa domiciliation en Espagne et non en France.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est insuffisamment motivée et le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation car il a été assigné à résidence au domicile de sa sœur dans l'Essonne alors que son domicile se trouve en Espagne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Crampe, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 11 décembre 1991, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, l'a assigné à résidence et a prononcé une interdiction de retour de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'ensemble de l'arrêté :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige vise l'arrêté préfectoral n° PREF/SCPPAT/2024053-0001 du 22 février 2024 portant délégation de signature à M. C B, directeur de la citoyenneté et de la migration de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Le requérant était donc à même de vérifier l'existence de cet arrêté, lequel a été publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, accessible au juge comme aux parties, et son moyen tiré de l'absence d'une délégation consentie au signataire de l'arrêté doit être écarté.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, si l'arrêté en litige fait le constat de la remise aux services de la police aux frontières par les autorités espagnoles le 7 mars en application des accords bilatéraux franco-espagnols de réadmission immédiate signés à Malaga, il n'a pas pour objet cette réadmission, et il n'en procède pas. M. D ne peut utilement invoquer le moyen, inopérant, tiré de ce que la mesure de réadmission décidée par l'Espagne et acceptée par la France ne serait pas fondée. La décision comprend les motifs de droit et de fait qui la fondent, en visant les textes applicables à la situation de l'intéressé et en relatant les circonstances de l'entrée sur le territoire de M. D par le biais d'une remise de la part des autorités espagnoles, les déclarations circonstanciées faites par ce dernier concernant son parcours migratoire et les motifs justifiant que soit édictée une mesure d'éloignement. Elle est ainsi suffisamment motivée en fait comme en droit et n'est pas entachée d'un vice de procédure

4. En deuxième lieu, si M. D soutient que le préfet a considéré à tort qu'il ménageait sa clandestinité en France depuis plusieurs mois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il a déclaré aux autorités française qu'après une entrée régulière sur le sol anglais, il a gagné la France clandestinement et s'y est maintenu en séjour irrégulier en travaillant de façon non déclarée et qu'il a entrepris un voyage vers l'Espagne pour y rendre visite à un membre de sa famille, sans avoir jamais tenté de régulariser sa situation dans l'espace Schengen ou en France. S'il produit dans l'instance un certificat de résidence, établi à son nom, émanant d'une commune espagnole, cet élément peu probant ne permet pas de contredire ses précédentes déclarations circonstanciées et n'est assorti d'aucun élément permettant de le corroborer. De même, les allégations du requérant selon lesquelles il aurait été forcé de déclarer sa domiciliation chez sa sœur pour les besoins de l'assignation à résidence, non assortie d'éléments probants, et contraires aux déclarations circonstanciées relatées par le préfet dans son arrêté, ne ressortent nullement des pièces du dossier. Enfin, le constat que le requérant quittait la France pour l'Espagne ne constitue qu'un élément factuel et non l'un des motifs de la décision d'éloignement. C'est ainsi sans commettre ni erreur de fait ni erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Hérault a considéré qu'il ménageait sa clandestinité en France pour décider son éloignement.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". En vertu de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Selon l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont motivées ".

6. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article

L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En premier lieu et d'une part, M. D ne peut utilement invoquer l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogé et qui régissait l'obligation de quitter le territoire français et non les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français.

8. D'autre part, la décision attaquée, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait référence à la situation personnelle et administrative de M. D, et notamment la circonstance qu'il ne justifie d'aucune attache personnelle en France et se maintient irrégulièrement dans l'espace Schengen, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement ni qu'il présente une menace pour l'ordre public, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier un défaut d'examen de la situation du requérant préalablement à l'édiction de la décision en litige.

10. En troisième lieu, si le requérant soutient avoir été forcé à délivrer des informations erronées sur sa domiciliation chez sa sœur afin de permettre son assignation à résidence par manque de place au centre de rétention administrative, ainsi qu'exposé au point 6, aucun élément ne vient corroborer ses allégations, alors que l'arrêté en litige récapitule de manière précise les propres déclaration du requérant aux services de police, lesquelles sont particulièrement circonstanciées quant à son séjour, depuis fin mai 2023 à Viry-Châtillon chez sa sœur. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pris à son encontre une décision lui interdisant le retour sur le territoire français.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, et d'une part, M. D ne peut utilement invoquer l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogé et qui régissait l'obligation de quitter le territoire français et non l'assignation à résidence.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la décision portant assignation à résidence de M. D chez sa sœur, fondée sur l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui mentionne que l'intéressé ne peut être immédiatement éloigné à destination de son pays d'origine, est motivée en fait comme en droit et ne révèle pas un défaut d'examen par le préfet de la situation de M. D.

13. En second lieu, aucune disposition législative ou règlementaire ne s'oppose à ce que l'adresse choisie pour assigner à résidence un étranger présent sur le territoire français soit le domicile d'un membre de sa famille vivant sur le territoire. Alors qu'il résulte des déclarations même de l'intéressé faite auprès des services de police qu'il a été domicilié chez sa sœur dans le département de l'Essonne, c'est par une exacte application des dispositions précitées que le préfet de l'Hérault a assigné M. D à résidence à cette adresse, le requérant ne pouvant utilement invoquer qu'il dispose d'un domicile en Espagne.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D en annulation l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, l'a assigné à résidence et prononçé une interdiction de retour de deux ans doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente,

Mme Crampe, première conseillère.

M. Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure

S. CrampeLa présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A . Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 mai 2024.

La greffière,

A. Junon

N°2401450

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