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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402148

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402148

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantTOUMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 avril 2024 et le 6 mai 2024, M. D A, représenté par Me Toumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

*la décision portant refus de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un vice de procédure faute de démontrer une évolution de prise en charge de sa pathologie et de communication de l'entier dossier médical ;

- méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien en ce qui concerne son état de santé et l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Toumi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 14 septembre 1993 et de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français le 15 mai 2021 sans visa à l'âge de 28 ans. Il a obtenu un titre de séjour en qualité d'étranger malade du 15 novembre 2022 au 14 novembre 2023. Il a sollicité le 12 octobre 2023 le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 4 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, produit aux débats, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault sous réserve d'exceptions n'incluant pas les décisions en litige. Alors que l'arrêté prévoit expressément que sont notamment concernés tous les actes relatifs au séjour et à la police des étrangers, cette délégation, qui n'est pas trop générale, habilitait M. C à signer l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et le dossier médical de M. A ont été transmis par le préfet de l'Hérault en cours de procédure. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : /() / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". En vertu de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi. En outre, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

6. M. A, qui a levé le secret médical, indique souffrir d'une maladie génétique rare, une myopathie des ceintures " gamma-sarcoglycanopathie " conduisant à une atrophie des muscles des membres inférieurs et supérieurs, le contraignant notamment à se déplacer en fauteuil et d'être assisté pour les actes de la vie courante et provoquant une insuffisance cardiaque et respiratoire. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. A, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 janvier 2024 dont il ressort que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins dans son pays d'origine, il pourra bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si le requérant produit des certificats médicaux justifiant de sa situation médicale, il n'en ressort pas que les soins dont a besoin M. A, à savoir une assistance à tierce personne de 7 h à 12h30, puis de 16h30 à 17h30 et de 21h à 7h, une surveillance annuelle, une prise en charge orthopédique et des aides techniques, ne seraient pas disponibles en Algérie, pays dans lequel il a d'ailleurs vécu jusqu'à son arrivée récente sur le territoire français. Par ailleurs, pour contester cet avis, M. A ne peut se prévaloir d'une meilleure prise en charge médicale en France qu'elle ne le serait en Algérie ou de la perte des aides sociales. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des stipulations précitées doit être écarté.

7. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D A, à Me Toumi et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

N. B

Le président,

F. CorneloupLa greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 20 juin 2024.

La greffière,

A. Junon

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