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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402022

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402022

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantDELCHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2024, M. A C, représenté par Me Delchambre, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de son entier dossier ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- le préfet a commis une erreur de qualification juridique des faits, son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il s'agit de la première mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen des critères énoncés par l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Viallet, conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Delchambre, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et fait valoir que l'intéressé est arrivé en France en 2018 et serait isolé dans son pays d'origine dès lors que ses parents et ses frères et sœurs sont décédés ;

- et les observations de M. C, assisté de M. D, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 15 juin 2003 déclare être présent en France depuis l'hiver 2018. Par sa requête il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la communication au requérant de son entier dossier :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales a communiqué au tribunal l'ensemble des pièces sur la base desquelles a été pris l'arrêté contesté et que ces productions ont été communiquées au requérant. Dans ces conditions, les conclusions de ce dernier tendant à obtenir son dossier ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

5. Il y a lieu en l'espèce d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. E B, directeur de la citoyenneté et de la migration au sein de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Ce dernier a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 22 février 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () "

8. Pour faire obligation à M. C de quitter le territoire français, il ressort des pièces du dossier et des termes de la décision attaquée que le préfet s'est fondé uniquement sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, l'intéressé ne justifiant pas de la régularité de son entrée et de son séjour en France. L'arrêté précise également que son comportement représente un trouble à l'ordre public, M. C ayant été interpellé et placé en garde à vue le 4 avril 2024 pour des faits de recel de biens, l'interrogation du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) révélant qu'il est connu sous deux identités pour des faits de vol à l'étalage signalés à Perpignan les 17 avril et 14 juin 2019. Dans ces conditions, à supposer même que son comportement ne serait pas constitutif d'une menace à l'ordre public, il résulte de ce qui vient d'être dit que le préfet a prononcé la mesure d'éloignement en litige en se fondant sur l'irrégularité de son entrée et de son séjour en France prévue par le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".;

10. Si le requérant fait valoir qu'il s'agit de la première mesure d'éloignement dont il fait l'objet, cette circonstance est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision contestée dès lors qu'il ressort des termes même de l'arrêté que le préfet ne s'est pas fondé sur le 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur les dispositions du 1° et du 8° de cet article, dès lors que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en ne lui accordant pas de délai de départ volontaire le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L.612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

12. Pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet, qui vise les dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a notamment tenu compte du fait que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis son entrée en France sans avoir sollicité de titre de séjour, ne justifie d'aucune attache réelle sur le territoire et n'apparaît nullement inséré socialement en France, son comportement représentant pas ailleurs un trouble à l'ordre public. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée et le préfet a examiné la situation du requérant au regard des critères prévus par la loi. Ainsi, bien qu'il s'agisse de la première mesure d'éloignement dont il fait l'objet, et à supposer même que son comportement ne serait pas constitutif d'une menace à l'ordre public, le requérant, qui ne fait pas état de circonstances humanitaires, n'est pas fondé à soutenir que la durée de l'interdiction de retour, ainsi fixée à deux ans, serait disproportionnée et entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite les moyens dirigés contre cette décision doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de du préfet des Pyrénées-Orientales du 5 avril 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Delchambre.

Lu en audience publique le 10 avril 2024.

La magistrate désignée,

ML. Viallet

Le greffier

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 11 avril 2024

Le greffier

D. Martinier

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