mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SERGENT CHLOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 avril et le 2 mai 2024, M. B A, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé, dans le cadre d'une demande de changement de statut, de lui délivrer le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qu'il sollicitait et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans le délai de quinze suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, dans un délai de deux jours suivant cette même notification, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation, dans le délai de 2 mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant au séjour et au travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'arrêté contesté :
- faute de disposer d'une délégation régulièrement publiée, l'auteur de cet arrêté n'était pas habilité à le signer ;
Sur le refus de titre de séjour :
- il a été irrégulièrement convoqué par l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ce qui entache le refus de titre contesté d'un vice de procédure ;
- l'avis du collège de médecins de l'OFII n'a pas été produit par le préfet des Pyrénées-Orientales ;
- le préfet des Pyrénées-Orientales ne justifie pas de la transmission par le médecin instructeur du rapport médical au collège de médecins de l'OFII conformément à l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'apporte pas davantage la preuve que le médecin instructeur n'aurait pas siégé dans le collège d'experts conformément à l'article 425-13 du même code ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- il soulève les mêmes moyens que ceux présentés contre le refus de titre de séjour ;
- la mesure d'éloignement méconnaît également les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de droit commun :
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Des pièces ont été produites, le 26 avril 2024, par l'OFII, en réponse à une mesure d'instruction, adressée le 22 avril 2024.
Le 6 mai 2024, l'OFII a présenté des observations.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Teuly-Desportes a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, né en 1996, est entré régulièrement en France le 1er septembre 2016, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " et valant titre de séjour. Son titre de séjour a été renouvelé du 1er septembre 2017 au 8 décembre 2023. Le 18 juillet 2023, invoquant son état de santé, l'intéressé a sollicité un changement de statut pour obtenir un titre portant la mention " vie privée et familiale " ou son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 14 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté ses demandes d'admission au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. Par un avis du 24 octobre 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que si le défaut de prise en charge de la pathologie neurologique de M. A devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourrait cependant bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
5. M. A, âgé de 27 ans, est atteint d'une maladie rare, dénommée ataxie spinocérébelleuse de type 7, qui a évolué subitement en 2022 et induit des pathologies associées, à savoir une cécité totale, une diminution substantielle de l'audition et une perte progressive des fonctions motrices. Les certificats médicaux, dont certains sont postérieurs à l'arrêté contesté mais portent sur un état de santé nécessairement antérieur, que le requérant a versés au dossier sont précis et concordants et émanent de médecins spécialistes exerçant respectivement au sein du centre hospitalier de Perpignan, du centre hospitalier universitaire de Montpellier et d'un établissement de santé à Casablanca. Il ressort de l'ensemble de ces pièces que, si aucun traitement curatif de l'affection neurologique dont souffre M. A n'existe à ce jour, la complexité et la spécificité de cette maladie nécessitent un suivi pluridisciplinaire et une surveillance fonctionnelle non disponible au Maroc, au regard du défaut de centre médicaux spécialisés, et que l'arrêt de cette prise en charge très spécialisée exposerait le requérant à des complications fonctionnelles d'une exceptionnelle gravité. Le préfet n'a présenté aucune observation sur ce point. Par ailleurs, en réponse à la mesure d'instruction qui lui a été adressée, le 22 avril 2024, l'OFII s'est borné, dans un premier temps, à produire le rapport médical confidentiel puis à indiquer que les médecins du collège ont eu accès aux fiches médicales du portail MedCOI pour conclure à la disponibilité du suivi au Maroc au regard de structures sanitaires existantes sans prendre en compte la spécificité d'un tel suivi. Dans ces conditions, M. A établit qu'il ne peut bénéficier au Maroc de la prise en charge pluridisciplinaire spécifique, appropriée à la gravité de son état de santé. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales, en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour portant la mention " voie privée et familiale " et, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, qui se trouvent par là même dépourvues de fondement juridique.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Pyrénées-Orientales délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Sergent, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur ce fondement.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Sergent, avocate de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sergent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré à l'issue de l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
M. Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,
D. Teuly-Desportes
La greffière,
C. Arce
La présidente,
S. Encontre
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Montpellier, le 18 juin 2024
C. Arce
N°2402029
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026