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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401569

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401569

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars et 4 avril 2024, M. K Q, Mme T Q, l'association ARTOPOS, M. O F, M. L M, M. H N, M. B C, M. S D, Mme G J, Mme E P et M. U I, représentés par Me Pion Riccio, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté pris par V la commune de Saint-André-de-Sangonis du 12 février 2024 portant décision de non-opposition à déclaration préalable de l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie n° DP 034 239 23 0 0007 pour l'abattage d'arbres sur les parcelles cadastrées AE 307 et AE 308 ;

2°) de condamner la commune de Saint-André-de-Sangonis et l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie à leur verser à chacun la somme de 1 000 euros, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur l'intérêt à agir :

- la mise en œuvre du projet de démolition des bâtiments et d'abattages d'arbres séculaires à proximité immédiate des maisons d'habitation des requérants individuels affecte directement leurs conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leurs biens ;

- l'association dispose d'un intérêt à agir dans la mesure où elle est pleinement investie depuis de nombreuses années concernant la question de la réhabilitation du presbytère de Saint-André-de-Sangonis.

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est présumée remplie en application des dispositions de l'article L.600-3 du code de l'urbanisme ;

- la mise en œuvre de l'autorisation d'urbanisme impliquera la disparition évidente des arbres caractéristiques du patrimoine de la Commune de Saint-André-de-Sangonis ; le démarrage des travaux d'abattage est de nature à porter définitivement et irrémédiablement atteinte au patrimoine architectural et environnemental de la Commune ;

- il n'existe aucune considération d'intérêt général qui pourrait légitimer une absence de suspension de la décision querellée ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- S'agissant de l'illégalité externe :

- la décision contestée est entachée d'un doute sérieux de légalité en raison de l'insuffisance du dossier de déclaration préalable, lequel ne comporte pas d'identification des arbres à abattre alors qu'un cèdre centenaire repéré par l'agent de la DRAC se situe sur le terrain d'assiette du projet ;

- la décision litigieuse est entachée d'incompétence, la demande de permis de démolir litigieuse ayant été formulée par l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie alors que ce dernier n'a pas qualité pour présenter une telle demande.

- S'agissant de l'illégalité interne :

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qu'aucune replantation d'arbre n'est prévue ; en raison de l'absence de caractère certain du respect des prescriptions édictées par l'arrêté du 12 février 2024 ; en raison de la teneur insuffisante desdites prescriptions ;

- la décision contestée méconnaît le principe de précaution en ce qu'elle autorise l'abattage d'arbres séculaires abritant de nombreuses espèces animales.

Par un mémoire en défense enregistré le 04 avril 2024, la commune de Saint-André-de-Sangonis, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et à la condamnation solidaire des requérants au paiement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'intérêt à agir :

- les requérants n'ont pas intérêt à agir dans la présente instance en ce qu'ils ne justifient de leur intérêt à agir qu'au regard des démolitions autorisées par deux permis de démolir, faisant l'objet d'une demande de suspension et de la réalisation future de logements et d'une médiathèque sur les sites de la maison " Pappas " et du Presbytère ;

- le projet querellé n'est pas de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens que les requérants déclarent détenir ou occuper régulièrement ;

- l'association ARTOPOS n'a pas intérêt pour agir en ce qu'elle ne produit aucune pièce pour justifier de sa qualité à agir et que son champ d'intervention est trop large.

Sur l'urgence :

- les requérants ne démontrent aucunement l'urgence à suspendre l'arrêté contesté ;

- les requérants ne peuvent se prévaloir d'une présomption d'urgence, dès lors que les travaux autorisés sont de nature limitée.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- S'agissant de l'illégalité externe :

- le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de déclaration préalable manque en droit et en fait ; il ne résulte d'aucun texte qu'un inventaire des arbres concernés par la déclaration préalable soit exigé dans le cadre du dossier ; en tout état de cause, ces informations figurent dans le dossier de la déclaration préalable et aucun cèdre centenaire n'est localisé sur les parcelles concernées par l'arrêté en litige ;

- le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la déclaration préalable est infondé ; l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie avait bien qualité pour adresser cette dernière en sa qualité de propriétaire et M. A bénéficiait d'une délégation de signature pour signer la déclaration préalable ; en tout état de cause, le dossier de déclaration préalable comprend l'attestation prévue par les dispositions précitées du code de l'urbanisme.

- S'agissant de l'illégalité interne :

- la décision contestée ne méconnaît pas les dispositions de l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que dix arbres seront plantés et que la replantation ne pourra être projetée qu'au stade du permis de construire ; que le respect des prescriptions de l'arrêté litigieux a trait à l'exécution de l'autorisation d'urbanisme à venir, et est sans incidence sur la légalité de celle en litige ; qu'une prescription plus précise, dans le cadre de l'autorisation d'urbanisme en litige, n'assurerait aucunement la conformité des travaux projetés aux dispositions de l'article 7 de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la replantation ne peut être présentée qu'au stade du permis de construire ;

- la décision contestée ne méconnaît pas le principe de précaution, à défaut pour les requérants de faire état d'élément circonstanciés faisant apparaître de tels risques ; en tout état de cause, l'impact de l'abattage des arbres sera très faible.

