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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401895

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401895

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantMESANS CONTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2024, M. C B, représenté par Me Mesans Conti, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- l'auteur de l'obligation de quitter le territoire et de l'interdiction de retour est incompétent ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par la voie de l'exception étant fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Doumergue, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 avril 2024 :

- le rapport de Mme Doumergue ;

- les observations de Me Mesans Conti, représentant M. B qui reprend les conclusions et les moyens développés dans la requête et précise que l'argumentation du préfet sur la vie privée et familiale de M. B est contradictoire et qu'il n'existe pas de décision du 20 août 2018 à laquelle il ne se serait pas conformé ;

- et les observations de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 16 novembre 1977, est entré sur le territoire français en 2011 selon ses allégations. Par un arrêté du 28 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a pris une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté du 28 mars 2024.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. A D, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, conformément à la délégation de signature qui lui a été consentie par le préfet des Bouches-du-Rhône par arrêté du 22 mars 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Par suite le moyen, tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. A l'appui de sa requête, M. B n'a produit aucun élément permettant d'établir qu'il vivrait régulièrement sur le territoire français depuis l'année 2011, alors qu'il a fait l'objet de trois décisions de réadmission vers l'Italie par des arrêtés du 17 décembre 2014, du 7 février 2015 et du 20 janvier 2018. M. B a déclaré être célibataire, sans enfant, avoir sa famille en Tunisie et ne pas connaitre son adresse en France. Dès lors c'est sans méconnaitre les dispositions et stipulations précitées que le préfet a pu prendre à son encontre une décision d'éloignement.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;

() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il existait un risque que M. B se soustraie à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la circonstance que le comportement de M. B ne constituerait pas une menace pour l'ordre public est inopérante. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas fourni son passeport, n'a pas déclaré d'adresse et s'est soustraie à une précédente mesure de réadmission vers l'Italie datée du 20 janvier 2018, ces circonstances permettant de regarder comme établi le risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas inexactement qualifié les faits de l'espèce en refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire.

10. En dernier lieu, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté contesté, n'implique pas le réexamen de la situation de M. B. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de prendre une telle mesure doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Mesans Conti.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 avril 2024.

La magistrate désignée,

C. DoumergueLe greffier,

D. Martinier La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 avril 2024.

Le greffier,

D. Martinier

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