lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402124 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ROSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 avril et 3 mai 2024, Mme B D, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui accorder le titre de séjour sollicité au titre de sa vie privée et familiale ou en qualité de salariée, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, si besoin sous astreinte, et, subsidiairement, d'enjoindre à cette autorité de procéder au réexamen de sa situation et d'ordonner la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Rosé au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a appliqué les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables aux ressortissants marocains sans faire application de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de la portée de l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2021 par l'arrêt du 21 novembre 2023 de la cour administrative d'appel de Toulouse ;
- le préfet ne pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour salarié sans examiner sa situation de travail au regard de l'annulation par la cour administrative d'appel de la décision du 11 octobre 2021 ;
- le préfet a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation au regard de son activité salariée ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision est privée de base légale ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision est privée de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- une substitution de base légale doit être faite au profit des articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain en lieu et place des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corneloup ;
- et les observations de Me Rosé, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, de nationalité marocaine, née le 3 juillet 1992, s'est mariée le 3 février 2017 au Maroc avec M. A E, de nationalité française. La requérante est entrée en France le 23 septembre 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour mention " conjointe de français " valable du 11 septembre 2017 au 11 septembre 2018. Elle a obtenu, le 4 décembre 2018, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " conjointe de français " valable du 12 septembre 2018 au 11 septembre 2020. Le 29 septembre 2020, Mme D a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 11 octobre 2021, le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français. Par un jugement du 30 décembre 2021, ce tribunal a confirmé cette décision. Par un arrêt du 21 novembre 2023, la cour administrative d'appel de Toulouse a annulé l'arrêté préfectoral du 11 octobre 2021 avec injonction au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme D en qualité de salariée. Par un arrêté du 27 décembre 2023, le préfet de l'Hérault a, à nouveau, refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme D demande l'annulation de cet arrêté du 27 décembre 2023.
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Par un arrêté n° 2023-10-DRCL-477 du 9 octobre 2023, régulièrement publié, M. C a reçu par délégation du préfet compétence pour signer les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision prononcée. S'il est fait référence, dans les motifs de la décision attaquée, aux articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lieu et place des articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain applicable à la requérante, il ressort des termes mêmes de l'ensemble de la décision que cette erreur de plume, dès lors que l'accord franco-marocain est visé dans l'arrêté litigieux, n'a pas eu d'influence sur l'appréciation portée par le préfet de l'Hérault sur la situation de travail de Mme D pour lui opposer un refus de titre de séjour " salarié ". Par suite, et sans qu'il soit nécessaire de procéder à la substitution de base légale sollicitée par le préfet de l'Hérault, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
4. En deuxième lieu, par un arrêt du 21 novembre 2023, la cour administrative d'appel de Toulouse a annulé l'arrêté du 11 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme D et a enjoint à cette autorité de procéder au réexamen de sa demande en qualité de salariée. En exécution de cet arrêt, le préfet de l'Hérault, par un arrêté du 27 décembre 2023, a de nouveau refusé à Mme D la délivrance du titre de séjour sollicité. Mme D soutient qu'à la suite de l'annulation de la décision du 11 octobre 2021 lui ayant refusé le renouvellement de son titre de séjour, elle devait être replacée dans la situation qui aurait été la sienne en l'absence de l'illégalité commise. Toutefois, c'est à bon droit que le préfet a apprécié la situation de Mme D à la date de son réexamen en exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Toulouse. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande, Mme D a produit une attestation de la société EGN Hôtellerie en date du 12 décembre 2023 qui mentionne que le contrat a été suspendu le 2 novembre 2021. Si elle joint également un contrat à durée déterminée, en tant qu'agent de nettoyage à temps partiel, du 20 janvier 2022 au 6 septembre 2023, celui-ci n'a pas fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail par la société Multi-Services. Par suite, il est constant que Mme D ne remplissait pas, dans ces circonstances, à la date de son réexamen, les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de " salariée ". C'est dès lors sans commettre d'erreur de droit que le préfet a refusé de délivrer à Mme D un titre de séjour " salariée ".
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait en l'espèce méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. " Il résulte de l'instruction que Mme D, âgée de 31 ans, est divorcée et sans enfant. Si elle fait valoir qu'elle est bénévole au sein d'une association humanitaire à Montpellier, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer qu'elle a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux de manière stable et durable en France alors qu'elle ne se trouve pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, son frère et ses deux sœurs. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait, en prenant la décision de refus de séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de faits qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français et n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte par rapport au refus de titre de séjour en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale doit être écarté.
9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés aux points 4 et 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2023 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B D, au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Sophie Crampe, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024
La Présidente-rapporteure,
F. Corneloup
L'assesseure la plus ancienne,
S. Crampe
La greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 juin 2024.
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026