Vu :

- la requête enregistrée le 15 mars 2024 sous le n°2401559 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la constitution de 1958 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 4 avril 2024 à 14 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- les observations de Me Pion Riccio pour les requérants, qui persiste dans ses écritures par les mêmes moyens. Elle précise que l'urgence est établie compte tenu du caractère irréversible de l'abattage des arbres ; qu'alors que le PLU prévoit une replantation à l'identique, tel n'est pas le cas dans la décision en litige et que l'engagement de la société FDI de réaliser une végétalisation, tiers au dossier, n'est pas suffisante en l'espèce ; que les études archéologiques et sur la présence notamment de chiroptères sur la parcelle sont toujours en cours ;

- les observations de Me Aroudj assisté de M. Pelissier, avocat en formation, qui persiste dans ses écritures par les mêmes moyens. Il ajoute que la commune a besoin de logements sociaux et de la médiathèque ; que l'ilôt a été identifié pour la réalisation de ce projet ; qu'il y a urgence à réaliser le projet ; que l'association et les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir pour l'abattage des arbres en litige ; que la prescription dans l'arrêté est suffisante.

A la suite de l'audience, l'EPF Occitanie et la commune de Saint-André-de-Sangonis ont produit un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 8 avril 2024.

Par un mémoire, enregistré le 8 avril 2024, les requérants ont également fait valoir leurs observations.

La clôture de l'instruction a été prononcée au 8 avril 2024 à 16 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Le 16 janvier 2024, l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie a déposé une déclaration préalable pour l'abattage de six arbres sur les parcelles cadastrées AE 307 et AE 308 situées sur la commune de Saint-André-de-Sangonis. En parallèle, l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie a déposé le 12 décembre 2023 une demande de permis de démolir totalement le bâti présent sur les parcelles AE 307 et AE 308 avec renforcement des pignons des biens mitoyens aux deux parcelles. Le 12 décembre 2023, la commune de Saint André de Sangonis a également déposé une demande de permis de démolir partiellement quatre logements sur les parcelles AE 296, AE 299, AE 300, AE 301, AE 302, et AE 303. Par trois arrêtés du 12 février 2024, M. V la commune de Saint-André-de-Sangonis a délivré les permis de démolir à l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie, à la commune de Saint-André-de-Sangonis et a pris une décision de non-opposition au projet d'abattage d'arbres. Par la présente requête, les requérants demandent au juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision de la décision de non-opposition à déclaration préalable du 12 février 2024.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il est constant que les parcelles cadastrées AE 308 et AE 309 comportent un ensemble immobilier dénommé " Maison Pappas " comportant en son cœur une cour arborée, faisant l'objet du projet d'abattage autorisé par la décision en litige. Il est également constant que les parcelles cadastrées sont identifiées par le PLU comme des éléments paysagers protégés au sens des dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme et que la décision en litige comporte en son article 2 une prescription tenant à ce qu'une végétalisation devra être réalisée dans le futur projet. Il ressort également du dossier de déclaration préalable que FDI Habitat qui sera chargée de réaliser la construction de 17 logements sur les parcelles cadastrées AE 308 et AE 309 s'est engagée à végétaliser le projet. L'article UA 7 du règlement de la zone UA prévoit que : " Lorsqu'il s'agit d'un espace paysager protégé au titre de l'article L. 151-23, il sera exigé pour toute destruction, la replantation sur le site des destructions du même nombre de sujets détruits d'une essence dont la silhouette est équivalente à âge adulte (houppier et hauteur) ". Il résulte de ces dispositions que la prescription prescrite par l'article 2 de l'arrêté en litige implique nécessairement, nonobstant l'imprécision du terme végétalisation, le respect de l'article UA 7 précité et la replantation sur le site des destruction du même nombre de sujets détruits d'une essence dont la silhouette est équivalent à âge adulte (houppier et hauteur) quel que soit le projet qui sera à terme réalisé sur les parcelles cadastrées AE 307 et AE 308.

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens de la requête, tels que visés et analysés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'intérêt à agir des requérants et sur la condition relative à l'urgence, que les consorts Q ne sont pas fondés à solliciter la suspension de l'exécution de l'arrêté pris par V la commune de Saint-André-de-Sangonis du 12 février 2024 portant décision de non-opposition à déclaration préalable de l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie n° DP 034 239 23 0 0007 pour l'abattage d'arbres sur les parcelles cadastrées AE 307 et AE 308.

Sur les frais liés au litige :

5. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par les consorts Q est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. K Q, Mme T Q, l'association ARTOPOS, M. O F, M. L M, M. H N, M. B C, M. S D, Mme G J, Mme E P et M. U I et à l'Etablissement Public Foncier d'Occitanie.

Copie sera adressée à la commune de Saint-André-de-Sangonis.

Fait à Montpellier, le 10 avril 2024.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

M. R

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 avril 2024.

La greffière,

M. R

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