mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402258 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, Mme B C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a interdite de retourner sur le territoire français pour une durée de 3 ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Ruffel au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, sinon à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- L'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- La décision portant obligation de quitter le territoire français révèle un défaut d'examen sérieux ;
- Elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- La décision fixant le pays de destination méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- La décision interdisant de retourner sur le territoire français d'une durée de trois ans n'est pas justifiée ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,
- et les observations de Me Brulé, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante gabonaise née le 21 septembre 1994, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a interdite de retourner sur le territoire français pour une durée de 3 ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. A, directeur de cabinet de la préfète de l'Allier, lequel bénéficie, en vertu d'un arrêté du 28 juin 2023 de la préfète de l'Allier, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier, dont les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, si la requérante fait valoir que la préfète n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle, il ressort des termes de son arrêté qu'elle a indiqué que l'intéressée était entrée régulièrement en France le 13 septembre 2018 pour y poursuivre des études pour lesquelles elle a obtenu un titre de séjour jusqu'au 5 décembre 2023, qu'elle est depuis en situation irrégulière, qu'elle vit en couple et sans enfant. Si la requérante reproche à la préfète de ne pas avoir préciser certains éléments de sa situation personnelle, dont la nationalité de son conjoint, cette dernière n'était pas tenue de les reprendre de façon exhaustive. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre ou à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Si Mme C fait valoir qu'elle est entrée en France en 2018 pour y poursuivre des études qui l'ont conduite à obtenir un master II, sans toutefois le prouver, et qu'elle vit avec un ressortissant togolais, en situation régulière, depuis janvier 2023, elle n'apporte aucun justificatif à l'appui de ses allégations, notamment quant à l'existence sinon la durée de sa relation avec son conjoint. Si elle a séjourné de façon régulière pour y poursuivre des études, elle n'avait pas vocation à rester ensuite sur le territoire national. Enfin, alors même que son conjoint serait de nationalité togolaise, une telle circonstance ne serait pas de nature à empêcher que leur relation se poursuive au Gabon, pays dans lequel Mme C n'est pas dénuée d'attaches familiales et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Dans ces conditions, la préfète de l'Allier n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant les décisions querellées et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, au vu de ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaitrait l'article 8 de la convention précitée.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code des étrangers et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
9. En l'espèce, si la préfète de l'Allier indique que la requérante se maintient irrégulièrement en France, ne justifie pas de liens personnels et familiaux suffisamment stables en France et qu'elle a déclaré s'opposer à un retour dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a néanmoins séjourné régulièrement en France pendant une période de cinq ans, n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et il n'est pas contesté qu'elle ne présente aucune menace à l'ordre public. Dans ces conditions, en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à trois ans, la préfète de l'Allier a commis une erreur d'appréciation. Il y a lieu, par suite, de prononcer l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'annulation de la seule décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante peuvent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de la requérante présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la préfète de l'Allier et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pastor, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le président-rapporteur,
J-Ph. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,
I. Pastor
La greffière,
E. Tournier
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 juin 2024.
La greffière,
E. Tournier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026