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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401876

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401876

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSERGENT CHLOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, M. A C, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les trois jours suivant cette notification ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande sous la même astreinte à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas démontrée ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'erreur de fait ;

- elles sont entachées d'erreur de droit au regard des articles L. 422-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation étant donné son parcours universitaire et les raisons de ses échecs ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne sa vie privée et familiale et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation étant donné sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'erreur de fait, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 1er mars 2024, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gabonais né le 14 juin 1997, est entré en France le 27 août 2018 sous couvert d'un visa de long séjour et a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, renouvelé jusqu'au 30 novembre 2023. Le 5 octobre 2023, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 décembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. La décision litigieuse est signée, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, qui a reçu délégation par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, aux fins de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales à l'exception des réquisitions de la force armée et des arrêtés portant élévation de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales s'est livré à un examen réel et complet de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit tenant à l'absence d'examen sérieux de la situation de M. C doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise susvisée : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ".

5. D'une part, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables aux ressortissants gabonais qui sollicitent un titre de séjour en qualité d'étudiant, dont la situation est régie par la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à M. C le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur le fait que, durant ses cinq années d'études universitaires, si le requérant a validé, au titre des années 2018-2019 et 2019-2020, un master 1 puis un master 2 " Droit comparé " à l'université de Perpignan, il a, par la suite, été ajourné à trois reprises au concours d'entrée à l'école d'avocat puis s'est inscrit en diplôme universitaire " Contentieux du travail " à l'université de Toulouse Capitole au titre de l'année 2023-2024 et que, n'ayant validé que deux années de formation en cinq ans, il ne justifie pas d'une progression suffisante dans ses études. Si le requérant fait valoir que son ajournement en septembre 2021 résulte du contexte particulier lié la pandémie de Covid-19 dès lors que, s'étant rendu au Gabon, il n'a pas pu revenir en France, en raison de la fermeture des frontières, pour se présenter aux épreuves d'entrée à l'école des avocats prévues du 13 au 17 septembre 2021, il a toutefois échoué par la suite, à deux reprises, à ces mêmes épreuves et, s'il indique que son inscription en diplôme universitaire " Contentieux du travail " s'inscrit dans une volonté de maximiser ses chances d'insertion sur le marché de l'emploi, il ressort des pièces du dossier que cette formation ne comporte que 120 heures de cours, sur une période de six mois seulement et peut, en outre, être dispensée à distance. Au vu de ces éléments, c'est sans commettre d'erreur de fait, de droit ou d'appréciation, que le préfet a refusé de renouveler le titre de séjour " étudiant " de M. C.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. C se prévaut de l'ancienneté de ses attaches privées sur le territoire français. Toutefois, ayant été autorisé à séjourner en France pour y poursuivre ses études, il n'a donc pas vocation à y résider durablement et il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant, et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Les circonstances qu'il maîtrise la langue française et qu'il dispose des ressources financières pour se maintenir sur le territoire ne sauraient démontrer une intégration particulière en France. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à invoquer une atteinte qui serait portée à sa vie privée et familiale ni une erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

9. En vertu de ces dispositions, le délai de trente jours constitue le délai de départ de droit commun pour l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français. Dès lors que M. C ne justifie pas de motifs exceptionnels qui auraient pu justifier l'octroi d'un délai supérieur, le préfet des Pyrénées-Orientales a, à bon droit, fixé à trente jours le délai imparti au requérant pour quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Marc Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024

La présidente-rapporteure,

S. BL'assesseure la plus ancienne,

D. Teuly-DesportesLa greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 juin 2024

La greffière,

L. Rocher0dl

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