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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401723

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401723

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantSERGENT CHLOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2024, M. B A, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a assigné à résidence à Perpignan pour un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer son passeport, dans un délai de 5 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, faute de justification de délégation régulière du préfet au signataire ;

- l'arrêté est entaché d'erreurs de fait sur sa résidence en France, ses demandes d'asile, ses garanties de représentation, le risque de soustraction à une mesure d'éloignement, et de défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il a manifesté sans équivoque lors de son audition du 24 mars 2024 sa volonté de demander l'asile en France et le préfet n'en a pas tenu compte ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de délai de départ est illégal ;

- son renvoi vers l'Algérie méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire de deux ans repose sur une obligation de quitter le territoire sans délai illégale ;

- elle méconnait les articles L. 612- 6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'assignation à résidence pour un an méconnait les articles L. 731-3 du code et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces, enregistrées le 17 mai 2024, ont été produites pour le préfet des Pyrénées-Orientales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 22 mars 1986, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a assigné à résidence à Perpignan.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté du 21 mars 2024 :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " L'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande d'asile à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément. ". L'article L. 521-7 de ce code dispose : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. / Cette attestation n'est pas délivrée à l'étranger qui demande l'asile à la frontière ou en rétention. ". Aux termes de l'article

R. 521-4 du même code : " Lorsque l'étranger se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () / Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels. ".

4. Il est constant, ainsi qu'il ressort du procès-verbal d'audition de M. A, que lors de son audition par les services de police le 21 mars 2024, il a déclaré ne pas vouloir retourner en Algérie où il indique qu'il " ne se sent pas en sécurité du fait de son origine kabyle et sa religion chrétienne ", et qu'il a ajouté " je veux déposer l'asile en France ". Toutefois, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée que l'autorité administrative aurait examiné cette demande et le préfet ne soutient pas que l'intéressé se trouverait dans l'un des cas où l'attestation prévue à l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourrait lui être refusée. A cet égard, la circonstance qu'il n'ait pas entamé de démarche de régularisation avant son audition par les services de police et n'ait pas réitéré sa demande d'asile après son interpellation est sans incidence sur son droit de se maintenir sur le territoire français dès le moment où il avait manifesté sa volonté de demander l'asile lors de son audition du 21 mars 2024 par les services de police. Par suite, M. A ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant qu'il ne soit statué sur sa demande d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du

21 mars 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales en ce qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai et, par voie de conséquence, en ce qu'il fixe le pays de renvoi, lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'assigne à résidence à Perpignan.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de restituer le passeport de M. A dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été retenu pour une autre cause que la garantie de son départ ordonné par l'arrêté annulé. Par suite, et sous réserve de changement dans les circonstances de droit et de fait, il y a lieu d'ordonner au préfet des Pyrénées-Orientales de restituer le passeport de M. A. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.[BD1]

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. A étant admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que

Me Sergent, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sergent de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 21 mars 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales, sous réserve de changement dans les circonstances de droit et de fait, de restituer le passeport de M. A.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sergent renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sergent, avocate de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions du recours est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sergent, et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré à l'issue de l'audience du 21 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Rabaté, vice-président,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

Le rapporteur,

V. RabatéLe président,

D. Besle

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 juin 2024.

Le greffier,

F. Balicki

[BD1]Je ne comprends pas pourquoi l'annulation ne pourrait pas impliquer la restitution du passeport retenu à seule fin de pouvoir éloigner l'intéressé.

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