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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401763

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401763

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBOURRET MENDEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2024, M. A C représenté par Me Bourret-Mendel, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au titre de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne a décidé sa remise aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne de réexaminer son dossier, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et dans l'attente, de lui remettre une autorisation de séjour provisoire dans un délai de quarante-huit heures à compter du jugement à venir et, au-delà, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 17 du règlement n°604/2013/UE ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 3 avril 2024, le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il expose que la requête est irrecevable et qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés

fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement n°604/2013/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thévenet dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thévenet, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Bourret-Mendel, avocate de M. C qui conclut aux même fins par les mêmes moyens que sa requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 14 mars 1998, de nationalité guinéenne, demande l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision de transfert aux autorités espagnoles :

3. En premier lieu, par arrêté du 12 février 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2024-068, accessible au juge et aux parties, le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D B, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration pour signer, notamment, les arrêtés portant transfert d'un étranger dans le cadre de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, mentionne les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. C et indique avec précision les raisons pour lesquelles le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée en vertu du précédent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France. Il ressort de la lecture de la décision attaquée que le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne a examiné la situation de M. C au regard des dispositions précitées de l'article 17 du règlement n°604/2013, a constaté que sa demande d'asile devait être traitée par l'Espagne où il avait introduit une demande d'asile le 23 octobre 2023, qu'il ne pouvait se prévaloir d'une vie privée et familiale en France et ne souffrait d'aucune pathologie interdisant son transfert en Espagne. Ainsi, le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu son pouvoir d'appréciation en décidant de sa réadmission vers l'Espagne. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les dispositions précitées, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que M. C qui a déclaré être entré en France le 28 décembre 2023, n'établit pas, par le seul fait qu'il parle le français, avoir établi en France le centre de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté ;

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, que les conclusions, en annulation et en injonction, de la requête M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Ces dispositions font obstacle à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A C, au préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, et à Me Bourret-Mendel.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le magistrat désigné,

F. Thévenet

Le greffier,

D. Martinier La République mande et ordonne au préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 avril 2024.

Le greffier,

D. Martinier

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