mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402429 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | MESANS CONTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire enregistrée le 25 avril 2024, M. A C, actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone, représenté par Me Mesans Conti, demande au tribunal d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté n° 24.066 en date du 16 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.
La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rousseau pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau, magistrat désigné, qui souligne que le recours sommaire de M. B est dépourvu de moyens ;
- les observations de Me Mesans Conti, avocat, représentant M. B, présent à l'audience ; il conclut aux mêmes fins que la requête et expose que la procédure est entachée d'irrégularité dès lors que son client qui ne comprend ni ne parle le français n'a pas bénéficié du concours d'un interprète aussi bien dans le cadre du recours qu'il a formé depuis le centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone que dans le cadre de la présente instance, que la préfecture n'a communiqué aucun élément de la procédure, qu'il est père de deux enfants français, que la décision d'éloignement méconnait le droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les observations orales de M. B qui indique avoir travaillé de 2009 à 2015 en qualité de peintre puis à partir de 2016 comme livreur de poisson, qu'il n'est pas en mesure de justifier ces emplois dès lors que les papiers ont été conservés par sa femme ;
- le préfet de l'Hérault, régulièrement convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales du requérant en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant égyptien né le 9 février 1971, a été condamné, par un jugement du 13 octobre 2021 du tribunal judiciaire de Grenoble à cinq mois d'emprisonnement, assorti d'un sursis probatoire de deux ans pour des faits de violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieur à 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et envois réitérés de messages malveillants émis par la voie des communications électroniques. Écroué depuis le 16 janvier 2024 au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone suite à la révocation totale de son sursis probatoire par un jugement du 16 janvier 2024 du juge de l'application des peines du tribunal judiciaire de Montpellier, le préfet de l'Hérault par un arrêté du 16 avril 2024 l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la compétence du magistrat désigné :
2. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ". M. B, incarcéré au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone a reçu notification le 25 avril 2024 de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 16 avril 2024. Sa libération est prévue le 6 juin 2024, soit avant que le juge ne statue sur sa requête. Il y a donc lieu de juger l'affaire selon la procédure prévue par les dispositions précitées.
Sur la demande d'assistance d'un interprète :
3. Aux termes de l'article R. 776-23 du code de justice administrative : " Dans le cas où l'étranger, qui ne parle pas suffisamment la langue française, le demande, le président nomme un interprète qui doit prêter serment d'apporter son concours à la justice en son honneur et en sa conscience. Cette demande peut être formulée dès le dépôt de la requête introductive d'instance. Lors de l'enregistrement de la requête, le greffe informe au besoin l'intéressé de la possibilité de présenter une telle demande ". Il appartient au président du tribunal ou au magistrat délégué par lui d'apprécier si l'intéressé est en mesure de comprendre et de s'exprimer suffisamment en français.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été notifié à M. B avec l'aide d'un interprète en langue arabe par voie téléphonique. Le requérant ne saurait utilement se prévaloir de l'absence d'assistance d'un interprète lorsqu'il a rédigé son recours au centre de détention, cette circonstance étant sans incidence sur la présente instance. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié de cartes de séjour temporaires portant la mention vie privée et familiale entre le 4 décembre 2009 et le 3 décembre 2012 en qualité de conjoint de française et a ensuite obtenu une carte de résident valable du 4 décembre 2012 au 3 décembre 2022. Il ne saurait être regardé, eu égard à la longue durée de son séjour en France, comme un ressortissant étranger ne parlant pas suffisamment la langue française au sens des dispositions précitées. M. B, qui n'a pas sollicité l'assistance d'un interprète avant la tenue de l'audience publique alors qu'il a été préalablement informé de cette possibilité dans la convocation à l'audience, a pu s'entretenir avec son conseil et rien ne s'opposait à ce que le requérant puisse, en quelques mots simples et selon son niveau de connaissance du français, faire valoir des arguments au soutien de sa requête et la compléter utilement de moyens. D'ailleurs, interrogé à l'audience, malgré un français approximatif et des observations très succinctes, il a été à même de répondre et formuler des observations sur son activité professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure faute d'avoir bénéficié de l'assistance d'un interprète doit être écarté.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
5. Il résulte du recours sommaire et des observations orales à l'audience, que M. B, représenté par son conseil, ne conteste que la seule décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui a été édictée à son encontre.
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
7. M. B a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours édicté par un arrêté du préfet de l'Isère du 25 février 2022, étant précisé qu'aucune disposition législative ou réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit qu'une obligation de quitter le territoire français perde son caractère exécutoire à l'expiration du délai d'un an suivant son édiction. Ainsi, l'intéressé entre dans le cas visé au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français.
8. Il ressort également des termes de l'arrêté contesté, suffisamment motivé en droit et en fait, que le refus de délai de départ volontaire est fondé sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur les 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code aux motifs qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dès lors que déclarant résider, sans pouvoir le justifier, au 1 rue de la coquille à Béziers, il a refusé toutes les convocations pour donner des renseignements sur son identité et sur sa situation, ce qui n'est pas remis en cause par le requérant.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées, doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. M. B, marié avec une ressortissante française le 19 janvier 2009, s'est vu remettre en sa qualité de conjoint de française des cartes de séjour temporaires puis il a obtenu une carte de résident valable du 4 décembre 2012 au 3 décembre 2022. Suite à sa condamnation par le tribunal correctionnel de Béziers, le 23 mars 2014, à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir facilité le séjour et employé un ressortissant étranger en situation irrégulière, le préfet de l'Hérault, par un arrêté du 26 mars 2015, dont la légalité a été confirmée par un jugement de ce tribunal du 19 janvier 2017, a retiré sa carte de résident et lui a substitué une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et l'a maintenu sous ce régime jusqu'au 17 février 2018. M. B qui ne justifie plus bénéficier d'un droit au séjour sur le territoire français dès lors qu'il n'a pas renouvelé son titre de séjour est divorcé ainsi qu'il ressort des informations portées sur la fiche pénale le concernant. S'il est père de trois enfants de nationalité française, il ne démontre pas contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de ces derniers et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Égypte. Par ailleurs, M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits d'entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France commis les 19 juillet 2006, 14 décembre 2007 et 13 mars 2008, des faits de faux ou usage de faux document administratif, obtention indue de document administratif commis le 2 décembre 2010, des faits relevés, le 25 juillet 2014, de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, des faits de non-respect d'obligation ou interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violences familiales ou de menace de mariage forcé le 22 novembre 2021 et, comme il a été dit au point 1, a vu la révocation totale de son sursis probatoire à l'égard de la condamnation à cinq mois d'emprisonnement qui a été prononcée à son encontre par le tribunal judiciaire de Grenoble le 13 octobre 2021. Ces faits, pris dans leur ensemble, sont de nature à caractériser une menace à l'ordre public. Compte tenu de ce qui précède, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les stipulations précitées au point 9.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C, au préfet de l'Hérault et à Me Mesans Conti.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.
Le magistrat désigné,
M. Rousseau
La greffière,
C. Touzet La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 15 mai 2024
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026