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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401777

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401777

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBALESTIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, M. A C, représenté par Me Balestie, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 25 mars 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) dès lors qu'il justifie avoir obtenu un certificat de résidence en Espagne de sorte que le préfet devait prendre une décision de remise vers cet Etat.

la décision portant interdiction de retour d'une durée de trois ans :

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle ferait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en Espagne.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lauranson, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lauranson ;

- les observations de Me Balestie pour M. A C, présent à l'audience, en présence de M. E, interprète, qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 28 juillet 1990 à Khemisset, de nationalité marocaine, a été interpellé sur le territoire français par les services de la police aux frontières des Pyrénées-Orientales le 24 mars 2024. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du même jour l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. D B, directeur de la citoyenneté et de la migration au sein de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Ce dernier a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 6 novembre 2023, publié le 9 novembre 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.

4. Si M. C soutient que la décision méconnaît l'article L. 621-1 du CESEDA dès lors qu'il justifie avoir obtenu un certificat de résidence en Espagne de sorte que le préfet devait prendre une décision de remise vers cet Etat, il ne produit aucun document de séjour établissant qu'il serait autorisé à y résider régulièrement, ce qui est confirmé par les services de la police espagnole du centre de coopération policière et douanière d'Hendaye. Par suite le préfet des Pyrénées-Orientales pouvait régulièrement prendre une obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du CESEDA.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

5. Le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire est écarté compte tenu de ce qui précède.

6. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

7. M. C ne justifie, à part sa sœur, d'aucun autre lien personnel et familial en France et a déjà fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire en 2012 et 2020. Par ailleurs, il a été condamné à deux mois d'emprisonnement par jugement du tribunal correctionnel de Montpellier du 14 décembre 2020 pour des faits de " pénétration non autorisée sur le territoire national après interdiction administrative du territoire ". Dans ces conditions, l'interdiction de retour d'une durée de trois ans n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

8. Aux termes de l'article 11 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " 1. Les décisions de retour sont assorties d'une interdiction d'entrée : / a) si aucun délai n'a été accordé pour le départ volontaire, ou / b) si l'obligation de retour n'a pas été respectée. / Dans les autres cas, les décisions de retour peuvent être assorties d'une interdiction d'entrée. / 2. La durée de l'interdiction d'entrée est fixée en tenant dûment compte de toutes les circonstances propres à chaque cas et ne dépasse pas cinq ans en principe () ".

9. Si M. C soutient que l'interdiction de retour en litige d'une durée de trois ans constitue une interdiction sur l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée, compte tenu de son inscription automatique dans le système d'information Schengen et l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour dans un autre Etat, ces dispositions n'imposent pas que la situation de l'étranger, à l'encontre duquel une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français est envisagée, soit appréciée par l'autorité administrative au regard du territoire de l'ensemble des Etats membres de l'espace Schengen au lieu du seul territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

11. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Balestie et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Le magistrat désigné,La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 3 avril 2024.

La greffière,

C. Touzet

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