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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402309

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402309

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL BLANC - TARDIVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2024, M. B D, la société Viclo et M. A E, représentés par la SELARL Blanc-Tardivel, demandent au tribunal :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° DP 034 146 24 M0007 du 13 mars 2024 par lequel le maire de la commune de Lunel-Viel a fait opposition à la déclaration préalable de travaux pour la création d'un logement dans un bâtiment existant, la suppression d'une partie de la clôture Est, la modification d'un percement sur la façade ouest, sur un terrain sis 85 rue des Amoureux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lunel-Viel de réexaminer la demande enregistrée sous le n° DP 034 146 24 M0007 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lunel-Viel une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite au regard des implications financières et du surcoût occasionné par la décision litigieuse ; en outre, il y a urgence pour M. E qui a signé une promesse d'achat pour le bien objet de la décision d'opposition contestée ;

- la demande de pièces complémentaires adressée par la commune, qui procédait d'une application inexacte des dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, n'a pu ni interrompre ni modifier le délai d'instruction de la déclaration préalable ; il disposait en conséquence d'une décision de non-opposition tacite dès le 20 février 2024 et la décision attaquée doit être regardée comme un retrait d'une décision créatrice de droit ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne à tort que le tènement de propriété a été divisé en trois lots, dont un à bâtir et qu'il y aura donc deux lots supplémentaires desservis par la rue des Amoureux ;

- la commune ne pouvait légalement se fonder sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour s'opposer à la déclaration préalable dès lors que le projet n'est pas de nature à porter atteinte à la sécurité publique ;

- la commune ne pouvait légalement se fonder sur l'article UA3 du règlement du plan local d'urbanisme pour s'opposer à la déclaration préalable dès lors que la suppression de la clôture n'a pas pour effet de modifier l'accès existant ;

- la commune ne pouvait légalement se fonder sur l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme pour soutenir qu'un permis d'aménager aurait dû être déposé pour la division du tènement de propriété, dès lors que le projet ne constitue pas un lotissement.

La commune de Lunel-Viel, à qui la requête a été communiquée le 20 avril 2024, n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- la requête enregistrée le 27 mars 2024 sous le n° 2401818 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 à 14 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- les observations de Me Blanc, représentant M. D, en présence de celui-ci, qui persiste dans ses écritures par les mêmes moyens. Il précise ne présenter sa demande de réexamen que si le juge des référés ne lui reconnaît pas l'existence d'une décision tacite ;

- la commune de Lunel-Viel n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a déposé le 20 janvier 2024 une déclaration préalable de travaux pour la création d'un logement dans un bâtiment existant, la suppression d'une partie de la clôture Est, la modification d'un percement sur la façade ouest, sur un terrain de 395 m² situé 85 rue des Amoureux, parcelles cadastrées AI n°442 et n°445. Par arrêté du 13 mars 2024, le maire de la commune de Lunel-Viel a fait opposition à cette déclaration préalable de travaux. Par la présente requête, M. D sollicite du juge des référés la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la société Viclo dont M. D est le président a, pour financer le projet litigieux, emprunté auprès de la société La première brique, dont il s'est porté caution, la somme de 400 000 euros avec un taux d'intérêt de 11,25% par an, comportant des mensualités de 3 750 euros. En l'absence d'autre projet immobilier qui serait susceptible d'apporter à M. D des revenus, la survie financière de la société Viclo et la poursuite de son activité doivent être regardées comme compromises à brève échéance. Dans ces conditions, eu égard aux implications financières et au surcoût occasionné par la décision litigieuse, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, en l'espèce, être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision :

4. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les () déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés (). ". Aux termes de l'article R. 423-18 de ce code : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : / a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; () ". Aux termes de son article R. 423-19 : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de son article R. 423-23 : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de son article R. 424-1 : " À défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". L'article R. 424-10 du même code dispose que : " La décision () s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal, ou, dans les cas prévus à l'article R. 423-48, par échange électronique ". Aux termes de l'article R. 423-41 du même code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R. 423-23 à R. 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R. 423-42 à R. 423-49. ".

5. D'autre part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 121-2 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, le retrait d'une décision créatrice de droit doit être en principe précédé d'une procédure contradictoire.

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré du vice de procédure dont se trouve entaché l'arrêté attaqué qui procède au retrait sans procédure contradictoire préalable d'une décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable de travaux en raison du caractère irrégulier de la demande de pièces complémentaires est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté. Sont également propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision en litige, de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme, de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. M. D devant être regardé comme ayant été bénéficiaire, à l'échéance du délai d'instruction de son dossier, d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à ce que soit enjoint à la commune de Lunel-Viel de réexaminer la demande enregistrée sous le n° DP 034 146 24 M0007.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° DP 034 146 24 M0007 du 13 mars 2024 par lequel le maire de la commune de Lunel-Viel a fait opposition à la déclaration préalable de travaux pour la création d'un logement dans un bâtiment existant, la suppression d'une partie de la clôture Est, la modification d'un percement sur la façade ouest sur un terrain sis 85 rue des Amoureux est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et à la commune de Lunel-Viel.

Fait à Montpellier, le 21 mai 2024.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 mai 2024

La greffière,

M. C

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