lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402125 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ROSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. D, représenté par Me Rosé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le Kosovo en tant que pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Contre la décision de refus de séjour :
- l'auteur de l'acte est incompétent à défaut de produire une délégation comprenant les décisions en litige ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a considéré à tort qu'il n'entrait pas dans le champ de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de motivation en droit ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Contre la décision d'interdiction de retour d'une durée d'un an :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car le préfet n'a pas tenu compte de son séjour depuis cinq ans en France auprès de sa compagne ;
Contre la décision fixant la république du Kosovo comme pays de destination :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Crampe, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crampe, rapporteure,
- les observations de Me Rosé, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant kosovar né le 1er février 1982, demande au tribunal l'annulation des décisions du 18 décembre 2023 par lesquelles le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à la frontière ainsi que la décision par laquelle il lui est fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son entier :
2. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général. Par arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, produit aux débats, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. C, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault sous réserve d'exceptions n'incluant pas les décisions en litige. Alors que l'arrêté prévoit expressément que sont notamment concernés tous les actes relatifs au séjour et à la police des étrangers, cette délégation habilitait M. C à signer l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
5. A l'exception d'une attestation de vie commune émise par Mme A le 12 décembre 2022, aucun élément du dossier ne permet d'accréditer une communauté de vie, ni même une relation sentimentale, entre M. D et celle qu'il désigne comme sa compagne depuis cinq ans. A l'inverse, la quittance qu'il verse au dossier, datée du 6 mars 2023, le domicilie auprès de l'association ISSUE et l'adresse donnée aux services du préfet figurant sur la décision attaquée auprès du CCAS (centre communal d'action sociale). Les rares pièces produites, soit une attestation de fonction bénévole et 5 documents médicaux s'étalant entre 2019 et 2022 n'attestent pas même d'un séjour habituel en France depuis cinq ans. Ainsi, alors même que M. D a œuvré bénévolement auprès de l'association " projet citoyen " entre 2019 et 2021, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la vie privée et familiale du requérant que le préfet de l'Hérault a refusé le titre de séjour sollicité.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
7. Pour les mêmes motifs exposés au point 5, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a considéré que M. D n'entrait pas dans le champ de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision en litige contient le visa du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit l'hypothèse permettant au préfet d'obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Elle comprend donc la motivation en droit de l'obligation de quitter le territoire français faite à M. D.
9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points qui précèdent que le refus de séjour opposé à M. D n'est pas illégal. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit ainsi être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. Ainsi qu'exposé au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D entretienne une communauté de vie avec Mme A, ressortissante albanaise résidant régulièrement en France.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour d'une durée d'un an :
12. Il résulte de ce qui a été exposé aux points qui précèdent que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'interdiction de retour d'une durée d'un an par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit ainsi être écarté.
13. Ainsi qu'exposé aux points qui précèdent, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D ait transféré ses intérêts privées et familiaux en France auprès de Mme A et les enfants de cette dernière depuis cinq ans, et c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision que le préfet de l'Hérault a édicté une interdiction de retour sur le territoire français en fixant à un an sa durée de retour.
En ce qui concerne la décision fixant la république du Kosovo comme pays de destination :
14. Il résulte de ce qui a été exposé aux points qui précèdent que les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie d'exception de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français doit ainsi être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de M. D doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celle tenant à l'allocation de frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Corneloup, présidente,
Mme Crampe, première conseillère,
M. Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La rapporteure,
S. Crampe
La présidente,
F. CorneloupLa greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 juin 2024.
La greffière,
A. Junon
N°2402125
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026