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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401621

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401621

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantDELCHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2024, M. A C, représenté par Me Delchambre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et prononcé une interdiction de retour pour une durée de trois ans ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'octroi d'un délai de départ volontaire de six mois et de ramener l'interdiction de retour à une plus courte durée.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivée en fait ;

- la décision viole son droit d'être entendu car il n'a pu présenter d'observations ;

- la décision d'éloignement est irrégulière car il n'a pu présenter de justificatifs de sa présence en France ;

- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire est irrégulière car il ne constitue pas une menace à l'ordre public et n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;

- l'interdiction de retour ne se justifie pas alors qu'il réside chez son oncle et qu'il possède un passeport en cours de validité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lesimple, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Madame Lesimple, magistrate désignée ;

- les observations de Me Delchambre, représentant M. C ;

- et les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 17 mars 2024 le préfet de l'Hérault a pris à l'encontre de M. C ressortissant marocain né en 2005, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être reconduit d'office et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, le préfet a précisé les circonstances de droit et de faits qui fondent le sens de sa décision permettant au requérant d'utilement la contester. Il a notamment développé les raisons pour lesquelles il estime que l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et ne justifie pas du transfert du centre de sa vie privée et familiale en France. Si le requérant conteste les constats ainsi faits, le caractère suffisant de la motivation ne se confond pas avec le bien fondé de ses motifs. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1° Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2° Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; - le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; - l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions () ".

6. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En outre, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 17 mars 2024, que l'intéressé a bénéficié d'un entretien au cours duquel il a pu présenter des observations sur sa situation personnelle, familiale, professionnelle ainsi que les conditions de son entrée et de son séjour en France. Par ailleurs, cette audition a été menée en présence d'un avocat et avec le concours d'un interprète. En outre, l'intéressé ne fait état d'aucune information complémentaire qu'il aurait à cette occasion fournie et qui aurait pu avoir une influence sur le sens de la décision rendue. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué par M. C, ni qu'il aurait sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit pris l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

9. Si M. C soutient ne pas avoir pu présenter de justificatifs relatifs à son séjour en France, il n'apporte aucun élément complémentaire qui permettrait d'établir une entrée régulière sur le territoire français ou le bénéfice d'un titre de séjour régulier. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation de sa situation en fondant sa décision d'éloignement sur les dispositions précitées.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

11. Il ressort des termes de la décision en litige que la décision par laquelle le préfet a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire à M. C se fonde sur les dispositions des articles L. 612-2 3° et L. 612-3 1°, 4° et 8°. Dans ces conditions, en se bornant à faire valoir qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, M. C n'établit pas l'irrégularité de la décision en litige qui se fonde sur l'existence d'un risque de fuite compte tenu d'une entrée et d'un séjour irrégulier sur le territoire, d'une déclaration de son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement et du défaut de garanties de représentation suffisantes. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. M. C a déclaré être récemment entré en France, en août 2023. Alors qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il a vécu la majeure partie de sa vie au Maroc où résident ses parents et sa fratrie, la circonstance qu'il puisse résider chez son oncle sur le territoire français ne suffit pas à conclure à l'existence de liens d'une particulière intensité sur le territoire. Par ailleurs, il ne fait état d'aucune intégration socio-professionnelle et ne conteste pas être défavorablement connu des services de police, a minima, pour achat de stupéfiants. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a pu prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 17 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans et fixant le pays de destination.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. C est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A C, au préfet de l'Hérault et à Me Delchambre.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La magistrate désignée,

A. Lesimple

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 21 mars 2024.

La greffière,

C. Touzet

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